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Martin Zongo du CITO : "Le CITO n’est ni un projet, ni une compagnie, ni une troupe... mais une association culturelle"

Accueil > Actualités > Culture • • lundi 6 août 2007 à 06h26min

Martin Zongo

Le Carrefour international de théâtre de Ouagadougou (CITO) a su s’imposer en peu de temps dans l’univers théâtral burkinabè. Nous avons rencontré l’administrateur de cet espace consacré à la promotion des arts du spectacle pour parler du parcours, des ambitions et des partenaires de ce temple du théâtre.

Sidwaya (S.) : Monsieur Zongo, vous avez en charge l’administration du Carrefour international de théâtre de Ouagadougou (CITO). Parlez-nous de votre parcours ?

Martin Zongo (M.Z.) : Je suis professeur de français de formation. Mes amours pour le théâtre ont commencé à l’université dans les années 70.
Aujourd’hui, je me retrouve dans le milieu en tant qu’administrateur du Carrefour international de théâtre de Ouagadougou (CITO).

S. : Comment êtes-vous devenu l’administrateur du CITO ?

M.Z. : Belle question. Je suis devenu l’administrateur du CITO parce que dans les années 1994-1995, j’administrais le théâtre de la Fraternité de Jean Pierre Guingané. Cela m’a permis de faire la connaissance des jeunes comédiens à l’origine du CITO. Je précise également que j’étais le secrétaire général du Festival international de théâtre et de marionnettes de Ouagadougou (FITMO). Pour des raisons qui seront longues à expliquer, j’ai quitté le milieu. En 2003, les jeunes comédiens fondateurs du CITO que j’ai connus à cette époque, à savoir : Ildevert Méda, Alain Héma, Issaka Sawadogo m’ont demandé de venir les soutenir dans la gestion du CITO.

S. : Comment est né le CITO ?

M.Z. : Le CITO est né de la volonté de la jeune génération de comédiens de théâtre à se prendre en charge tant au niveau de l’exercice de leur art que professionnellement. Le théâtre peut être une profession comme n’importe quel autre. C’est ce désir qui a réuni dans les années 1995, un petit groupe de férus de théâtre à savoir Aminata Diallo, Ildevert Méda, Alain Hema, Issaka Sawadogo, etc. que le CITO a été créé en 1996. Mais le CITO, comme bon nombre de structures au Burkina Faso, a connu ses difficultés matérielles, financières. Ces problèmes de la structure ont trouvé une solution dans les années 2001-2002 grâce au soutien financier, matériel et artistique de partenaires norvégiens. C’est ainsi qu’à partir de 2002, le CITO a pu s’exprimer et occuper la place qui lui revient dans le paysage culturel, notamment artistique du Burkina Faso.

S. : Quel est le véritable statut du CITO ?

M.Z. : Merci pour cette question qui me permet de clarifier, comme je l’ai déjà fait à maintes reprises, le filet opaque qui entoure l’identité du CITO. Le CITO est une association culturelle dont l’objectif est de réunir dans un même espace un certain nombre de disciplines de l’art du spectacle. C’est pourquoi vous trouverez au CITO, des comédiens, des metteurs en scène, des musiciens, des danseurs, des chorégraphes, des scénographes, etc. L’idée première est de constituer un capital de compétences pour avancer. Le CITO n’est ni un projet, ni une compagnie, ni une troupe.

S. Selon vous, le CITO est-il venu combler un vide au niveau du théâtre au Burkina Faso ?

M.Z. : Je pense que les jeunes initiateurs du CITO n’avaient peut-être pas envie d’évoluer uniquement sous la conduite des deux piliers du théâtre burkinabè, à savoir Jean Pierre Guingané et Prosper Kompaoré. La plupart des comédiens de cette jeune génération sont des produits de ces deux pionniers. Mais, il y a un adage qui dit que l’ambition de l’élève émane de celui du maître. C’est-à-dire l’élève dépasse un jour le maître. C’est ainsi qu’à un certain moment, il doit se séparer du maître. C’est une forme de dialectique qui gère tant les relations humaines qu’un certain nombre de situations évolutives dans la vie. C’est fort de cela que les jeunes comédiens ont voulu se soustraire de l’emprise de ses "pères" pour se prendre en charge. Ce qui s’est révélé fructueux avec la contribution du CITO à l’art théâtral au Burkina Faso.

