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Présidentielle gambienne : Ubu roi à Banjul

Accueil > Actualités > International • • mercredi 20 septembre 2006 à 08h03min

Yahya Jammeh

C’est finalement le 22 septembre, et non en octobre comme initialement prévu, que les quelque 500 000 électeurs gambiens, sauf report de dernière minute, iront aux urnes pour désigner celui qui va présider à leurs destinées pour les cinq à venir.

Comme raison avancée pour cette modification du calendrier, le ramadan. Les prétendants au fauteuil présidentiel sont connus depuis le 31 août dernier, date à laquelle trois des quatre candidatures ont été validées par la Commission électorale indépendante gambienne. Comme il fallait s’y attendre, Yahya Jammeh est de nouveau candidat à sa propre succession, pour le compte de l’Alliance patriotique pour la réorientation et la construction (APRC).

Il affrontera deux adversaires, non moins importants, mais que les observateurs de la scène politique gambienne ne donnent pas favoris, au regard des conditions dans lesquelles s’est déroulée la campagne électorale : il s’agit du député Halifa Sallah comme porte-fanion d’une coalition politique, le New Alliance for Democracy and Developement (NADD), et de l’avocat Ousainou Darboe pour le compte du Parti de l’unité et la démocratie (UDP).

Dès la phase d’inscription sur les listes électorales, débutée le 21 mai dernier, les opposants ont dénoncé des irrégularités. Ils accusent le parti au pouvoir « de délivrer des cartes d’électeur à des "étrangers", notamment des Sénégalais de Casamance issus de la même ethnie (les Diola) que le président ». En plus de cela, ils dénoncent l’obligation faite aux agents de l’Etat de battre campagne pour l’APRC, le parti au pouvoir, sous peine de sanction.

En rappel, Yahya Jammeh est arrivé au pouvoir en juillet 1994, à la faveur d’un coup d’Etat, alors qu’il n’avait que 31 ans. Capitaine à l’époque, il a été contraint, sous la pression de la communauté internationale, d’organiser une élection présidentielle en 1996. Un scrutin dont il est sorti vainqueur et qui lui a permis de s’asseoir confortablement de ses deux fesses dans le fauteuil présidentiel.

Comme la plupart des chefs d’Etat africains, après avoir goûté aux délices du pouvoir, le tombeur de Sir Daouda Jawara n’a pu résister à la tentation de se représenter en 2001 pour être encore réélu au premier tour avec 53 % des suffrages.

Il s’illustre surtout comme le président le plus extravagant du continent africain, à travers son accoutrement : des boubous aux manches démesurées, son éternelle couronne posée sur un turban, sa canne et surtout son gros chapelet ou son gros bonnet sont arborés de façon ostentatoire.

En tout cas, on ne croirait pas que c’est ce militaire, ayant à son accession au pouvoir promis l’eldorado à ses compatriotes, qui vit aujourd’hui comme un pacha. Il n’y a pas longtemps, lors du sommet de l’Union qu’a abrité la Gambie, il a voulu cacher la misère dans laquelle baigne la majorité des 1 411 205 Gambiens, en faisant véhiculer ses pairs dans des Hammers limousines.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que depuis son accession au pouvoir, la Gambie n’a pas trouvé le chemin de la démocratie. En effet, Yahya Abdul-Azziz Jemus Junkung Jammeh, celui qui promet de faire de la Gambie la « Silicon Valley de l’Afrique", terrorise et muselle son peuple.

En témoigne l’assassinat du journaliste Deyda Hydara le 17 décembre 2005. Depuis le 7 septembre 2006, un autre confrère de la télévision nationale publique, Dodou Sanneh, après une couverture des meetings de l’opposition, est pris en otage et détenu au secret. Yahya Jammeh règne donc sur fond de marasme économique et de traque de journalistes.

L’homme a surtout étonné plus d’un dans son message aux électeurs au cours de sa campagne, dans un des bastions de l’opposition gambienne : « ...Si vous voulez, votez pour moi. De toutes les façons, si vous ne me votez pas, ne comptez pas sur moi ... ». Comme pour dire : si vous ne me votez pas, je vous couperai le robinet. Quel drôle de président ! C’est, on ne peut plus grave. A cela, il faut ajouter que l’armée affiche ouvertement son soutien à ce dernier. C’est quand même rare que la grande muette déclare de façon ostentatoire son soutien à un candidat à la présidentielle.

En dépit de toutes ces fautes graves, sauf cataclysme, c’est ce fantasque de Jammeh qui sera reconduit dans le fauteuil présidentiel gambien au lendemain du 22 septembre, pour un troisième mandat, à l’issue duquel il aura 17 ans de règne.

Hamidou Ouédraogo

L’Observateur

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