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Côte d’Ivoire : comment faire simple après l’impasse des montages diplomatiques et politiques "compliqués"

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Côte d’Ivoire • • mardi 30 janvier 2007 à 08h18min

Blaise Compaoré et Laurent Gabgbo

Si tout se passe bien, cette fois, le sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), doit se tenir aujourd’hui à Ouagadougou. Le président nigérien Mamadou Tandja devrait céder la présidence au président burkinabè Biaise Compaoré. Cela tombe plutôt bien.

L’exceptionnelle (dans tous les sens du terme) vitalité du Burkina Faso a fait de ce pays un acteur essentiel de la scène diplomatique ouest-africaine et ce pays est, à plus d’un titre, le premier concerné par la persistance de la crise ivoirienne. Plus encore, Laurent Gbagbo, président de la République de Côte d’Ivoire, entend faire de son voisin du Nord l’homme-clé de la recherche d’une solution à la crise ivoirienne. Il y a urgence.

Au coeur de l’été 2007, me recevant au ministère de la Coopération, du Développement et de la Francophonie, notre ministre-déléguée, Brigitte Girardin, m’ayant précisé qu’elle refusait de communiquer avec la presse sur la crise ivoirienne autrement qu’en off compte tenu de la nécessaire sauvegarde des intérêts des Français dans ce pays, insistait sur l’autre grande préoccupation qui était la sienne alors : l’évolution de la situation en Guinée dans la perspective d’un changement à la tête de l’Etat. Nous y sommes.

Autant dire qu’il n’y a pas que la Côte d’Ivoire qui est dans le "rouge". Et on ne sait rien de ce que nous réservent les prochaines élections présidentielles au Sénégal, au Mali et... en France. A quelques semaines du sommet France-Afrique de Cannes, Paris aimerait bien savoir à quoi s’en tenir concernant l’évolution du dossier ivoirien. Gbagbo sait, lui, que la période de grâce touche à sa fin. Avec un nouveau patron à l’ONU (qui, lui, n’est pas un ressortissant africain) et la perspective d’un nouveau locataire à l’Elysée tandis que Compaoré va être le grand chef sous-régional, il a du souci à se faire. Il lui faut donc être créatif et prendre des initiatives qui lui permettront d’assurer sa survie politique et celle de ses affidés.

Il a su survivre à Félix Houphouët-Boigny (y compris pendant les années où Alassane Ouattara a, effectivement, gouverné la Côte d’Ivoire), à Henri Konan Bédié, à Robert Gueï, a de multiples complots vrais ou faux, à un coup d’Etat raté et, plus encore, à la pression française et onusienne, mais, plus qu’aucun autre, il sait que la baraka n’est pas un mot bété et qu’il faut éviter de trop tirer sur la corde si on ne veut pas y être pendu un jour.

C’est pour échapper à cette perspective qu’il a entrepris un jeu simple et complexe à la fois qui vise à lui permettre de demeurer un acteur de premier plan sur la scène ivoirienne et sous-régionale sans jamais laisser penser qu’il pourrait être animé de mauvaises intentions. Le "simple" est très simple. Il a compris que, du point de vue occidental, lorsqu’une crise éclate en Afrique et qu’une rébellion politique ou militaire fait irruption, ce n’est jamais de la responsabilité des "rebelles" mais, toujours, du pouvoir en place : réflexe ethnocentrique qui fait que la communauté internationale s’accommode toujours des gens au pouvoir jusqu’au moment

Des rebelles en Casamance ? C’est la faute de Dakar. Des rebelles au Darfour ? C’est la faute de Khartoum. Des rebelles au Tchad ? C’est la faute de N’Djamena. Et quand on peut mettre une étiquette ethnique, raciale ou religieuse (du genre Hutu et Tutsi, ou Arabes et Noirs, ou Islam et animistes, etc.), c’est encore plus facile. Depuis plus de quatre, s’il y a eu une "rébellion" en Côte d’Ivoire, c’est bien évidemment la faute d’Abidjan et, accessoirement (enfin, selon le point de vue où on se place) de Ouagadougou mais aussi de Paris. Mais quid des "rebelles" ?

