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Pierre Protar : « Le Burkina commence à cueillir les fruits d’un travail acharné ... »

Pierre Protar

Ancien Ambassadeur, chef de Délégation de la Commission européenne au Burkina à partir de 1994, Pierre Protar a pu suivre les profondes restructurations économiques et politiques que vivait le pays avec la dévaluation du franc CFA et le processus de démocratisation. Il donne son point de vue sur l’évolution du Burkina auquel il est resté très attaché.

J’ai pris mes fonctions d’Ambassadeur, Chef de Délégation de la Commission européenne le 26 janvier 1994, soit quinze jours après la dévaluation du Franc CFA. J’ai trouvé un pays mobilisé pour relever ce nouveau défi découlant de la décision prise au niveau de la zone franc. Aussi, la cérémonie de présentation de mes lettres de créance au Président Blaise Compaoré n’a pas revêtu un caractère uniquement protocolaire.

J’ai fait la connaissance d’un Chef d’Etat sachant mettre à l’aise son interlocuteur, attentionné, à l’écoute mais aussi déterminé à mener à bien une stratégie ambitieuse de développement au bénéfice du Burkina Faso dans un cadre régional renforcé.
Oui, le Burkina Faso était prêt. Un programme de mesures et d’actions à prendre et à mener dans un cadre de rigueur budgétaire avait été soigneusement préparé.
Aussi, le souci du Président était de réussir la dévaluation « une chance à saisir - disait-il - pour maintenir la compétitivité » tout en cherchant à donner un visage humain à l’ajustement structurel prenant progressivement davantage en compte les enjeux structurels du développement (comme la diversification de l’économie, les services de base, etc)

A cette fin, une large campagne d’information a été lancée par le Président accompagnant la mise en place des six engagements destinés à mobiliser l’ensemble des Burkinabés.

Quelques moments importants de mon séjour

J’ai connu un séjour particulièrement intéressant, voir exaltant : participer, contribuer à la consolidation de la gouvernance politique, économique et sectorielle d’un pays figurant parmi les plus pauvres du monde, mais œuvrant dans le cadre d’une vision portant sur un développement durable et ancré au sein d’une intégration régionale incontournable face à la mondialisation. Parmi les nombreuses avancées, je voudrais en citer trois qui ont préparé l’avenir :

1) Le Burkina Faso, qui offrait une image de dynamisme et de stabilité, a été choisi par la Commission européenne et en accord avec les Etats membres de l’Union européenne impliqués au Burkina Faso, pour mener le test sur la réforme de la conditionnalité, dans le cadre du renforcement de l’aide budgétaire d’abord globale, puis devenant progressivement sectorielle. La politique du « tout ou rien » était appelé à être remplacée par une autre démarche : les résultats devaient être évalués et non plus les mesures.

La culture de la performance était appelée à servir de référence pour apprécier les politiques nationales mises en place.
Une telle approche novatrice a été favorisée au Burkina Faso par la quantité du dialogue entre les plus hautes autorités de l’Etat ainsi que l’administration de ce pays d’une part et les partenaires du développement d’autre part. Je me souviens d’avoir eu avec le Président Blaise Compaoré de longues discussions sur l’impact de cette nouvelle modalité de l’aide européenne : faciliter l’appropriation par les responsables nationaux, notamment de l’action politique, améliorer l’efficacité et la prévisibilité de l’aide, favoriser un dialogue publique plus approfondi pour amener le pays partenaire à prendre ses responsabilités en matière d’objectifs et de mécanisme de gouvernance. Sans oublier le renforcement de la cohérence et de la complémentarité des aides bilatérales et multilatérales.

2) Amorcé en 1990, le mouvement de démocratisation de la vie politique au Burkina Faso a enregistré des progrès importants, confortant l’image d’un pays stable engagé dans un processus évolutif visant à ancrer de nouvelles pratiques dans la gestion des affaires publiques. La conséquence était l’ouverture de nombreux chantiers impliquant l’ensemble des acteurs burkinabé. Ce dynamisme du changement impliquait une internalisation de ce processus, d’où la tenue de nombreux fora nationaux ou d’assises concernant la réforme de la gouvernance démocratique, administrative, locale et décentralisée ainsi qu’économique. Je me rappelle que la participation de la population à l’échelle nationale et régionale à travers les organisations de base de la société civile a été initiée, dès 1995, avec le premier Plan national de bonne gouvernance.

