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Sciences : Gaëlle Koné est partie de la curiosité pour les cellules à la recherche d’une piste contre le cancer

Publié le mardi 29 septembre 2026 à 22h22min

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Sciences : Gaëlle Koné est partie de la curiosité pour les cellules à la recherche d’une piste contre le cancer

Partie du Burkina avec une curiosité pour la biologie, Madiamse Gaëlle Koné a progressivement construit un parcours mêlant formation scientifique, recherche, engagement associatif et ouverture internationale. Récemment diplômée de l’université d’Akdeniz en Turquie, la jeune Burkinabè s’est intéressée à la cytotoxicité du valnoctamide sur des cellules cancéreuses du sein et de l’ovaire. Une expérience de laboratoire qui a conforté son ambition de poursuivre dans la recherche et de contribuer, à son échelle, au développement des compétences scientifiques de la jeunesse burkinabè.

Madiamse Gaëlle Koné a quitté le Burkina pour poursuivre sa formation en Turquie, avec l’idée de comprendre davantage le vivant et, surtout, de contribuer à la recherche scientifique. Après un baccalauréat scientifique série D, elle entame des études en biologie à l’Université catholique de l’Afrique de l’Ouest (UCAO), au Burkina Faso. Mais l’envie d’aller plus loin et de découvrir d’autres environnements scientifiques la conduit à rechercher des possibilités de formation à l’étranger. La bourse Türkiye Bursları lui ouvre alors les portes de la Turquie. Avant de rejoindre véritablement la faculté des sciences de l’université d’Akdeniz, elle consacre une année à l’apprentissage de la langue turque. Puis viennent quatre années de formation en biologie. Une période au cours de laquelle son intérêt pour la biologie cellulaire et moléculaire et pour la recherche sur le cancer se précise.

Le choix de la biologie n’est pas le fruit d’un hasard. Petite, Gaëlle Koné rêvait, comme beaucoup d’enfants, de devenir médecin. C’est au lycée que cette envie se transforme progressivement en intérêt pour la compréhension des mécanismes du vivant. En classe de terminale, les cours de sciences de la vie et de la Terre vont particulièrement retenir son attention. L’étude de la cellule et des caractères héréditaires suscite chez elle une curiosité nouvelle. « Je me suis rendu compte que derrière une maladie ou le fonctionnement apparemment simple d’un organisme se cachait une multitude de mécanismes complexes que les scientifiques pouvaient comprendre et résoudre », explique-t-elle.

Cette curiosité va également l’amener à s’intéresser aux avancées scientifiques réalisées ailleurs dans le monde. Les nouvelles technologies utilisées dans les laboratoires, les recherches sur les maladies et les solutions explorées par les scientifiques nourrissent sa réflexion. C’est dans ce contexte que la Turquie apparaît pour Madiamse Gaëlle Koné comme une opportunité.

« J’ai toujours été attirée par les sciences. Petite, comme beaucoup d’enfants, je rêvais de devenir médecin, mais c’est au lycée que mon intérêt pour la biologie a réellement pris une autre dimension »

Obtenir la bourse Türkiye Bursları constitue pour la jeune étudiante une « porte d’ouverture » vers l’objectif qu’elle s’était fixé, qui est d’acquérir des connaissances et des outils susceptibles de lui permettre de contribuer, à terme, à l’innovation et à la recherche scientifique dans son pays. Mais derrière l’opportunité académique se cache la réalité d’une jeune étudiante qui doit apprendre à vivre dans un environnement nouveau. Nouvelle langue, nouvelle culture, nouveau système éducatif. Les premiers temps en Turquie ne sont donc pas uniquement consacrés aux cours et aux expériences scientifiques.

La langue constitue son premier obstacle, mais Gaëlle Koné choisit toutefois de considérer ces difficultés comme des étapes de son apprentissage. « J’ai surmonté ces difficultés grâce à la persévérance, à la patience et à la volonté de ne pas abandonner », confie-t-elle. Et avec le temps, ce qui pouvait être déstabilisant devient une force. L’expérience lui apprend à être autonome, à demander de l’aide lorsqu’elle en a besoin, mais également à chercher elle-même des solutions. Elle développe ainsi une capacité d’adaptation qui va rapidement faire émerger son engagement associatif.

