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Norbert Tiendrébéogo : "C’est une leçon de sagesse"

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Tentative de putsch • • mardi 20 avril 2004 à 09h39min

Sa famille mise à part, il a réservé ses premières visites d’homme de nouveau libre à Joseph Sankara, père de qui on sait, et à sa maman ; il promet pour bientôt les noms de ceux qui auraient ourdi la cabale contre lui ; pense que tous les sankaristes devraient créer "une seule famille pour contrer le pouvoir en place" et que l’épreuve qu’il vient de subir est tout compte fait une "leçon de sagesse" parce qu’il en sort, "assez édifié sur ce qu’est l’homme".

Entretien au lendemain de son acquittement, avec le président du Front des forces sociales, Norbert Tiendrébéogo, que nous avons rencontré dimanche au milieu des siens au foyer FFS de Saint- Léon.

Quels sont vos premiers sentiments aujourd’hui après avoir quitté le camp Paspanga ?

• C’est essentiellement des sentiments de fierté. Sentiments de fierté d’avoir échappé à ce que j’ai moi-même qualifié de machination, et d’avoir fait front contre l’adversité. Tout cela au nom des valeurs et des convictions qui m’animent. C’est une joie aussi pour moi de pouvoir retrouver ma famille, mes camarades du parti et de retrouver dans sa globalité le peuple burkinabè, après 6 mois de calvaire.

Qu’avez-vous fait en première position après votre sortie ?

• Je suis allé avec mes camarades chez moi à domicile au quartier Patte d’oie. Ensuite, nous sommes allés directement chez le vieux Joseph Sankara (père de Thomas Sankara) et nous sommes revenus chez ma maman. Actuellement, nous sommes au foyer pour fêter cette victoire du Front des forces sociales (FFS) sur ses adversaires.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué pendant cette détention ?

• Les gendarmes qui nous gardaient étaient astreints à une discipline de fer vis-à-vis des détenus que nous étions. Mais comme l’a souligné mon co-détenu le commandant Kambou Rémi, il y avait également beaucoup de zèle de la part de certains d’entre eux, qui n’avaient aucun égard pour les détenus que nous étions. Parmi nous, il y avait des officiers subalternes, des officiers supérieurs et des hommes politiques en l’occurrence ma modeste personne.

Je crois donc que traiter tout ce monde de bagnards, c’est manquer purement et simplement d’éducation ! Au-delà de ça, je dois dire que les conditions dans lesquelles les auditions se sont passées sont inimaginables dans un Etat de droit. La démocratie a encore beaucoup de chemin à faire pour s’enraciner dans notre pays.

Que se passait-il dans le domaine alimentaire ? Arriviez-vous à manger ce dont vous aviez envie ?

• Après une dizaine de jours, c’est ma famille qui s’est occupée de moi. On m’amenait ce que j’avais l’habitude de consommer. Je n’ai pas vécu les difficultés que les militaires arrêtés aux premiers jours ont connues.

Pouvez-vous nous donner votre appréciation d’ensemble du déroulement de ce procès ?

• Ce procès a démarré dans des conditions difficiles. Nous avons eu le sentiment, dès le début, que le colonel Gilbert Diendéré (NDLR : le chef d’état- major particulier du président de la république) était protégé par le tribunal, alors qu’il était un témoin appelé à répondre aux questions ! Je crois que l’incident provoqué par les avocats était le bienvenu. Il a permis au tribunal, au parquet, à la défense et à la partie civile d’avoir un meilleur comportement pour que le procès se déroule de façon normale.

Néanmoins, je dirais que c’est un procès qui a pu se réaliser dans des conditions normales, et qui a permis d’en arriver au verdict que nous avons connu, bien qu’il y ait un sentiment de regret qui demeure et perdure.

Les gens sont restés sur leur soif parce que tout n’a pas été dit. Le complot, tel qu’il a été monté, n’a pas été révélé jusqu’au bout. Le complot, la machination et le montage de certains cercles du régime n’ont pas pu être établis. On a voulu nous faire croire que c’étaient les accusés qui étaient les comploteurs. Personnellement, je crois que les accusés n’ont été que des victimes manipulées à leur insu.

On vous sentait un peu souffrant durant ce procès. Qu’en est-il au juste ?

• Je suis souffrant depuis 4 mois. Je n’avais jamais souffert de ces maux. C’est pendant ma détention que je les ai contractés. Je ne sais même pas si la loi me permet d’ester contre l’Etat pour m’avoir mis dans cette situation alors que je n’ai rien à avoir dans cette affaire. Cette épreuve a joué sur ma tension et sur mes nerfs. Et voilà dans quelles conditions je me retrouve, avec des problèmes de nerfs. Cela fait que je tire de la patte. En dehors de cela, je suis bien portant.

A quoi allez-vous occuper vos prochains jours ?

• Je vais faire le tour de deux ou trois régions pour en voir les premiers responsables du parti et faire le point. Pour le moment, pas de reprise de service. On m’a suspendu jusqu’au 30 de ce mois. J’entends donc en profiter.

Dans le domaine financier, on imagine que votre famille a dû souffrir de votre détention ?

• Depuis le 31 octobre 2003, je n’ai pas de salaire. Cela fait donc 6 mois sans salaire. Comment voulez-vous que ma famille n’ait pas de problèmes !

Finalement, quelles leçons tirez-vous de cette épreuve ?

• C’est d’abord une leçon de sagesse que je tire de cette expérience. Une sagesse qui me permet de comprendre qu’au sein de l’opposition, il faut que nous soyons plus unis et plus forts.

Avec tous les sankaristes, il faut que nous arrivions à créer une et une seule famille pour contrer le régime en place, qui est loin de répondre aux attentes du peuple burkinabè. Il n’est un secret pour personne que la pauvreté va s’accroissant. Notre pays ne fait que reculer. Dans le rapport sur le développement humain du PNUD, nous avons toujours été avant-dernier. C’est grave que, face à de tels records, un régime ose dire qu’il est le meilleur. Je voudrais vous inviter à relire le discours sur l’état de la nation, qu’a tenu le Premier ministre le 8 avril dernier . C’est pitoyable !

Quels souvenirs avez-vous gardés de vos codétenus ?

• C’étaient des gens très enthousiastes, malgré ce qu’on leur avait programmé comme avenir. Je pense notamment au sergent Naon. Nous n’avions pas beaucoup de contacts car il était isolé. Malgré cet isolement, voilà un jeune homme qui a fait preuve de courage jusqu’au procès et même après. C’est un homme qui m’a beaucoup marqué. C’est vrai que je ne l’avais pas beaucoup connu, mais ce procès m’a permis de le découvrir.

J’ai également découvert des soldats qui, s’ils sont représentatifs d’une grande majorité de notre armée, me font penser que notre armée ne pourrait pas résister à une quelconque agression extérieure, s’il y avait péril en la demeure : ce sont des hommes sans honneur, sans cœur. Or un soldat, c’est avant tout l’honneur et la dignité. J’ai également eu assez d’admiration pour le pasteur. Je crois qu’il s’est très bien battu au procès pour quelqu’un qui n’a jamais eu affaire aux tribunaux.

Il n’a jamais arrêté de prier, de croire en sa religion. Même si je n’ai jamais participé à ses prières, c’est quelque chose qui marque.

Pour tout vous dire, je suis sorti du camp Paspanga assez édifié sur ce qu’est l’homme. Je crois que nous sommes tous des citoyens de ce pays, et que finalement il n’y a pas de différence entre le militaire que j’ai vu au camp Paspanga et les civils que j’ai toujours fréquentés.

Entretien réalisé par K. Issa Barry
L’Observateur

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