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Stanislas Béré, président de l’AGEPAR : « Nous allons plaider pour la modernisation du réseau routier africain »

Accueil > Tourisme • • jeudi 22 mars 2007 à 08h16min

Stanislas Béré

L’Association des gestionnaires et partenaires africains des routes (AGEPAR), tient à Ouagadougou du 26 au 29 mars 2007 ses 12es assises sur le renforcement des routes panafricaines. Dans cette interview, le président de l’association, Stanislas Béré, explique les objectifs de l’AGEPAR, qui va plaider pour l’entretien, le renforcement des routes intra-communautaires.

Sidwaya (S) : Qu’est-ce que l’Association des gestionnaires et partenaires africains des routes ?

Stanislas Béré (S.B.) : Créée en 1995 d’abord sous la dénomination ADAR (Association des directeurs africains des routes), elle regroupait des directeurs des routes, conscients de la nécessité de partager leurs expériences. Devenue Association des gestionnaires et partenaires africains des routes (AGEPAR) en 2003 aux assises de Yaoundé, elle s’est élargie à d’autres acteurs (bureaux d’études, entreprises des travaux publics, centres de formation, universités, transporteurs, etc.), en partant du constat qu’il ne suffit pas de faire travailler les directeurs des routes si l’ensemble du secteur n’est pas pris en compte.

L’AGEPAR vise essentiellement le partage d’expériences entre les acteurs des routes et du transport routier, dans la mesure où nous vivons partout les mêmes difficultés. Il s’agit ainsi de capitaliser les bonnes pratiques mises en œuvre çà et là de façon à promouvoir l’intégration de nos réseaux en contribuant à l’harmonisation des normes de construction et d’exploitation des routes (cas de la lutte contre la surcharge par exemple).

La formation dans le domaine du secteur est également une de ses préoccupations majeures. Elle entend renforcer les initiatives locales par la tenue de congrès et séminaires permettant des échanges en vue de formuler des recommandations à l’attention des décideurs.

S : Qui peut être membre de l’AGEPAR et combien en compte-t-elle ?

S.B. : Les Etats sont membres de l’Association. Une vingtaine de pays africains participent activement aux activités dont une dizaine ayant des comités nationaux. Ceux-ci regroupent l’ensemble des acteurs et des professionnels. Les personnes physiques ou morales intéressées par la question des routes peuvent adhérer à ces comités dans les différents pays. L’AGEPAR est dirigée par un comité de coordination qui est présidé présentement par le Burkina et compte deux vice-présidents, le Mali et la République Centrafricaine.

Le secrétariat permanent et le siège de l’Association reviennent au Bénin. Nous avons aussi un coordonnateur des programmes de partenariat entre l’AGEPAR et les différents partenaires. Les activités résultent des conclusions des réflexions que nous menons avec l’appui des partenaires. Le SSATP de la Banque mondiale, la Direction générale des routes de France, l’ISTED et l’Association mondiale des routes ont contribué beaucoup dans ce sens.

S : Quelles sont les ambitions de l’AGEPAR pour l’Afrique ?

S.B. : Nos efforts s’orientent résolument vers la modernisation du réseau routier africain. La facilitation de la circulation routière, l’harmonisation du réseau, la sécurité routière, le système de formation constituent autant de préoccupations. L’un des défis de l’AGEPAR, est la nécessité d’ancrer l’Association sur le continent, d’y mettre en place des comités nationaux et de faire en sorte que les professionnels et les acteurs s’imprègnent des activités de l’Association. Le constat a montré qu’avec l’ADAR telle qu’elle fonctionnait, il n’y avait pas de suivi des conclusions. Nous avons incité à partir de Yaoundé les pays à asseoir des comités nationaux et des groupes de travail pour suivre et réfléchir sur les questions entre deux assises.

Une réflexion est en cours actuellement sur les marchés à obligation de résultats dans le secteur des routes. On ne veut pas qu’il y ait tant de nids de poules, trop de tôles ondulés. Sans s’intéresser au volume de matériaux, de béton que l’entreprise va utiliser, nous entendons être vigilants sur la qualité du service pour que les usagers circulent librement à une certaine vitesse sur les chaussées.

Dans ce cas de figure, l’entreprise est payée correctement a contrario, elle le sera moins s’il y a des dégradations. Nous réfléchissons par ailleurs sur la sécurité routière de concert avec l’Association mondiale des routes en vue de préparer le congrès mondial de la route prévu en septembre 2007 à Paris (France).

S : L’AGEPAR organise du 26 au 30 mars à Ouagadougou ses 12es assises. Comment vont-elles se dérouler ?

S.B. : Les 26 et 27 mars, se tiendra un séminaire technique sur le thème : “ Renforcement des routes panafricaines : enjeux économiques, techniques et institutionnels ”. Des fora réservés aux entrepreneurs, aux bureaux d’études, aux administrations routières ont lieu le 28 mars. Ces assises sont des tribunes de rencontre entre divers acteurs permettant aux membres du secteur privé et public de nouer des contacts. Environ 200 participants sont attendus. Les entrepreneurs et les consultants ont là une occasion de rencontrer les directeurs africains des routes pour savoir quels travaux sont en vue et pourraient les intéresser.

Les questions techniques débattues comme la nouvelle méthode de passation des contrats permettent aux entreprises prenant part à ces rencontres d’avoir une longueur d’avance dans leur réalisation. Ces fora seront suivis par l’Assemblée générale qui fera le point de la vie et du fonctionnement de l’Association. La matinée du 29 mars sera consacrée à la visite du chantier des travaux de renforcement de la route Ouagadougou-Koupéla qui fait partie de la panafricaine Dakar-N’Djamena.

