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Norbert Tiendrébéogo : "Le pouvoir a voulu m’acheter"

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Tentative de putsch • • mercredi 21 avril 2004 à 19h08min

Ouf de soulagement pour le président du Front des forces
sociales (FFS), Norbert Tiendrebéogo. Il a été inculpé puis
détenu pendant six mois à la gendarmerie nationale avant d’être
libéré suite à un procès marathon. Pour ce sankariste, la
tentative présumée de putsch dans laquelle il est accusé d’avoir
trempé, est un "montage grossier".

Nous l’avons rencontré hier, à son domicile, à Ouagadougou. Sans détours, il montre
comment il a été courtisé par un ministre et un proche du
président Compaoré depuis l’année 2000. Il affiche également
ses positions par rapport à l’élection présidentielle de 2005, fait
le point de son état de santé et de la suspension de son contrat
à la SGBB.

"Le Pays" : Quel est le sentiment qui vous anime après votre
libération ?

Norbert Tiendrébéogo : Je vous remercie de m’avoir approché
en ce jour spécial, exceptionnel. Je suis animé par des
sentiments de fierté parce je suis acquitté ; j’ai été blanchi. J’ai
eu l’opportunité de crier à la face du monde mon innocence
mais aussi mon engagement politique. Je suis animé par une
conviction qui s’inscrit dans la dynamique de la recherche du
bonheur du peuple burkinabè. Cette conviction n’a fait que se
renforcer au travers de cette épreuve que j’ai vécue.

Des sentiments de joie également parce qu’après tout ce
temps, je retrouve les miens, notamment ma famille, mes
camarades de partis, mes connaissances. C’est pour moi un
moment fort. Il y a aussi un autre sentiment tout aussi fort. C’est
celui de l’injustice que j’ai dénoncée, notamment l’acharnement,
la machination, l’intention de nuire qui ont existé tout au long de
mon incarcération. Aujourd’hui, c’est peut-être fini. Mais on ne
sait jamais : peut-être que ceux qui ont fait cela n’ont pas
désarmé. Nous prendrons toutes les dispositions pour y faire
face, convaincus que c’est un combat de longue haleine, même
si, par lâcheté, certains portent des coups en dessous de la
ceinture.

Qu’entendez-vous par cette expression ?

Depuis que je suis engagé en politique, je reçois ce genre de
coups traîtres, de coups lâches parce que certains se réfugient
derrière la forteresse du régime pour régler des comptes à
d’autres. Simplement parce que nous nous connaissons ;
comme dirait l’autre, "on se sait".

C’est gênant que je connaisse
très bien leur passé, que nous ayions milité ensemble et
qu’aujourd’hui, je ne sois pas avec eux dans le camp de la
rapine, du vol, des assassinats. De ce point de vue, je suis la
mauvaise conscience de beaucoup de responsables de ce
régime. Ils n’étaient rien lorsque la Révolution démocratique et
populaire s’est déclenchée dans notre pays. Pendant que je
roulais en voiture, certains rasaient les murs. Mais aujourd’hui,
c’est eux qui ont les plus grands châteaux de ce pays, les
véhicules futuristes, les plus huppés. Il est tout à fait normal
qu’ils ne soient pas du tout contents de voir qu’en dehors du
chemin du vol et du détournement, on puisse être un bon
citoyen.

La prétendue "tentative de putsch" était un montage grossier. Et
il fallait un peu de tout pour crédibiliser ce montage. Il était donc
bien qu’il y ait un homme politique dans le lot. Norbert
Tiendrébéogo n’étant pas un député, il était apparemment très
facile d’aller le prendre. Malgré cela, nous sommes toujours
debout, blanchi par la Justice de notre pays que je salue au
passage. Cependant, il reste beaucoup à faire. Ce n’est pas
pour rien que nous luttons au sein du Collectif contre l’impunité
pour revendiquer une vraie réforme de la Justice au Burkina
Faso.

Certaines personnes vous auraient demandé de changer
d’avocat et de camp politique...

On a plutôt oeuvré à écarter Me Prosper Farama de ma
défense. Cela n’est pas étonnant. Ce sont des faits constants.
Mais un ministre de notre pays a affirmé à un de vos confrères
qu’il fallait que Me Farama quitte ma défense. Si nous
organisons les meetings que j’ai promis, je dévoilerai le nom du
ministre en question. Je suis prêt à aller très loin avec lui.

