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Tourisme- Gustave Diasso : Le Sitho ne doit pas être l’affaire du Burkina tout seul, mais de toute l’Afrique »

Accueil > Tourisme • • lundi 10 septembre 2007 à 08h07min

Gustave Diasso

La capitale burkinabè, Ouagadougou est décidément la capitale africaine de la culture. Après le Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou (Fespaco), le Salon international de l’artisanat (SIAO), la semaine nationale de culture (SNC) et le Tour cycliste, qui sont devenus des rendez-vous incontournables pour les professionnels et amateurs de ces différents secteurs, le Salon international du tourisme et de l’hôtellerie de Ouagadougou (Sitho) lancé il y a trois ans est en train de connaître le même succès que ses « aînés ».

Le nombre de participants professionnels est passé de 60 en 2004 à 143 en 2006 et les organisateurs s’attendent à une participation encore plus importante à prochaine édition, prévue du 25 au 28 octobre 2007. Outre l’exposition des produits touristiques, il est prévu une foire commerciale de la gastronomie burkinabè et africaine, des visites touristiques et des tables rondes sur les métiers du tourisme.

En dépit de ses immenses réserves touristiques, l’Afrique est sous-représentée en tant que destination touristique puisqu’elle n’attire, selon l’Organisation mondiale du tourisme, que 4% du tourisme international récepteur. C’est pour promouvoir le tourisme national et africain que le Sitho a été crée, dans le but d’assurer une meilleure visibilité des produits touristiques et de stimuler la demande internationale.
Pour le Lefaso.net, M.Gustave Diasso, directeur du tourisme et de l’hôtellerie du Burkina fait le point sur ce Salon à vocation sous-régionale et continentale.

Qu’attendez-vous de la quatrième édition du Sitho ?

Nous souhaitons que l’édition 2007 du Sitho soit celle de la consolidation des habitudes de participation des professionnels du tourisme du Burkina, de la sous-région et du continent. Nous ne voulons pas que le Salon qui, pour l’instant est le seul en Afrique de l’Ouest, soit vu comme une affaire du Burkina seul, mais comme celle de l’Afrique et nous travaillons pour lui donner une dimension internationale. Pour nous Africains, la pérennité de ce Salon est cruciale car individuellement, nos destinations ont peu de poids sur les marchés émetteurs. Ensemble, nous pouvons proposer aux touristes la possibilité de visiter plusieurs pays en même temps et le Sitho peut aider à mettre en place un marché touristique sous-régional. Il y a des sites touristiques communs à plusieurs pays, comme le « W » ou le « Pays Dogon », plus accessible à partir de Ouagadougou (2 heures de route) que de Bamako.

Comme vous le savez, la philosophie du Sitho est de faire en sorte que ce ne soit plus les Africains qui aillent faire leur promotion en Occident avec toutes les tracasseries qu’ils connaissent pour les visas, mais que ce soit les Tours Operators occidentaux qui viennent en Afrique. Nous leur offrons l’occasion de venir tisser des relations commerciales et découvrir eux mêmes les produits qu’ils pourront proposer à leurs clients. Nous sommes dans une nouvelles approche de la promotion du tourisme africain : avant c’était quelques téméraires personnes et agences qui pouvaient aller en Occident participer à des salons. Maintenant tout le monde peut le faire et cela est une bonne chose pour les affaires, à condition bien évidemment que chacun agisse en professionnel, ce qui, hélas n’est toujours pas le cas.

Dès la première édition en 2004, nous avons constaté des lacunes chez beaucoup de gens, certains ne savaient même pas présenter leur stand. Au fil des éditions, les chose se sont heureusement améliorées et les professionnels sont maintenant bien organisés et bien préparés. Les stands sont bien présentés et ceux qui les animent disposent de supports de promotion de leurs produits auprès des Tours Operators.
Nous souhaitons que cette édition mette l’accent sur la promotion des hôteliers car il ne suffit de construire son hôtel puis attendre les clients. Il faut aller vers eux et leur proposer des offres intéressantes..

