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Gestion des flux migratoires : L’Europe et l’Afrique se donnent la main

Accueil > Actualités > International • • mardi 11 juillet 2006 à 07h49min

L’émigration est aussi vieille que le monde, mais n’a atteint la côte d’alerte que l’année dernière quand, par centaines, des immigrés clandestins subsahariens, poussés par la misère, au prix de leur vie, osèrent affronter les barbelés de Melilia et la Gardia civile pour l’eldorado européen.

L’irréparable se produisit à la frontière nord marocaine, aux portes même de l’Espagne. Au cœur de l’émoi, le Royaume chérifien prend les devants pour éveiller les consciences, et milite pour une conférence internationale. Mieux, il se saigne pour sauver ceux qui pouvaient encore l’être. Mais quelle stratégie pour contrer la migration clandestine ? C’est à cette question que répondra la conférence ministérielle euro-africaine qui s’est ouverte ce 10 juillet 2006 à Rabat.

Grande absente à cette messe, l’Algérie qui, pourtant, partage une frontière avec le Maroc. Sinon, pays émetteurs, transitaires comme destinataires des immigrés clandestins ont tous répondu à l’appel du souverain chérifien.

Quelque 70 pays, en effet, et une bonne brochette d’observateurs recrutés dans les organisations et les institutions internationales ; qui dit mieux ?

L’objectif poursuivi en valait le voyage à Rabat, car il s’agira de permettre à l’ensemble des parties concernées par la question d’aborder toutes les facettes de cette problématique, en accordant une attention particulière aux causes profondes de ce phénomène que le Roi Mohamed VI qualifie de structurel.

D’où l’appel de son ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, Mohamed Benaïssa, en faveur de la jeunesse, moteur du développement et source des potentialités de l’Afrique d’aujourd’hui et de demain. Son credo, investir davantage dans le capital humain africain pour la gestion du phénomène migratoire.

Dans cette perspective, a lancé le chef de la diplomatie marocaine à ses pairs, il est nécessaire de mieux utiliser le potentiel de l’émigration comme facteur de développement, de modernisation et d’innovation des pays de départ et d’accueil. Car, a-t-il souligné, les migrants sont des acteurs majeurs de la transformation sociale de leur pays d’origine.

Leurs flux financiers ne sont-ils pas, en effet, supérieurs à l’aide publique au développement ?

La stratégie marocaine

En tous les cas, au royaume de Mohamed VI, la problématique migratoire est traitée dans son ensemble dans un cadre stratégique qui concilie les aspects législatif, institutionnel, sécuritaire, ainsi que la coopération internationale et la sensibilisation. Une stratégie qui, en 2005, a permis d’obtenir des résultats probants :

22808 tentatives d’immigrations clandestines avortées, dont 21 894 concernant les originaires des pays africains au Sud du Sahara ;
le nombre des candidats marocains à l’émigration clandestine a enregistré une baisse de 15,38% par rapport à 2004 ;

484 réseaux de trafic ont été démantelés, soit + de 15% par rapport à 2004 ;
pour les migrants ayant réussi à atteindre les côtes espagnoles à partir du Maroc, il a été enregistré une baisse d’environ 40%. Cette diminution est encore plus importante au niveau des côtes Sud, qui accusent une baisse de 51%.

En cette année 2006, 6824 tentatives d’émigration clandestines ont avorté, dont 4,200 concernant les originaires des pays africains au Sud du Sahara. Le nombre des candidats à l’immigration a enregistré une baisse de 48% pour les nationaux, et une baisse de 64% pour les originaires des pays tiers par rapport à la même période 2005. En outre, 160 réseaux ont été démantelés.

En dépit d’un tel résultat, le ministre des Affaires étrangères de la Finlande (qui assure la présidence de l’Union européenne), Erkki Tuomioja, a rappelé à toutes les parties prenantes que "la migration n’est pas un choix libre pour tous les migrants, mais la nécessité de partir est souvent due à des conditions de vie et dans certains cas, elle peut mener au besoin d’asile ou de protection internationale".

Ce pourquoi il s’avère impérieux d’identifier les causes de l’émigration clandestine et de chercher des solutions répondant aux situations particulières.

Le ministre finlandais, porte-parole de l’Union européenne, a toutefois souhaité que la réunion de Rabat puisse servir de modèle pour une coopération plus étroite entre l’UE et les pays des autres routes migratoires en Afrique, spécialement en Afrique orientale.

Cette conférence euro-africaine constitue, à ses yeux, déjà un important pas de fait et une démonstration de partenariat véritable.

Sarko au rendez-vous

Ces jours-ci, qui parle d’immigration parle naturellement de Nicolas Sarkozy, le ministre français de l’Intérieur et de l’Aménagement du territoire, prétendant à la succession de Jacques Chirac, qui, depuis bien des mois, en fait son thème de campagne.

Promoteur de l’immigration choisie il a saisi l’opportunité de la conférence de Rabat pour défendre sa thèse.

Et de s’exclamer : "Comment rendre confiance à la jeunesse d’Afrique et la persuader qu’il existe un avenir pour elle en dehors de l’émigration ?". Pour Sarkozy, c’est la question fondamentale de notre temps, car, confesse-t-il, "nos destins sont liés et l’échec de l’Afrique aujourd’hui serait le désastre de l’Europe demain".

Peut-on croire seulement à celui qui martèle jour et nuit que l’émigration doit être choisie par le pays de destination et le pays d’origine ? L’adversaire déclaré de Chirac a en tout cas ce mérite d’afficher dès à présent sa feuille de route : "l’immigration zéro est un mythe dangereux ; moi je n’accepte pas non plus le discours extrémiste des partisans de l’émigration sans limite". Comprenne Sarko qui voudra.

Mais le seul point d’accord que le ministre aura décroché est celui portant sur le codéveloppement.

En ce sens, Nicolas Sarkozy fait ses comptes.

"Les transports de fonds des immigrés africains à leurs pays d’origine atteignent 8,1 milliards de dollars en 2005. Or, une infime partie de cette somme est utilisée à des fins d’investissement productif. L’un des grands enjeux du dialogue entre l’Europe et l’Afrique devrait porter sur les moyens de transformer cette épargne pour en faire un outil du développement économique".

En attendant l’adoption par la conférence de Rabat d’un plan d’action sur la migration et le développement, Sarkozy, l’ami des Africains, a prévenu : "La situation en Europe est intolérable : 500 000 migrants illégaux en Europe. Cette immigration clandestine est une atteinte à l’ordre public des Etats européens et à la stabilité de leur pacte social".

Certes, le prétendant Sarkozy sait être à la hauteur de ses péchés, mais une arrogance qui pourrait être cher payée aux portillons de l’Elysée. Nous y reviendrons.

Bernard Zangré,
Envoyé spécial à Rabat

L’Observateur

Vos commentaires

  • Le 8 août 2006 à 19:41 En réponse à : > Gestion des flux migratoires : L’Europe et l’Afrique se donnent la main

    Bonjour aux lecteurs

    Sur ce sujet, un Africain vient de publier un ouvrage très interessant intitulé "Comment arrêter le flux migratoire des Africains vers l’Europe ?". L’auteur propose l’institution d’un "Impôt pour le développement" qui sera payé exclusivement par les Africains de la diaspora. Une idée très originale.

    Cordiales salutations
    Susanne

    Répondre à ce message

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