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Conférence de presse de Robert Ménard : La vraie seconde mort de Norbert Zongo

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Affaire Norbert Zongo • • samedi 28 octobre 2006 à 08h43min

Robert Ménard était au Burkina la semaine dernière. Le but de son voyage, apporter des charges nouvelles afin de relancer l’affaire Norbert Zongo. De charges nouvelles, il a plutôt estomaqué le monde entier en révélant que le rapport de la commission d’enquête indépendante remis au Premier ministre Kadré Désiré Ouédraogo n’était pas le bon. Fin de la plaidoirie.

Quid donc du vrai rapport ! Sa sortie n’aurait été qu’une opération médiatique, une de plus pour amuser la galerie.

Sauf que cette fois, au lieu d’arnaquer l’opinion publique, il n’a fait que discréditer une commission qui se targuait d’avoir réussi à boucler en moins de cinq mois une affaire aussi délicate.

Car depuis, sa révélation augmente la suspicion sur les travaux d’une commission sensée être au-dessus de tout soupçon, travaux fort controversés dès leur mise à disposition.

Grande gueule reconnue pour sa facilité à vampiriser l’espace médiatique, Robert Ménard vient de récolter les effets pervers de cette envie débordante de communiquer. En pensant sans doute, qu’en toute impunité, il pouvait dire, le voilà désormais fait tel un rat.

Le bonheur d’être libre dont il croit être l’incarnation lui a éclaté en pleine figure, sans qu’il ne s’en rende même compte. En parfait fauteur de trouble, agissant sans en référer à quelqu’un, ici il a en effet royalement ignoré les autres membres de la commission, il s’est oublié jusqu’à décréter la vraie seconde mort de Norbert Zongo. Le non-lieu à côté de sa prestation médiatique étant un jeu d’enfant.

Il soutient qu’au nom d’un unanimisme, dont on peine à saisir la raison, du moment où c’est seulement deux membres sur onze qui refusaient de parapher le rapport, ils ont pris sur eux la responsabilité historique de ne pas dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité dans une affaire aussi gravissime. Inconsciemment ou plutôt injustement, ils ont opté d’opérer un enterrement de première classe d’un dossier avant même son enrôlement par la justice.

Gloriole sans nom

La vanité doit sans doute être le péché préféré du sieur Robert Médard. Sinon, comment a-t-il pu ainsi poignarder dans le dos ses "coreligionnaires" des droits humains ? A la réflexion, Ménard est un spécimen qui a toujours rêvé de gloire personnelle, celui par qui se fait et se défait l’histoire des médias dans le monde.

Chez lui pas d’interdit dans sa philosophie qui veuille que lorsqu’il a fait d’une affaire un cas personnel, il aille jusqu’au bout, quitte alors à mettre la tête de son entourage dans le sac.

Il est venu, il s’est chargé de tout et en l’espace de quarante-huit heures, il a bouclé son affaire et mis ainsi la justice burkinabè "au pied du mur". Il l’a plutôt entièrement absous de tout...

Bien entendu, ses amis aujourd’hui sont dans un embarras pas possible au point qu’ils se demandent pourquoi ils se sont acoquinés avec un tel phénomène. Il use et abuse du cas Norbert Zongo pour restaurer une image fortement écornée par son impuissance caractérisée dans d’autres affaires de meurtre de journalistes très connus à travers le monde.

Aujourd’hui, il est définitivement établi que le Burkina est le seul pays où il peut ainsi venir faire son numéro et s’en retourner tranquillement. Que fait-il de la Russie où tombent chaque jour des journalistes, ceux tchétchènes en savent quelque chose. Alors pourquoi ne s’aventure-t-il pas dans le pays de Vladimir Poutine ?

Plus populaire, tu meurs

Parce que dans ce pays qui fut jadis une puissance incomparable règne un ex-patron du KGB (les services secrets de l’Union soviétique). Aussi terrible et terrifiant soit-il, monsieur Poutine pouvait-il s’en prendre impunément à un monument du journalisme, sans en être lui-même fortement ébranlé ?