Du laboratoire à l’engagement communautaire

Loin du Burkina, Gaëlle Koné s’investit dans la communauté estudiantine burkinabè en Turquie et devient vice-présidente de l’Association des étudiants burkinabè dans le pays. Cette responsabilité lui permet de découvrir une autre dimension de la vie des étudiants à l’étranger. Partir étudier dans un autre pays ne signifie pas seulement assister aux cours, passer des examens et obtenir un diplôme. Il faut également comprendre les démarches administratives, trouver des interlocuteurs, se constituer un réseau et parfois simplement savoir vers qui se tourner lorsque survient une difficulté.

Son expérience associative lui apprend également à écouter. Tous les étudiants burkinabè ne vivent pas les mêmes réalités et n’ont pas nécessairement les mêmes besoins. Représenter une communauté suppose donc de tenir compte de cette diversité. Cette expérience nourrit aussi sa réflexion sur la diaspora burkinabè. Pour Gaëlle Koné, mieux connaître les Burkinabè vivant à l’extérieur, les mettre en réseau et maintenir le lien avec eux permet de renforcer les possibilités d’accompagnement et d’entraide. « Nous pouvons avoir nos propres projets, nos études, nos carrières et nos ambitions personnelles, mais avant tout, nous restons Burkinabè », rappelle-t-elle.

Son engagement ne se limite pas à la communauté burkinabè. Comme coordinatrice éducative de Afro Antalya, Gaëlle Koné participe à l’organisation de sessions de langues en turc, en anglais et en français. L’objectif est notamment de faciliter l’intégration de nouveaux étudiants et d’aider d’autres jeunes à renforcer leurs compétences linguistiques. « Travailler avec des jeunes issus de parcours différents m’a également appris à être plus flexible et à m’adapter aux besoins du groupe. Cela m’a donné davantage confiance dans ma capacité à prendre des initiatives et à porter des projets avec d’autres personnes. Cette expérience m’a enfin appris qu’il faut parfois simplement oser se lancer pour découvrir ce dont on est capable », fait-elle savoir.

Cette approche l’amène à développer davantage sa capacité à travailler en groupe, à prendre des initiatives et à adapter ses méthodes aux besoins des personnes avec lesquelles elle travaille.
Cette volonté de sortir du seul cadre académique se retrouve encore lorsqu’elle représente le Burkina Faso à l’International Volunteer Forum 2025. Elle y rencontre des jeunes, des experts et différents acteurs engagés autour de problématiques touchant leurs sociétés, notamment la résolution des conflits.

Dans les cellules cancéreuses, une piste à explorer

C’est toutefois dans le laboratoire que le parcours de Gaëlle Koné prend une dimension particulièrement scientifique. Son projet de recherche porte sur la cytotoxicité du valnoctamide sur des cellules cancéreuses du sein et de l’ovaire. Derrière ce vocabulaire scientifique se trouve une question que se pose la jeune Burkinabè. Cette molécule peut-elle affecter ou détruire des cellules cancéreuses et, surtout, à quelle concentration cet effet peut-il être observé ? La jeune chercheuse s’intéresse au cancer en raison de l’importance croissante de cette maladie à l’échelle mondiale. Elle porte une attention particulière aux cancers du sein et de l’ovaire, qui touchent les femmes. Le cancer de l’ovaire est notamment souvent diagnostiqué tardivement, ce qui complique sa prise en charge. Son choix porte alors sur le valnoctamide, une molécule déjà étudiée dans d’autres contextes thérapeutiques, notamment dans le domaine des maladies neurologiques.

Gaëlle Koné invite ses pairs à ne pas attendre d’avoir toutes les conditions réunies avant de commencer un projet ou une recherche

Son travail s’inscrit dans une approche appelée « drug repurposing », ou repositionnement de médicaments. « L’intérêt de cette approche est notamment qu’elle peut permettre de réduire certaines étapes, certains coûts et certains délais associés au développement de nouvelles molécules, même si elle nécessite évidemment de nombreuses études avant qu’une utilisation clinique puisse être envisagée. Dans mon projet, j’ai donc cherché à déterminer l’effet du valnoctamide sur différentes cellules cancéreuses et à identifier les concentrations auxquelles son effet était le plus marqué. L’un des enjeux était également de comparer cet effet avec celui observé sur des cellules non cancéreuses, afin de mieux comprendre sa sélectivité. L’objectif était de trouver une dose sélective du médicament qui serait moins toxique pour les cellules normales et très toxique pour les cellules cancéreuses », détaille-t-elle.