Pourquoi placez-vous cette quatrième édition sous le thème : « Tourisme : genre, emploi et formation » ?

Pour une raison simple mais fondamental : l’un des grands enjeux du tourisme africain réside dans la professionnalisation. Or, une grande partie des acteurs du tourisme n’ont reçu aucune formation dans le domaine. Cela se ressent sur la qualité des prestations et la mise à niveau de notre industrie qui est en décalage par rapport aux attentes du public.

Donc, nous voulons voir comment améliorer cette professionnalisation par une formation continue des acteurs du secteur et par la promotion des structures de formation. Dans cette optique, nous avons rencontré des partenaires en France prêts à nous aider à mettre sur pied des structures de formation aux métiers du tourisme car il y en pas mal dans ce secteur. Certes, il y a déjà des structures privées qui existent sur le terrain mais l’offre de formation est insuffisante par rapport à la demande, de sorte qu’une bonne formation complète nécessite d’aller hors du Burkina.

Aussi bien dans le financement du Sitho que dans la formation des professionnels, nous travaillons avec le secteur privé car, même si le Salon est une initiative du gouvernement, le ministère de tutelle n’a pas vocation à organiser des salons

Quels sont les atouts touristiques que le Burkina peut promouvoir à l’occasion du Sitho ?

Incontestablement, le Sitho est une belle occasion pour notre pays de vendre ses produits, de faire connaître des sites touristiques d’une grande richesse. C’est aussi une occasion pour les autres pays et nous avons d’ailleurs remarqué que certains étaient très offensifs, le Niger par exemple. Au Burkina, nous avons choisi de travailler surtout avec les Tours Operateurs car lorsque deux ou trois d’entre eux décident de programmer votre destination par an, c’est déjà bien car un seul peut drainer plus de 300 touristes.

Notre politique est aussi orientée vers le marché sous-régional qui est en expansion. Ce marché est constitué d’expatriés résidant dans les pays voisins et des ressortissants assez fortunés de ces pays qui ont besoin de voyager pas loin de chez eux et découvrir le Burkina. Nous avons remarqué un phénomène qui se développe actuellement, beaucoup de Burkinabè passent leurs vacances au Ghana et le marché intra-régional est vraiment en expansion et c’est important pour nous de communiquer sur ce marché. Le Sitho est aussi l’occasion de promouvoir le marché intérieur, c’est à dire la découverte du Burkina par les Burkinabè. C’est souvent d’ailleurs à cette occasion du Sitho que les gens découvrent les merveilles de leur pays.

Quel est l’objet de la mission que vous effectuez actuellement en France ?

L’objet de ma mission est de faire en sorte que le maximum de Tours Operatos viennent à la 4e édition du Sitho, car un salon, c’est avant tout la rencontre entre une offre et une demande. L’offre, nous l’avons chez nous et la demande est suscitée par les Tours Operators. Nous savons bien que les touristes choisissent rarement leur destination, ils sont beaucoup influencés dans leurs choix par les Tours. Donc nous travaillons sur ces grossistes de voyage qui sont capables de lancer une destination en une saison. En une seule saison, ils peuvent décider de lancer le Burkina en mettant plusieurs propositions sur la destination tout comme ils sont capables de détruire une destination en déconseillant les touristes.

Pour les professionnels nationaux, c’est aussi l’occasion de rencontrer les tours opérateurs et c’est important pour la viabilité du Salon d’obtenir la participation des Tours et je puis vous annoncer qu’une quinzaine d’entre eux ont confirmé leur présence au prochain Sitho. En attendant la réponse de nos partenaires américains.

Qu’est-ce qui motive un Tour Operateur à décider une destination ?

Il y a plusieurs paramètres dans la décision d’une destination. D’abord, les conditions d’ordre général qui sont la stabilité politique, la paix, la sécurité. Le Burkina satisfait à ses conditions. Ensuite, il y a l’offre touristique, ce que le pays a à proposer et aussi l’état de développement des infrastructures d’accueil, de transports, de communication ...Il y a un troisième paramètre qui est très subjectif : c’est ce que les Tours appellent l’air du temps, les humeurs du moment, tout ce qui permet de sentir qu’une destination va dans les tendances du marché.