A cet égard, j’ai évoqué comment un budget peut progressivement devenir un instrument privilégié de développement, en l’utilisant conformément aux obligations de transparence, de contrôle et de responsabilité.

Un autre domaine est important pour assurer la légitimité de l’Etat : la crédibilité du pouvoir judiciaire aux yeux des citoyens burkinabé et des investisseurs étrangers ainsi que la présence et l’efficacité des services sociaux élémentaires. De telles mesures ne se réalisent pas par un coup de baguette magique. A la fois pragmatique et tenace, le Président Blaise Compaoré a fait avancer les dossiers par étapes, afin de rendre les réformes nécessaires bien adaptées et concrètement réalisables : audit du pouvoir judiciaire, étude et surtout le Forum national sur la justice au Burkina Faso permettant l’élaboration d’une stratégie de réforme du système judiciaire au Burkina Faso. Par ailleurs, avec la mise en place d’indicateurs de résultats, les dépenses en faveur de l’éducation ont pu, entre 1990 et 2000, doubler par rapport au PIB.

3) Face à la mondialisation, un pays ne peut avancer seul, surtout avec des ressources limitées. Le Président Compaoré avait tiré les conclusions pratiques d’une analyse lucide : passer de la coopération régionale à l’intégration régionale suivant une logique à géométrie variable d’intégration à rythmes différenciés.

Pourquoi ne pas élargir l’Union monétaire en regroupant les Etats possédant une monnaie unique en une Union élargie aux domaines économique et commercial ? Un tel socle ne visait pas à remettre en cause les objectifs poursuivis par la CEDEAO mais était destiné à servir de levier pour relancer le processus d’intégration élargie. C’est ainsi qu’est née en 1996 l’UEMOA, dont le traité fondateur s’inspire de celui de la Communauté européenne, offrant à l’Afrique les enseignements tirés de son expérience relative à la mise en place d’un marché commun s’appuyant sur des principes communs et sur des politiques communes. Et c’est à Ouagadougou que s’est tenu, la même année, le premier sommet de l’UEMOA, en présence du Président de la Commission européenne de l’époque, Monsieur Jacques Santer.

L’avenir

Ce que je viens d’évoquer ne concerne que quelques années dans l’accomplissement du destin du Burkina Faso. Les bases d’un vaste programme de modernisation de la vie politique et civile ainsi que des structures du pays étaient alors préparées ou mises en place.
Mais il s’agit d’une œuvre sans fin, surtout en plaçant la personne au centre du développement, comme le veut le Chef de l’Etat.

Quand les droits de l’homme sont en jeu, Blaise Compaoré cherche l’apaisement, met en avant la réconciliation nationale en tirant les leçons du passé et en permettant à toutes les sensibilités de s’exprimer. Car le développement est l’affaire de tous. Ce pays modèle commence à cueillir les fruits d’un travail acharné pour combler les handicaps d’un Sahel aride et enclavé. Ses cultivateurs ont fait de ce pays le premier producteur d’Afrique de coton. Après huit ans de travaux, le barrage de Ziga permet de soulager les besoins de la capitale en eau, d’autres infrastructures se renforcent, la protection de l’environnement etc., tout en maîtrisant les conséquences humaines, économiques, commerciales de la crise ivoirienne et en fustigeant les atteintes à un commerce international rééquilibré.

Je me souviens d’une déclaration du Président Compaoré faite en 1997, qui appelait l’Europe à changer de regard sur l’Afrique, mais aussi à encourager les Africains à prendre en main leur développement. Ce message a porté. Un nouveau partenariat se met en place. Le Président Compaoré est un homme qui ne peut s’empêcher de préparer des plans architecturaux. L’homme public rejoint l’homme privé. Il est en permanence un bâtisseur qui travaille dans le temps, avec détermination et patience...active . Un développement durable pour plusieurs générations d’hommes et de femmes du Burkina Faso « dont la culture est sa carte d’identité ».

Propos recueillis par Lefaso.net

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