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CEDEAO/Crise ivoirienne : L’indispensable devoir de clarté

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Côte d’Ivoire • • lundi 22 janvier 2007 à 07h32min

Gbagbo et Banny au sommet de la CEDEAO

Plus que jamais la crise ivoirienne a besoin de clarté.
En effet, la soudaine volte-face du locataire du palais d’Abidjan-Cocody qui veut discuter avec Soro le rebelle du nord, suscite bien des interrogations. Dans quel intérêt tient-il tant à négocier, lui, si fort, si brillant, si populaire et si légitimé par la Constitution ? Cela ne présage rien de bon.

Gbagbo est finalement parvenu à ne pas se faire oublier. Encore moins à se faire tirer l’oreille par ses pairs de la CEDEAO. Mieux, il a obtenu un appui dans son projet de négociation directe avec l’opposant Guillaume Soro. Ouf ! Encore une autre chance pour lui. Mais il ne faut rien en attendre.

Sinon, pourquoi a-t-il attendu jusqu’à maintenant, après tant et tant d’années de sacrifice pour accepter ce qui a toujours paru une évidence même pour l’homme de la rue : le dialogue direct avec l’adversaire ? Le FPI serait-il à la recherche d’un second souffle après les sanctions infligées à ses militants zélés ? Face aux incertitudes qu’il provoque lui-même, Gbagbo voudrait-il se ménager une porte de sortie honorable ? D’éventuels protecteurs auraient-ils exigé ce dialogue avec Guillaume Soro ? Quelle puissance motive Gabgo jusqu’à ce point ? Chercherait-il à faire oublier les dossiers de justice qui, en Côte d’Ivoire et ailleurs accablent son régime ? Tôt ou tard, il faudra pourtant répondre des crimes de sang et des crimes économiques perpétrés sur le sol ivoirien, sans oublier leurs séquelles. Et puis, les victimes devront être dédommagées.

Que faut-il attendre de ce besoin si soudain de dialoguer ? Pourquoi tout ce remue-ménage ? Pourquoi subitement Gbagbo aurait-il besoin de négocier directement avec Guillaume Soro, le rebelle armé ? Selon Laurent Gbagbo, les protagonistes de la crise regarderaient aujourd’hui dans la même direction. Mais alors pourquoi tenter ainsi d’isoler Soro des autres ? Pour en faire un autre Premier ministre à sacrifier ? Pourquoi gêner continuellement l’actuel Premier ministre dans sa gestion ?

Certes, la politique a ses secrets. Mais les revirements de Gbagbo n’augurent jamais rien de sain ! Trop de promesses non tenues, trop de retournements de vestes finissent par exaspérer !

"Le Pays" l’a déjà souligné : Gbagbo ne veut pas aller aux élections. Il n’a jamais réellement voulu d’une élection propre et transparente. Parce qu’il a peur et n’est pas sûr de gagner. Aujourd’hui, riche comme jamais, il a absolument besoin d’une nouvelle feuille de route, concoctée par lui-même, et qui lui fasse gagner du temps, pour éventuellement faire reconduire son mandat. Aller aux élections signifie pour lui préparer des élections gagnantes, donc se trouver des boucs émissaires.

D’abord les acteurs politiques ivoiriens, le Premier ministre Banny y compris, lui qui transpire la sérénité et prend du galon en dépit des peaux de bananes. Il faut travailler à les marginaliser, à défaut de parvenir à les diviser. Ils doivent paraître toujours aussi insignifiants. Ensuite, la communauté internationale et sa résolution 1721 qu’il faut ignorer en continuant de valoriser une Constitution jamais respectée dans les faits. Enfin, Gbagbo vise ses deux plus grands adversaires de la crise : Blaise Compaoré et Guillaume Soro. L’un et l’autre devront en effet assumer la responsabilité d’un échec bien préparé par le boulanger. Celui-ci a besoin de les confondre définitivement. Le premier, parmi ses pairs de la CEDEAO et de l’UEMOA dont il préside aujourd’hui les destinées. Le second, à cause des campagnes électorales éventuelles.