En outre, en 2000, j’ai été approché par un proche du chef de
l’Etat qui m’a demandé de quitter le Collectif. Pour lui, Halidou
Ouédraogo, Joseph Ki-Zerbo et les autres sont des
réactionnaires alors que moi, je suis un révolutionnaire. Il m’a dit
que j’ai fait la Révolution avec ceux qui gouvernent actuellement
et qu’il était bien que je les rejoigne. Il m’a même affirmé que
Ki-Zerbo a plus de 20 villas à Ouaga alors que moi, je n’ai pas
grand-chose. J’ai été clair : je ne suis pas au Collectif à cause
du Pr Ki-Zerbo ou de Halidou Ouédraogo.

Nous souffrons, en
tant que Sankariste, à cause de l’impunité, depuis le 15 octobre
1987. Nous sommes contents que les autres soient venus nous
appuyer dans la lutte contre l’impunité. J’ai également dit que s’il
devait avoir retrouvailles entre révolutionnaires, puisque eux ont
assassiné Thomas Sankara, qu’ils aillent aussi assassiner leur
chef. En ce moment-là, nous serons à égalité. Il m’a dit "soyons
sérieux", "causons sérieusement". Je lui ai dit que je l’étais déjà.

Je lui ai en outre demandé pourquoi il ne dirait pas au chef de
l’Etat de démissionner par un message radio-télé synchronisé.
Il rendrait alors un grand service au peuple burkinabè. En ce
moment-là, en tant qu’opposant, je serais parmi les premiers à
aller lui tendre la main et lui dire "tu es un homme".

Il y a eu ensuite des propositions tendant à nous aider à
participer aux élections municipales de 2000 et à financer
l’organisation de notre deuxième congrès. Mais j’ai refusé tout
cela, même si après le congrès, nous devions payer des dettes
que nous avons du reste traînées pendant un an. Nous les
avons finalement réglées nous-mêmes. Le pouvoir a tenté de
m’acheter, en vain .

On m’a aussi promis de me faire des faveurs aux législatives
du 5 mai 2002 si j’y participais. Je leur ai dit que si toutefois
nous participons à ces élections, c’est parce que nous estimons
que les conditions sont réunies pour y participer. Notre
participation ne devait en aucun moment être conditionnée par
quelqu’un qui soit extérieur au parti.

Bref, nous sommes conscients que nous dérangeons. Le FFS
a toujours dérangé depuis sa création. Malheureusement, pour
nos adversaires, le FFS, bien que considéré comme un petit
parti, est un parti de conviction. Et c’est en cela qu’il tire toute sa
grandeur.

Vous avez parlé d’un ministre et d’un proche du président du
Faso qui ont voulu ébranler votre conviction politique. De qui
s’agit-il ?

Nous aurons l’opportunité d’évoquer largement cette question
au cours des meetings que nous organiserons les jours ou
semaines à venir.

Vous aviez des problèmes de nerfs durant votre détention.
Comment vous portez-vous aujourd’hui ?

Je n’ai jamais eu de problèmes de tension, de palpitation, de
coeur, encore moins de nerfs si ce n’est pendant ma détention à
la gendarmerie. Si je dois demander des comptes, c’est à ceux
qui m’ont mis dans un état d’incarcération.
Je suis un homme de terrain, qui bouge beaucoup. Si bien que
le fait de me retrouver incarcéré sans comprendre pourquoi, a
dû contribuer à me rendre handicapé, peut-être pour un bout de
temps. J’ai commencé à me soigner et j’ai espoir que d’ici une
ou deux semaines, tout ira bien.

Aujourd’hui, avec le recul, quel regard portez-vous sur le procès
de la "tentative de coup d’Etat" ?

Je n’ai jamais cru a une tentative quelconque de coup d’Etat
depuis que j’ai été arrêté. Lorsqu’on m’a mis en confrontation
avec les capitaines Ouali Diapagri et Bayoulou Boulédié, j’ai
déclaré qu’il s’agissait de deux officiers qui étaient incapables
de perpétrer un coup d’Etat.

Pourquoi ?

Ouali travaillait au ministère du Commerce. Il n’était pas en
tenue et n’avait, par conséquent, aucune troupe. Bayoulou, lui,
n’était pas à Ouaga mais à Bobo. C’est un agent administratif.
Lui également n’a aucune troupe derrière lui. Comment
voulez-vous que ces deux-là puissent monter un coup d’Etat ?

