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Guerre en Irak : Un an de gâchis

Accueil > Actualités > International • • lundi 22 mars 2004 à 07h02min

Le 20 mars dernier, cela faisait un an, jour pour jour, que
l’armée de la plus grande puissance du monde, les Etats-Unis,
intervenait en Irak. Après donc l’Afghanistan, l’Administration
Bush tenait à en découdre, selon un scénario programmé, avec
le second "axe du mal" dont le régime de Saddam, voué aux
gémonies, en serait la parfaite illustration, selon le prisme
déformant des politologues, des généraux du Pentagone et
autres conseillers dont le moins qu’on puisse dire, est qu’ils
sont restés sourds aux supplications des pacifistes traités
(même une force morale comme le pape n’y échappera pas) de
défaitistes et d’apatrides.

Cela nous ramène quarante ans en
arrière et nous rappelle la guerre du Vietnam. Triste scénario
répétitif avec les mêmes acteurs (les USA) et dont les
conséquences risquent d’être semblables à tout point de vue,
en termes de gâchis à l’équipée vietnamienne.

Aujourd’hui, en
dehors de ceux qui s’obstinent dans leur refus de la réalité,
presque tout le monde est unanime à prédire l’enlisement des
Etats-Unis dans les sables mouvants et brûlants de l’Irak, tout
comme ils ont été piégés dans les marécages d’Indochine.
D’abord sur le plan intérieur, un an après, la majorité des
Américains se mettent à douter de leur pays et de sa capacité à
imposer la pax americana telle qu’envisagée par leurs
dirigeants.

L’opinion américaine est d’autant plus désorientée et
déçue qu’elle découvre avec stupéfaction que sa fibre patriotique
a été trahie par un grotesque mensonge d’Etat. Non seulement
le péché dont on accusait Saddam Hussein (la détention
d’armes de destruction massive), semble presqu’absout, faute
de preuves, mais également dans leur intime conviction, les
Américains ont presqu’envie de diaboliser Bush et d’idolâtrer
Saddam Hussein qui, tout compte fait, n’était pas plus dictateur
et plus ignoble que la plupart des potentats corrompus qui
écument le Moyen-Orient.

Par ailleurs, un an après, les Américains découvrent avec
amertume, que le rêve d’une Amérique invincible, relayé par un
lynchage médiatique qui ne laissait guère de place à une
presse indépendante muselée et parfois prise pour cible, s’est
transformé en un cauchemar pour leurs soldats fauchés par de
multiples attentats quotidiens.

Bien que Saddam Hussein ait été capturé, les USA éprouvent
des difficultés à asseoir le modèle de démocratie dont ils
veulent doter l’Irak. Qu’à cela ne tienne, George Bush, empêtré
dans ce guêpier, s’entête à faire croire que son expédition était
autre chose qu’une guerre de recolonisation et d’occupation.
Peut-être que Georges Bush, dans son obstination guerrière,
regrette que son pays ait eu peu d’aventures coloniales au point
de vouloir rattraper le temps perdu. Peut-il pour autant oublier
que l’histoire est têtue et que toutes les expéditions coloniales
se sont terminées par la défaite des envahisseurs ?

Plus grave,
tout se passe comme si le reste de l’humanité vivait sur une
autre planète et comme si nous n’étions pas face aux mêmes
réalités. La première réalité est qu’en voulant mondialiser sa
croisade contre ce qu’elle appelle les forces du mal par
opposition à son infini humanisme, l’Amérique a du même
coup, mondialisé la violence. Les récents attentats de Madrid
dont il est difficile de prédire qu’ils ne frapperont pas d’autres
pays, sont venus alourdir davantage un bilan humain, matériel,
financier et psychologique qui a eu pour conséquence, la fissure
du front de la coalition qui combat en Irak.

Tandis que le
nouveau régime espagnol issu des dernières législatives
entend retirer ses troupes de l’Irak, d’autres pays se disent prêts
à lui emboîter le pas. Comme on le voit, c’est au moment où les
Etats-Unis ont plus que jamais besoin de cette fraternité
d’armes que leurs alliés s’apprêtent à leur fausser compagnie.

Mais pouvait-il en être autrement dès lors que l’initiative
américaine qui est une négation du droit international, devait
inéluctablement déboucher sur la désaffection de certains pays
qui avaient pris fait et cause pour Washington au mépris de la
volonté de leurs citoyens ? En tout état de cause, le bilan de
l’intervention américaine en Irak est, à tout point de vue,
désastreux.

Et ce n’est pas dans cette ambiance de
précampagne présidentielle où les arguments électoralistes
occultent toute vision réaliste de la situation, que les choses
s’arrangeront. Toujours est-il que dans cette débandade
généralisée, les Etats-unis qui ont piétiné le droit international
en violant la charte de l’ONU, font des pieds et des mains pour
une implication de cette dernière dans la résolution de la crise.

Washington, le moins qu’on puisse dire, n’arrive pas à achever
la monstrueuse symphonie imposée à l’Irak parce que les
membres de l’orchestre macabre dépêchés en Irak ne trouvent
plus de danseurs pour animer la soirée. Une soirée que du
reste l’Amérique assimilait à une simple ballade militaire.

Même
si l’Afrique, à qui Bush n’a pas demandé l’avis pour régler le sort
de Saddam Hussein se tait par peur d’éventuelles représailles,
elle se rend compte, avec un certain soulagement, qu’elle
devrait cesser d’être dépeinte comme le continent de la barbarie
antidémocratique alors que ce sont les prétendues démocraties
achevées qui sont les vrais vecteurs de la barbarie.

En définitive, l’expédition punitive contre Saddam Hussein a mis
à nu les limites des Etats-Unis et de leurs alliés qui doivent
désormais gérer l’effet boomerang et le macabre compte à
rebours d’une imprudence et d’une arrogance hors saison. Il est
à espérer que cette maladresse serve de leçon aux grandes
nations riches pour se ressaisir et pour remettre sur pied un
droit international actuellement sur béquilles.

Le Pays

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