C’est le premier chantier de renforcement de route bitumée, avec la mise en place d’une couche de grave bitume de 10 ou 11 cm et d’un enrobé de 5 cm. Ce genre de travaux découle du constat que la latérite seule ne peut plus supporter le trafic sur les routes communautaires. Cette visite illustrera le thème de notre séminaire.

S : Pourquoi avez-vous choisi de réfléchir sur le renforcement des Routes panafricaines ?

S.B. : Il est bon que nous envisagions la bonne façon de développer des routes panafricaines, un réseau communautaire inter-Etats. L’AGEPAR veut accompagner l’intégration promue par les organismes sous régionaux telle la CEDEAO ou l’UEMOA qui s’est dotée d’un programme économique régional (PER) accordant une place de choix aux infrastructures routières. Notre souci est de voir comment améliorer l’exécution, la préparation et le financement des projets routiers panafricains. Le NEPAD (Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique) accorde également une priorité aux routes, il est tout à fait normal que l’AGEPAR, une association panafricaine se penche sur cette question.

Développer les réseaux inter-Etats, c’est faciliter, développer les échanges commerciaux au niveau africain. Les infrastructures sont très importantes pour le développement du continent et en particulier de pays enclavés à l’image du Burkina car elles leur permettront d’avoir un accès moderne et fiable à la mer. Des efforts sont consentis en terme de renforcements des routes existantes dans les différents pays. Nous allons aborder ces aspects de façon à améliorer l’exécution, le contrôle de ces travaux.

S : La situation est-elle alarmante ?

S. B. : Bien au contraire. Mais du chemin reste encore à parcourir. Au Burkina, en plus de la liaison Ouaga - Pô - Ghana, il serait bon d’avoir un passage Yéguéresso -Diébougou - Ghana pour ouvrir un accès supplémentaire à la mer. A cet effet, le gouvernement a pu mobiliser les financements et les travaux démarrent bientôt. Ainsi, les camions maliens ne seront plus obligés de transiter par Ouagadougou. Au Mali, des tronçons doivent être bitumés pour permettre au pays d’avoir une meilleure liaison avec le Sénégal, la Guinée, la Mauritanie, etc. Dans tous les pays, des travaux se poursuivent dans le sens de l’intégration du réseau routier.

S : Qu’attendez-vous du secteur privé dans ce processus ?

S. B. : L’AGEPAR est soucieuse de la promotion du secteur privé africain (entreprises, bureaux d’études, etc.) Il est constitué pour la plupart dans nos pays de PMI-PME. Quelques-unes émergent çà et là mais pour réaliser des projets complexes, nous avons encore recours aux grandes entreprises étrangères...

S : Justement, est-ce que la construction de routes panafricaines nécessitant matériels adaptés et sophistiqués, ressources humaines qualifiées et en nombre, etc. ne va pas nuire au développement des entreprises du continent ?

S. B. : Non, ça ne va pas nuire aux bons progrès de nos PME. Dans la mesure où il faut bien évoluer, apprendre, corriger. C’est ainsi que tous les pays se sont développés. Nous faisons en sorte que nos entreprises acquièrent des compétences techniques, du matériel adapté. C’est un processus qui ne peut aboutir ici et maintenant. Pour l’instant, nous sommes obligés de confier certains gros travaux aux entreprises étrangères.

Peut-on attendre que les nôtres soient performantes pour réaliser ces travaux ? C’est à elles de se battre, de s’unir en groupement ou en sous-traitance avec de grandes entreprises étrangères. Et aussi de prendre du poids à partir des petits marchés (pistes rurales, routes en terre) jusqu’à avoir la carrure des grands.

C’est la loi de la concurrence ! L’essentiel est qu’à travers une association comme la nôtre, les entrepreneurs africains se rencontrent pour s’associer sur certains marchés en vue d’avoir une plus grande force. Au contact des directeurs africains des routes, ils peuvent ensemble envisager des mécanismes pour propulser les entreprises africaines.

S : Les conditionnalités des bailleurs de fonds pour le financement des routes diffèrent d’un pays à l’autre, d’une région à l’autre. Ouagadougou va-t-elle proposer des pistes, faire un plaidoyer pour le financement harmonieux des travaux routiers ?

S. B. : Nous ferons certainement des recommandations aux bailleurs de fonds pour qu’ils accordent un appui plus conséquent pour la construction ou le renforcement des routes panafricaines. Nous allons en débattre mais je ne saurai d’ores et déjà présager de la formulation de ces recommandations. Notre Association aborde des aspects techniques liés aux conditionnalités des bailleurs de fonds pour faire avancer et entendre les préoccupations du continent.

Certaines réformes commandent d’être prudent. Nous estimons en revanche que la mise en place des fonds routiers sécurise le financement dans le domaine des routes. Ce système a fait ses preuves. Les infrastructures routières exigent beaucoup de financement parce que la route coûte cher : 100 à 200 millions de FCFA le kilomètre pour le bitumage. Dans le cadre des renforcements lourds, les coûts peuvent atteindre 300 millions le kilomètre.

Nous avons besoin donc de soutien financier. Les Etats s’endettent pour réaliser les projets. L’UEMOA ne pourrait-elle pas contracter des prêts, si possible, pour qu’on puisse réaliser ensemble des routes communautaires ? De sorte que, compte tenu de l’allègement de l’endettement, les Etats soient plus à l’aise pour leurs projets routiers purement nationaux.

S. Nadoun COULIBALY

Sidwaya

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