J’ai eu l’impression que quelque part, quelqu’un s’est saisi des
sentiments profonds qui animaient le capitaine Ouali pour en
faire un grossier montage. Et comme l’a dit le sergent Naon
Babou, c’était peut-être "bien monté mais très mal ficelé".

Quelqu’un également a dit que cette cabale est intervenue au
moment où l’on a rappelé Yacinthe Kafando au service. Ce
retour dérange visiblement certaines "grosses têtes" du régime
et il fallait tout faire pour décapiter Yacinthe, en l’éloignant de ses
anciens hommes. On remarque que tous les militaires qui ont
été cités dans la tentative présumée de putsch ont servi sous
l’ère Yacinthe Kafando ou lui étaient très proches.

C’était aussi l’occasion pour le régime de régler les comptes au
Général Kouamé Lougué qui a eu le malheur de demander le
retour de Yacinthe Kafando. Enfin, pour crédibiliser la prétendue
tentative de coup d’Etat, il fallait aussi un homme politique. C’est
tout cet ensemble qui a servi d’éléments de base au montage.

Le procès a prouvé qu’il y avait effectivement un montage. Ceux
qui ne veulent pas y croire, c’est leur affaire. Ce n’est pas parce
qu’il y a eu des condamnations que nous allons fermer nos yeux
et notre conscience. Nous nous sommes rendu compte, à
commencer par le capitaine Ouali, qu’il s’agissait de victimes de
la politique de barbarie que certains continuent de développer
dans notre pays.

La seule chance, c’est que malgré l’état de
démocratie embryonnaire au Burkina, on a pu organiser un
procès. Même si, il faut le souligner, le verdict a laissé certaines
personnes sur leur soif. On aurait acquitté tous les treize
accusés que personne n’aurait crié au scandale du point de vue
juridique. C’est dommage que l’on ait envoyé quatre personnes
à la MACO (Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou)
mais comme il y a des possibilités de se pourvoir en cassation,
je suis persuadé qu’ils se pourvoiront, avec le soutien de leurs
avocats et recouvreront très bientôt leur liberté.

Votre contrat à la Société générale des banques au Burkina
(SGBB) a été suspendu. A quand votre retour dans cette société
 ?

Aujourd’hui (hier, ndlr), je me suis attelé à me soigner. Je n’ai
pas encore pris contact avec les responsables de la banque.
Pour le moment, c’est ma santé qui prime. Mais avant le délai
fatidique (le 30 avril, NDLR), je prendrai des dispositions pour
signaler mon aptitude à travailler. Je continuerai de travailler
avec mes collègues sans récrimination aucune. La loi
m’autorise à reprendre service et je vais m’y conformer.

Quelles seront vos prochaines sorties politiques ?

Notre premier chantier qui est actuellement en jachère, c’est
celui de l’unification des Sankaristes. Nous allons nous y atteler.
Il y a eu en outre un grand mouvement des partis d’opposition.
Je suis attendu par l’ensemble des chefs de partis afin
qu’ensemble, nous menions le combat contre la dictature, pour
la démocratie dans notre pays.

Serez-vous candidat à l’élection présidentielle de 2005, peut-être
face à Blaise Compaoré ?

L’opposition est en train de s’organiser afin de voir comment
désigner ses candidats. Je ne peux donc pas dire à l’heure
actuelle que Norbert Tiendrebéogo sera candidat. Mais si tel est
le choix de mon parti, des autres camarades sankaristes et de
l’ensemble de l’opposition, je suis prêt à assumer.

Propos recueillis par Hervé D’AFRICK
Le Pays

Vos commentaires

  • Le 22 janvier 2011 à 08:38, par djenee En réponse à : Norbert Tiendrébéogo : "Le pouvoir a voulu m’acheter"

    Compaore est envieux, assoifer de pouvoir, menteur, voleur, tueur, plus de 20 ans o pouvoir, kl ingratitude !egoisme, dictature, tes pas et ta jamais ete un homme de confiance,impliquer dans tous les coups tordu de la sous region, mais ce mr partira comme il est arriver o pouvoir,je ne sais pas comment il arrive a se regarder dans une glace,.tchrouuuuuuuuuuuuuuuuuu

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