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Djibrill Yipènè Bassolé, représentant de Blaise Compaoré dans le dialogue "inter-ivoirien " (3/3)

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Côte d’Ivoire • • vendredi 9 février 2007 à 08h53min

Djibrill Bassolé

L’élection présidentielle attendue à la fin du mois d’octobre 2005 en Côte d’Ivoire n’a pas été organisée. Laurent Gbagbo obtiendra un premier sursis d’un an. Au Burkina Faso, Blaise Compaoré, lui, a été réélu à la présidence de la République le dimanche 13 novembre 2005. "Le premier quinquennat de Biaise Compaoré sera placé sous le signe de la recomposition de l’Afrique de l’Ouest".

C’est ce que j’affirmais dans La Dépêche Diplomatique (Burkina Faso 092 et 093/Jeudi 17 et Lundi 2l novembre 2005). J’écrivais alors : "Le Burkina Faso est en position de s’imposer comme un pôle majeur en Afrique de l’Ouest [...] Ce qui veut dire, aussi, que pour Ouaga la crise qui perdure à Abidjan est plus que jamais inacceptable. Et qu’il est urgent pour ceux qui affirment être en mesure de lui trouver une issue d’y parvenir. La Côte d’Ivoire est "l’usine" de l’Afrique de l’Ouest ; en chômage technique. Cette situation influe directement sur la bonne santé économique du Burkina Faso : moins de transferts financiers entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso ; moins de commerce entre les deux pays. Il y a, également, un effet indirect : les pays voisins de la Côte d’Ivoire qui, eux aussi, subissent le contrecoup de la crue, échangent moins avec le Burkina Faso. Et au-delà, il y a un risque majeur : compte tenu de la frontière commune entre le Burkina Faso et le Nord de la Côte d’Ivoire, il y a une tendance affirmée à une "criminalisation" des relations commerciales entre les "rebelles" et les opérateurs économiques burkinabé. Or, la crédibilité internationale du Burkina Faso, qui ne dispose pas de ressources naturelles stratégiques, est liée à la rigueur de sa gestion politique et économique. Accepter trop de zones grises dans son économie (reproche qui lui a été fait par le passé) serait un risque que le pays ne peut pas assumer"

J’ajoutais alors, voici plus d’un an (21 novembre 2005) : "Tout le monde sait à Ouaga que cela a trop duré et qu’il faut en finir. Si l’ONU et l’UA n’y parviennent pas, il faut envisager des actions politiques plutôt que diplomatiques. C’est pourquoi un axe Biaise Compaoré-Guillaume Soro s’est reformé, le leader des Forces nouvelles trouvant dans la réélection du président du Faso des raisons d’espérer. Il contrôle 60 % du territoire ivoirien et 7 millions d’habitants. Face à un président de la République "maintenu ", il veut la primature ou la vice-présidence. Logique ".

Dans le même temps, le gouvernorat de la BCEAO (à la suite de la nomination de Charles Konan Banny comme Premier ministre de Côte d’Ivoire) tombe dans l’escarcelle du Burkina Faso : c’est Damo Justin Barro qui est nommé pour assurer un intérim qui dure encore. Le gouvernement burkinabé formé le jeudi 5 janvier 2006 joue la continuité. Djibrill Yipènè Bassolé y conserve son portefeuille de ministre de la Sécurité. Nous nous retrouvons, une fois encore, dans la capitale burkinabé, dans le courant du mois de février 2006. Il a déménagé de l’autre côté du barrage, au-delà du Silmandé, sur la route de Kossodo, le temps que sa villa soit en réfection. Il a toujours une floppée de téléphones cellulaires à portée de la main mais a conservé son rythme de vie familiale et se déplace, à la "burkinabé", sans ostentation ni déploiement de forces. La sécurité, qui bénéficie d’efforts considérables en matière de formation et d’équipement des forces de l’ordre, s’améliore mais connaît encore des zones d’ombre.

Bassolé, avec discrétion, rigueur et détermination, s’est affirmé, tout au long de ces années de tension, comme un homme-clé sur la scène politique burkinabé, y compris jusque dans ses implications diplomatico-politiques. Très éloigné, dans ses relations quotidiennes, du portrait de grand manipulateur que ne manquent pas de peindre certains journaux ivoiriens ("masque de guerre pour Compaoré ", "champion de la manipulation des médias ", etc.) qui évoquent, dans le même temps, son affiliation à la Grande loge nationale française (GLNF).