Que la situation ivoirienne ait justifié une "rébellion", c’est un point de vue. De mon point de vue, cette "rébellion" (ou, plus encore, une révolution) ne devait d’ailleurs pas attendre 2002, ni même 2000 ou 1999 ou 1995. La mort du "Vieux" était le moment propice (même si cela aurait été mal perçu, crime de lèse-majesté). Mais pour qu’il y ait des rebellions ou des révolutions, il faut des rebelles ou des révolutionnaires. En Côte d’Ivoire, il n’y avait que des grottos. Il ne faut donc pas s’étonner que tout cela ait mal tourné et que la "rébellion" de 2002 ait, elle aussi, échoué.

Il n’empêche qu’il y a. en Côte d’Ivoire, un pouvoir en place et des "rebelles". Il ne sert plus à rien de vouloir réécrire l’histoire politique de ce pays et de donner une envergure à ceux qui n’en n’ont pas (ou ne veulent pas en avoir). Ouattara n’a pas pris le pouvoir en 1993 ni en 1999. Bédié l’a perdu en 1999 sans l’avoir conquis, ni en 1993, ni en 1995. Gueï a pris le pouvoir en 1999 mais l’a perdu en 2000. Gbagbo l’a conquis en 2000 et l’a conservé en 2002. Il est au pouvoir et les "rebelles" n’ont pas su, au cours des quatre dernières années, l’en déloger.

Bilan : nous avons un pouvoir en place face à des "rebelles" qui occupent quasiment la moitié du territoire national. Il ne faut pas aller chercher plus loin : les discussions, les pseudo-réconciliations, les transitions, etc. Tout le reste ayant échoué, il ne reste que trois possibilités : le pouvoir l’emporte sur la "rébellion" ; la "rébellion" l’emporte sur le pouvoir ; le pouvoir et la "rébellion" cherchent un terrain d’entente.

Le chef des "rebelles", Guillaume Soro, l’a dit récemment, à l’occasion de la présentation des voeux : "Voici quatre ans que les Forces nouvelles ont engagé le combat pour la démocratie et la dignité humaine en Côte d’Ivoire " et "dire non à l’ivoirité et à l’exclusion ". Le terrain d’entente est tout trouvé : il s’agit de mettre un terme à "l’ivoirité" et à "l’exclusion". Soro a pensé, en 2002, que cela passait par le renversement du régime de Gbagbo ; il n’y est pas parvenu. Gbagbo, de son côté, a pensé que "l’ivoirité et l’exclusion " étaient les conditions nécessaires à son accession et à son maintien au pouvoir. C’est vrai, mais dans les pires conditions pour lui-même, ses affidés, sa formation politique. Or, si les hommes passent les organisations politiques ont vocation à perdurer (la meilleure preuve en est le PDCI). Pour ne ’’pas injurier l’avenir ", Gbagbo est donc dans la nécessité de négocier.

Tout le monde le dit. Soro. le G7 et le GTI. Le seul mot sur lequel ils s’accordent c’est "impasse" (le GTI précise même "impasse totale"). Et pour sortir d’une impasse, il faut avoir des ailes, "aller dans le mur", ou reculer. Reculer, c’est revenir au point de départ et négocier les termes qui ont provoqué la "déchirure" (évitons, dans le contexte actuel, de parler de rupture) : "ivoirité et exclusion". Et c’est en cela que Compaoré est, plus que jamais, incontournable. Il va non seulement présider la Cédéao mais, plus encore, "l’ivoirité" et "l’exclusion" le visaient directement. "L’ivoirité " parce que Ouattara était considéré comme un burkinabé ; "/ ’exclusion " parce que ce sont les Burkinabé qui ont fait, en Côte d’Ivoire, les frais de ce fantasme sur la nationalité de Ouattara.

C’est donc bien avec Compaoré que Gbagbo doit négocier puisque les Burkinabé (et ceux qui sont considérés comme tels) sont les premières victimes de la politique mise en oeuvre à Abidjan. Evidemment, Gbagbo sait que, dans cette négociation. Compaoré n’a rien à perdre. Le Burkina Faso a absorbé sans trop de drames le "retour" de plusieurs dizaines de milliers de "Burkinabé" et a su "optimaliser" au mieux de ses intérêts l’enclavement que lui a imposé Abidjan. Ouaga n’a rien à perdre mais peut y gagner encore !

A suivre

Jean-Pierre Béjot
La Dépêche Diplomatique

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