Mais un petit événement peut également susciter l’occasion de lancer une destination, comme par exemple le lieu de tournage d’un film qui a eu du succès.
Au Burkina, nous avons une offre touristique qui est attractive, car nous avons une destination qui est jusque là préservée et pas très connue par les touristes. Notre marché est constitué de touristes expérimentés, qui ont vu beaucoup de destinations et qui veulent découvrir quelque chose de nouveau. Les Tours considèrent que nous n’avons pas un produit phare comme les plages et cocotiers sénégalais, mais justement la spécificité du Burkina, ce sont ses hommes et l’accueil qu’ils réservent aux étrangers.

Donc, votre objectif n’est pas de créer un produit phare ?

Non, pas vraiment ! Nous avons fait le choix d’un tourisme non de masse, mais de petits groupes, non à un tourisme superficiel, mais un tourisme qui va en profondeur. Nous privilégions la rencontre, le contact, nous voulons que le touriste qui vient chez nous rencontre les Burkinabè, découvrent qui ils sont, leur culture et leur façon d’appréhender le monde. Nous estimons que la mondialisation avec les moyens de transports modernes doit permettre aux peuples de mieux se connaître, ce qui éviterait parfois de fâcheux malentendus. Nous avons fait le choix d’un tourisme non de masse, que nous ne pourrions d’ailleurs pas bien gérer, mais un tourisme qui s’inscrive dans la durée et qui permet à l’étranger de passer plus de temps avec les habitants.

Reste que des efforts doivent être faits pour améliorer les conditions d’accueil et de déplacement...

C’est vrai et nous en sommes conscients. C’est pour cela que depuis quelques années, nous avons commencé à développer des programmes visant à créer des structures d’accueil à proximité des sites touristiques décentralisés afin de décongestionner des villes comme Ouagadougou et Bobo-Dioulasso. Il y a des campements qui sont construits où les touristes peuvent y dormir et les éviter de revenir systématiquement dans la capitale le même jour comme cela se passait avant. Les structures sont construites en harmonie avec l’habitat local et sont d’un standing acceptable

Le Burkina est-il répertorié par l’Organisation mondial du tourisme (OMT) comme une destination touristique ?

Pas du tout puisque nous accueillons pour l’instant entre 200 et 300 000 visiteurs par an, ce qui ne veut pas dire que nous ne nous sommes une destination touristique ! Le critère quantitatif de l’OMT qui veut qu’un pays accueille 500 000 touristes pour être reconnu comme une destination touristique n’est pas pertinent. L’Île Maurice et le Cap-Vert reçoivent moins de 500 000 touristes mais n’en sont pas moins de grande destinations touristiques ! L’approche quantitative ne suffit pas à mesurer la « touristicité » d’un pays. Nous préférons parler de processus de « touristification », c’est à dire la façon dont l’activité touristique se déploie et est organisée dans la durée en tenant compte notamment des capacités d’accueil

Quel est l’impact du tourisme sur l’économie burkinabè ?

L’activité touristique représente 4,2% du Produit intérieur brut (PIB) de notre pays. En 2006, nous avons comptabilisé 358000 entrées, ce qui est considérable pour nous, sachant que ces chiffres ne traduisent pas la réalité compte tenu de la sous-organisation du secteur.
Nous constatons toutefois une volonté des acteurs du tourisme de mieux faire en terme d’investissements puisque nous disposons de 225 unités d’hébergements homologués sur l’ensemble du pays, offrant une capacité d’hébergement de 6500 lits, ce qui est appréciable. Reste, comme je l’ai déjà dit, à améliorer la qualité des services et à être imaginatif sur les prix des hôtels afin que le Burkinabè moyen ait accès aux hôtels, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. En période de basse saison, les hôteliers doivent proposer des formules qui attirent la clientèle nationale car, sans clients, c’est une perte pour eux.

Propos recueillis à Paris par Joachim Vokouma
Lefaso.net

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