L’implantation de la GLNF au Burkina Faso remonte, pour ce qui est de la période "révolutionnaire", à Thomas Sankara. Le jeudi 6 février 1986, au Crillon, à Paris, il avait reçu Jean Mons, Grand Maître de la GNLF. Mons, instituteur, terminera sa carrière comme Président de chambre à la Cour des comptes après avoir été, notamment, préfet, directeur de cabinet de Léon Blum, président du gouvernement en 1946, résident général de France à Tunis (1947).

Les contacts avec Ouaga seront initiés par Yves Trestournel, alors Grand Chancelier de la GLNF, et bras droit (en charge des relations internationales) de Mons, gravement malade en fin de mandat. Rappelons que la GLNF est "la seule obédience maçonnique française ne comprenant que des croyants en Dieu, Grand Architecte de l’Univers". La GNLF va donc être en vogue au Burkina Faso. Mais les "maçons" sont, aussi, ivoiriens. Gbagbo est, de longue date, un initié du Grand Orient de France (GO) qui, lui, a supprimé l’obligation de croire en Dieu et ne fait plus référence au Grand Architecte de l’Univers (C’est au GO qu’appartient également Guy Penne, président de l’Association France/Burkina Faso). Notons encore que le général Robert Gueï, quelques mois après son accession au pouvoir à la suite du coup d’Etat de 1999, sera initié, lui aussi, à la GNLF par son directeur adjoint de cabinet Ballo Yacuba et Jean-François Humbert.

La force de Compaoré, c’est d’avoir autour de lui des hommes (et des femmes) compétents, expérimentés, déterminés et rigoureux capables de "faire tourner la boutique", y compris quand le patron n’est pas là. Et qui n’ont pas un objectif strictement carriériste. Ils ont, par ailleurs, un esprit d’équipe et de manquent pas de connexions dans la société civile (les amis burkinabé de Bassolé sont à son image : discrets, rigoureux et déterminés). C’est, selon moi, l’acquis majeur des années "révolutionnaires" qui ont permis la formation puis l’émergence d’une nouvelle génération d’hommes et de femmes (et quand on regarde les photos de ces années-là, c’était vraiment de jeunes hommes et des jeunes femmes ; je pense en particulier à Béatrice Damiba, actuellement ambassadrice à Rome) animés par un idéal fort.

Quand certains commentateurs évoquent "le tout puissant ministre de l’Intérieur burkinabé, colonel de gendarmerie", ils n’imaginent sans doute pas ce qu’est, réellement, Bassolé. Sa "puissance", il la tire de son relationnel privilégié mais sans ostentation avec le président du Faso, mais surtout d’une capacité d’organisation (qui n’est d’ailleurs pas liée à une maximisation des moyens mis en oeuvre), d’une connaissance intime des dossiers et d’une longue pratique du terrain, au Burkina comme à l’étranger (où il a su nouer des contacts privilégiés avec des personnalités du monde politique, du renseignement et de la communication). Le savoir-faire burkinabé est un savoir-faire collectif. Si le pays avance, c’est que tout le monde avance en même temps. Celui qui veut jouer un jeu "perso" est vite marginalisé !

Dans le dossier de la "crise ivoirienne", mieux vaut représenter Compaoré que Gbagbo. Bien que pragmatique, le chef de l’Etat burkinabé n’a pas varié d’un pouce sur sa ligne initiale, claire et nette. Il en recueille aujourd’hui les fruits. Il préside toutes les organisations sous-régionales et s’impose comme l’interlocuteur de Gbagbo dans la recherche négociée d’une solution à la crise. Du côté d’Abidjan, c’est encore la "magouille" et le "chacun pour soi". Cela peut marcher face à des diplomates internationaux ou des personnalités politiques occidentales.

Avec Compaoré et Bassolé aux commandes du "dialogue inter-ivoirien ", il va falloir, enfin, que les Ivoiriens prennent leurs responsabilités et que le chef de l’Etat soit, véritablement, le chef de ce qui reste de son Etat. Après le "dialogue inter-togolais ", voilà le "dialogue inter-ivoirien ". Le Burkina Faso est incontournable sur la scène politique ouest-africaine.

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

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