Gbagbo a besoin de compromettre définitivement Blaise Compaoré.Il sait que l’Union africaine se trouve à la veille d’un renouvellement de la classe politique africaine. L’année 2007 est en effet celle des élections un peu partout sur le continent, surtout en Afrique de l’Ouest (Mauritanie, Mali, Burkina, Sénégal, etc.). Ailleurs, des transitions sont en cours (Congo démocratique, Gabon, Burundi, Tchad, Soudan, Somalie, etc.). En France aussi on vote bientôt. Les calendriers sont donc chargés et on aura probablement à faire à de nouveaux acteurs. Gbagbo a aussi intérêt à assombrir l’image de Blaise Compaoré devant le nouveau Secrétaire général des Nations unies qui s’apprête à éplucher les dossiers du continent. Il y a intérêt car aux yeux d’une certaine opinion, le Chef de l’Etat burkinabè passe pour un médiateur hors pair, surtout avec l’épineux dossier togolais.

Gbagbo vise donc le doublet : détruire l’image de marque de celui qu’il a toujours considéré comme le comploteur à l’origine de la crise ivoirienne et écarteler l’autre prétendant au trône ! Il a besoin de passer pour le conciliateur et l’architecte de la paix et du dialogue aux yeux de l’électeur ivoirien qu’il doit caresser dans le sens du poil.

Le président ivoirien qui n’a plus de crédibilité, est le type de politicien qui a toujours besoin de confondre les autres pour avoir du mérite. Il est à cet égard constant dans son désir de demeurer le maître du jeu depuis le déclenchement des hostilités. Il cherche désespérément à se réconcilier avec le nord-ivoirien pour espérer pouvoir y battre tranquillement sa campagne le moment venu. D’où cette volte-face visant à isoler Soro parmi les siens. Car, au nom du dialogue, le chef des forces armées ne peut qu’accepter la main tendue de l’adversaire.

Gbagbo veut aussi demeurer visible au triple plan national, sous-régional et régional. Cet homme à la crédibilité écornée voudrait redorer son blason, sachant que très peu de temps nous sépare d’octobre 2007.

Le dossier ivoirien a toujours souffert de l’absence de clarté. Toutes les résolutions de ces dernières années étaient pleines d’ambiguïtés et laissaient entrouvertes de petites portes par lesquelles Gbagbo avait toujours beau jeu de fuir ses responsabilités et de louvoyer. Blaise Compaoré qui tient désormais les rênes de la CEDEAO et de l’UEMOA peut-il réussir là où tout le monde a échoué ? Si après son succès dans le dialogue intertogolais, Blaise remportait encore cette victoire, alors le dossier ivoirien lui consacrerait définitivement un leadership sous-régional incontestable. Cela plairait-il à Gbagbo ? Rien n’est moins sûr.

Le Pays

Vos commentaires

  • Le 22 janvier 2007 à 14:29, par internaute anonyme En réponse à : > CEDEAO/Crise ivoirienne : L’indispensable devoir de clarté

    Si réellement Gbagbo, dans sa nouvelle démarche vers la paix, est sincère, le temps fera vite de nous le dire ! En attendant, et malgré le tumultueux passé de l’homme dans le processus de résolution de la crise ivoirienne, accordons-lui le bénéfice du doute ! Laissons-le aller jusqu’au bout de sa démarche, tout en restant vigilant sur le moindre de ses faits et gestes ! Il se mettra ainsi lui-même à nu, et ne pourra plus guère adopter une autre posture différente ! Comme le dit si bien le dicton, "laissons le temps au temps" ! Et nous en tirerons pleins d’enseignements !

    Répondre à ce message

  • Le 22 janvier 2007 à 16:23, par Willy GOGO En réponse à : > CEDEAO/Crise ivoirienne : L’indispensable devoir de clarté

    vous n’etes pas objectif dans tous ce que vous dites à l’egard de la crise ivoirienne et à l’egard du president Laurent Gbagbo.L’on connait deja vos instincts.Sachez que, "chers"journaliste
    vous faites de l’intox.Il serait bon pour vous d’aller aménager à RFI ou dans la France Chiraquienne pour qu’on vous entende plus sinon on a comme l’impression que vous prechez dans le desert avec tant de haine qui pourra à l’avenir fondre votre carrière journalistique.

    Répondre à ce message

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