S. : L’association regroupe combien de membres en son sein ?

M.Z. : le CITO a aujourd’hui environ 250 membres individuels (artistes, techniciens, administrateurs). L’association compte aussi des membres sympathisants ou membres associés (une cinquantaine), à savoir les troupes, les ensembles, les compagnies qui viennent s’associer à l’association pour un capital de compétences fort. Le CITO est géré de la façon la plus démocratique possible avec une assemblée générale. Cette instance oriente et prend des décisions concernant les activités du CITO. Nous avons également un bureau exécutif composé de six membres élus en assemblée générale pour un mandat de deux ans qui veille à la vie de l’association. Ce bureau exécutif nomme un administrateur pour les tâches quotidiennes de gestion administrative et financière, de l’exécution des projets, du suivi de la vie de l’association. Le bureau désigne en plus trois membres du comité artistique. L’administration et le comité artistique sont en quelque sorte, les deux locomotives du fonctionnement du CITO.

S. : Pourquoi le CITO s’est-il spécialisé dans la mise en scène de pièces d’auteur surtout de grands dramaturges ?

M.Z. : C’est un choix délibéré parce que remarquez que la plupart des structures au Burkina Faso font du théâtre d’intervention sociale que certains qualifient de théâtre alimentaire. C’est un théâtre de commande. Alors le CITO, dans un souci d’innovation a opté pour le théâtre d’auteur pour permettre aux spectateurs d’avoir une palette assez exhaustive en termes de théâtre. Les textes choisis sont des écrits forts d’auteurs bien connus à l’image de Wolé Soyinka, Dario Fa, Shakespeare... Nous voulons offrir une variété au public.

S. : D’aucuns disent que vous choisissez des textes surtout d’auteurs européens pour avoir des financements ?

M.Z. : J’invite ceux qui émettent de telles opinions à faire comme nous si c’est facile. S’il est facile d’avoir des financements, qu’ils viennent. C’est une argumentation qui ne tient pas. Nous avons fait une option en mettant en scène des textes d’auteur. Nos textes sont choisis par le comité artistique qui les propose au comité de direction pour le choix. Personne ne nous impose de texte. Une proposition peut venir de l’extérieur. C’est l’exemple de l’ambassade du Danemark qui nous a demandé de théâtraliser un conte "Le nouvel habit de l’empereur" d’un de leurs auteurs célèbres. C’est le seul cas d’espèce. Je dirai que nous ne pouvons pas prendre des financements scandinaves pour faire la promotion de la culture nippone. Il faut être logique.

S. : Le CITO a mis en scène combien de pièces ?

M.Z. : Nous sommes en train de préparer la onzième création majeure du CITO. Nous appelons nos productions des créations majeures parce que ce sont des créations qui réunissent le maximum d’atouts et de professionnalisme. Nos succès sont entre autres, "Fifi brindacier", "Le nouvel habit de l’empereur", "Le rêve du lutin", "L’os de Mor Lam" qui a battu tous les records d’affluence au CITO.

S. : Le CITO a été longtemps financièrement soutenu par des Norvégiens. Aujourd’hui, ce soutien est à terme et d’aucuns ont parlé de nouvelles difficultés financières de l’association. Qu’en est-il réellement ?

M.Z. : C’est une question importante que vous abordez. Le partenaire norvégien a mis le pied du CITO à l’étrier de 2002 à 2004. Après cette phase, le CITO était sensé pouvoir monter à cheval tout seul mais dans la réalité, les structures culturelles ne peuvent pas jouir d’une autonomie aussi rapidement. Sentant la fin de la subvention norvégienne et les sirènes qui commençaient à émettre des chansons funèbres sur l’avenir compromis du CITO, les responsables ont étendu leur recherche de partenariat et de coopération. Grâce à la compréhension d’institutions qui nous suivaient, la relève est en train d’être assurée. Nos partenaires norvégiens vont nous appuyer d’une autre façon.

Nous avons également pu ouvrir des portes auprès de certaines institutions diplomatiques, à savoir l’ambassade royale du Danemark, l’ambassade des Pays-Bas et la coopération suisse. L’ambassade du Danemark est l’institution, depuis 2004, qui a le plus soutenu le CITO. Grâce à ces trois institutions, le CITO a pu obtenir des subventions, pour poursuivre la belle aventure démarrée en 1996. Au niveau national, nous bénéficions de l’appui du ministère de la Culture, du Tourisme et de la Communication, du Conseil supérieur de la communication (CSC), de la CENI et de l’imprimerie FGZ qui nous a offert notre présent site.

S. : Quel est le projet immédiat du CITO ?

M.Z. : Nous préparons notre onzième spectacle majeur intitulé "Kouman Koura" mis en scène par Alain Héma, membre du comité artistique du CITO. C’est une comédie musicale. Le CITO a pris l’engagement d’explorer chaque année, une nouvelle discipline artistique. Ce spectacle verra la participation de grands chorégraphes à l’image de Rokya Koné. Le public va découvrir la création en septembre 2007.

Propos recueillis par Alassane KERE

Sidwaya

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