LeFaso.net, l'actualité Burkinabé sur le net
Proverbe du Jour : “La plus grande gloire n’est pas de ne jamais tomber, mais de se relever à chaque chute.” Nelson Mandela

Burkina/Rentrée judiciaire : Les mécanismes traditionnels appelés à rapprocher le droit des justiciables

Publié le samedi 3 octobre 2026 à 00h48min

PARTAGER :                          
Burkina/Rentrée judiciaire : Les mécanismes traditionnels appelés à rapprocher le droit des justiciables

La rentrée judiciaire 2026-2027 s’est effectuée autour d’une réflexion sur l’apport des mécanismes traditionnels de règlement des différends à l’accès à la justice. À travers cette orientation, les acteurs judiciaires burkinabè souhaitent rapprocher l’institution judiciaire des réalités sociales et culturelles du pays, tout en préservant les garanties attachées à l’État de droit.

Le thème retenu : « L’apport des mécanismes traditionnels de règlement des litiges pour un meilleur accès à la justice au Burkina Faso ». C’était ce vendredi 2 octobre 2026, sous le très haut patronage du président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré.

Cette réflexion traduit, selon le président de la Cour de cassation, Pascal Bamouni, une volonté de réappropriation culturelle et juridique. Il ne s’agit pas, a-t-il souligné, d’un simple retour nostalgique au passé, mais d’une démarche destinée à construire une justice plus accessible et davantage enracinée dans les réalités nationales.

Le chef de l’État, présent à la cérémonie

« En recourant aux mécanismes traditionnels de règlement des conflits, notre pays fait une place de choix aux pratiques judiciaires ancestrales nourries à la sève de la préservation et de la justice… La tradition est un pilier vivant de la modernité juridique, et la sagesse endogène et la rigueur républicaine, loin de s’opposer, se concilient et se renforcent mutuellement », a-t-il déclaré.

Une justice tournée vers la réconciliation

Pour le président de la Cour de cassation, les mécanismes traditionnels se distinguent par leur capacité à préserver le lien social. Contrairement à une logique strictement punitive, ils privilégient le dialogue, la réparation et la réintégration des parties au sein de la communauté. Cette vision a été également défendue par le bâtonnier de l’Ordre des avocats, Batibié Benao.

Pascal Bamouni a salué l’avènement de la justice traditionnelle pour la résolution des litiges

Selon lui, le droit ne peut être pleinement efficace que s’il puise dans la société les règles qui organisent la vie collective. Il a ainsi rappelé que les coutumes, longtemps pratiquées dans les villages, les cours des chefs et auprès des anciens, ont été progressivement encadrées par le législateur. « Le législateur burkinabè a trouvé les coutumes dans nos villages, sous les arbres à palabres, dans la cour du chef, auprès des anciens. Il leur a construit la légitimité, puis les a tamisées par des principes, des interdits et des contrôles, avant de leur donner la forme et la force du droit », a-t-il expliqué.

Une réforme à encadrer

Pour le ministre de la justice, Edasso Rodrigue Bayala, la réforme engagée est porteuse d’espoirs et l’implication des instances traditionnelles doit permettre d’accélérer l’accès des citoyens à la justice. « Ce que nous avons vu et entendu donne de l’espoir : avec le peuple, la justice avance et doit avancer. Nous pensons que les instances traditionnelles vont nous permettre d’aller à la vitesse supérieure en matière d’accessibilité à la justice. Les acteurs se sont approprié cette réforme et nous sommes disposés à les accompagner pour que la justice soit une réalité », a-t-il affirmé.

Le Premier ministre et quelques présidents d’institutions à cette cérémonie

Le procureur général près la Cour de cassation, Arsène Sanou, a, pour sa part, insisté sur la nécessité d’une articulation claire entre les différentes voies de règlement des différends car, selon ses dires, la proximité des mécanismes traditionnels ne saurait, à elle seule, garantir le respect des droits. Leur institutionnalisation doit donc s’accompagner d’un dialogue permanent entre magistrats, auxiliaires de justice, autorités coutumières et responsables religieux.

Un intérêt régional

Présent à la cérémonie, le ministre malien de la justice, Mamadou Kassogué, a salué une initiative susceptible d’inspirer les pays voisins. « Nous sommes très heureux de suivre cette cérémonie sur un thème d’actualité pour rapprocher la justice des justiciables. Cela démontre la volonté de libération de nos peuples et le retour aux sources endogènes. Le Burkina Faso fait un travail remarquable avec l’installation des autorités traditionnelles et la délimitation de leur périmètre d’action. Cela va inspirer le Niger et le Mali, qui travaillent également sur cette question », a-t-il déclaré.

Selon le ministre malien de la justice, une rencontre avec le chef de l’État a permis de réorienter les exigences pour une justice plus proche des populations

Cette réforme intervient alors que les juridictions burkinabè revendiquent plusieurs résultats, notamment 236 arrêts rendus par les hautes juridictions au premier semestre 2026, 618 dossiers criminels jugés et 4 034 dossiers traités dans le cadre de l’opération casier vide.

Pour Pascal Bamouni, ces acquis doivent désormais être prolongés par une justice plus proche, plus lisible et plus conforme aux aspirations des citoyens. Une idée qu’il illustrera en ces termes : « Donnons à cette réforme sa chance : c’est aussi la nôtre, la chance de bâtir une justice plus transparente, plus accessible et plus enracinée dans nos réalités. »

Erwan Compaoré
Lefaso.net

PARTAGER :                              

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

 LeFaso TV
 Articles de la même rubrique