Anna Politkovskaia était considérée en Russie comme la seule journaliste capable de parler des horreurs perpétrées en Tchétchénie par le régime Poutine sans être inquiétée. Il faut en effet comprendre que la Anna a acquis une notoriété et une popularité telles que la toucher, était selon les observateurs provoquer un plus que Tsunami politico-social.

Elle n’était pas seulement aimée et admirée dans son pays, le monde entier des médias avait pour elle une admiration pour son courage, la pertinence de son travail, la justesse de ses analyses et sa volonté de fer quant à la recherche de la vérité.

Mais tout ça n’a pas suffi à lui éviter les balles assassines d’un inconnu tapis dans l’ombre sur le palier de sa demeure à la sortie de l’ascenseur. Anna Politkovskaia a rejoint des dizaines d’autres journalistes tombés parce qu’ils s’intéressaient de trop près à cette sale guerre de Tchétchénie.

En grand défenseur de la cause du journalisme, voilà un cas qui aurait dû faire bondir le sieur Ménard. Mais rien du tout, pas même un début de frémissement ou de murmure, le silence alourdissant d’une tombe a recouvert ce crime dont les auteurs ne sont pas si difficiles à trouver.

A supposer qu’il ne faille accuser personne sans preuve, il reste quand même à saisir cette logique du traitement discriminatoire dans deux cas pratiquement similaires. Ailleurs motus, au Burkina on peut dire tout jusqu’aux énormités.

Que voulez-vous, il est connu que le courage chez certains, comporte une limite certaine.

Se rendre en Russie relève d’abord du parcours du combattant, alors avoir le courage d’y aller ferrailler avec Vladimir Poutine ne saurait être dans les cordes d’un Ménard qui connaît sa catégorie de poids plume.

Or, Poutine c’est du lourd. Mais ce n’est pas plus mal, qu’il n’y ait que le Burkina Faso à s’essayer vraiment à la démocratie et au débat contradictoire. Il a parlé, le parquet a répliqué. C’est une chance pour notre pays.

Souleymane KONE


Détenteur de la science infuse

Il a encore pris sa posture de Zorro international. Chez lui, c’est une seconde nature. A chaque fois que débarque au Burkina Faso, Robert Ménard même les professeurs d’université retournent à l’école. Donner des leçons sur ce qui est et ce qui n’est pas, il le réussit avec une maestria digne du plus célèbre chef d’orchestre philharmonique de Vienne.

Mais pour ce coup, le connaisseur s’est planté sur les grandes largeurs. Avec une candeur désarmante, mesurant à peine les conséquences irrémédiables sur l’affaire Norbert Zongo, il sort à la face de la charmante planète qu’on appelle la Terre que le rapport produit par la commission d’enquête indépendante est un faux authentique.

Bien sûr, nous attendions en nous pourléchant les babines les révélations fracassantes du seigneur-défenseur des médias et de leurs hommes devant l’éternel. Le scoop aura été à la hauteur de nos attentes et bien au delà.

Robert Ménard peut se dire, qu’il n’a aucune limite dans la vie, mais là, il vient de réussir une œuvre de démolition d’un document constituant la trame essentielle de cette affaire de justice emblématique. Désormais, le rapport de la CEI est aussi utile qu’un papier hygiénique, bon à jeter aux chiottes.

Bien sûr et à y regarder de près, sa bourde colossale n’est pas une surprise, loin s’en faut. A force de vouloir transformer des déclamations en arguments de droit, voire en preuves irréfutables, il ne pouvait que se ramasser lamentablement un jour ou l’autre.

A ce professeur autoproclamé des incultes pays africains, il est temps que ce soit lui qui retourne à l’école. Celle de la mesure et mieux celle du bon sens et de la jugeote. Car si les membres de la CEI, d’éminentes personnalités du monde du droit et de la presse ont osé produire du faux dans un dossier lourd de menace pour la paix sociale, inutile de chercher à qualifier une telle attitude. On préfère oublier qu’ils ont existé et que leur rapport existe.

Souleymane Koné

L’Hebdo

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