L’enjeu est notamment de déterminer si une concentration donnée peut être davantage toxique pour les cellules cancéreuses tout en étant moins nocive pour les cellules normales. Les résultats obtenus sont particulièrement intéressants du côté des cellules cancéreuses du sein. Dans les conditions expérimentales étudiées, le valnoctamide a montré un effet cytotoxique marqué sur ces cellules. En revanche, l’effet observé sur les cellules ovariennes n’a pas atteint le même niveau.

Mais la jeune scientifique prend soin de ne pas aller au-delà de ce que permettent ses résultats. Son étude demeure préliminaire. Elle ne permet donc pas d’affirmer que le valnoctamide constitue un traitement contre le cancer. Elle met plutôt en évidence une piste qui mérite d’être approfondie. Cette prudence est importante car, pour Gaëlle Koné, la recherche ne consiste pas uniquement à obtenir un résultat spectaculaire. Elle consiste aussi à comprendre les conditions dans lesquelles un phénomène apparaît, les concentrations nécessaires, les types de cellules concernés et les conséquences observées.

Une recherche encore au début du chemin

La suite de ses travaux pourrait justement consister à mieux comprendre les mécanismes par lesquels le valnoctamide agit sur les cellules cancéreuses. D’autres études devraient également permettre d’examiner plus précisément les concentrations utilisées et la sélectivité entre les cellules cancéreuses et les cellules normales. Des expérimentations supplémentaires sur différents modèles cellulaires seraient nécessaires afin de vérifier si les effets observés peuvent être reproduits dans d’autres conditions. Des études précliniques devraient également être conduites avant de pouvoir envisager, à plus long terme, une éventuelle application thérapeutique.

« Je pense que ce type d’approche pourrait également être davantage exploré en Afrique. Notre continent doit continuer à répondre aux problèmes de santé auxquels il est confronté aujourd’hui, tout en développant dès maintenant les capacités scientifiques nécessaires pour anticiper les défis sanitaires de demain. Cela passe par la formation de jeunes chercheurs, le développement des infrastructures de recherche et la création de collaborations scientifiques. Mais elle m’a permis de comprendre qu’une question scientifique, même lorsqu’elle commence à petite échelle dans un laboratoire universitaire, peut ouvrir la voie à d’autres recherches. C’est cette possibilité de construire progressivement des connaissances et, à terme, de contribuer à la recherche de solutions adaptées à nos réalités qui me donne envie de poursuivre dans ce domaine », fait savoir la jeune chercheure. Pour elle, le continent doit continuer à répondre aux problèmes sanitaires auxquels il est confronté aujourd’hui, mais également développer les capacités scientifiques nécessaires pour anticiper ceux de demain. Pour elle, cela passe par la formation de jeunes chercheurs, le développement des infrastructures de recherche et la multiplication des collaborations scientifiques.

Être une jeune femme africaine et étrangère dans un environnement scientifique international n’est cependant pas toujours simple, avoue-t-elle. Gaëlle Koné évoque la nécessité de dépasser certains préjugés et de démontrer, par le travail et la constance, sa légitimité dans cet univers. La recherche elle-même impose une forme d’humilité. Les résultats ne correspondent pas toujours aux attentes et certaines expériences doivent être répétées plusieurs fois. Il faut accepter l’incertitude, patienter et continuer à avancer.

« Mon projet de recherche porte sur l’étude de la cytotoxicité du valnoctamide sur des cellules cancéreuses du sein et de l’ovaire. Dit plus simplement, il s’agit de déterminer si cette molécule peut affecter ou détruire des cellules cancéreuses, et surtout à quelle dose cet effet peut être observé. »

Cette capacité à persévérer constitue peut-être l’un des principaux enseignements qu’elle souhaite désormais partager avec les jeunes Burkinabè. « Après plusieurs années à l’extérieur, cette expérience m’a aussi permis de regarder mon pays avec un peu plus de recul et de mieux mesurer à la fois ses défis, mais aussi les possibilités qui existent pour sa jeunesse », dit-elle. Cela peut aussi signifier apprendre ailleurs pour revenir avec de nouvelles connaissances et de nouvelles manières de faire. Cette vision rejoint son ambition de travailler davantage auprès de la jeunesse. Elle veut encourager les jeunes à rechercher activement l’information, à se former, à lire, à développer leurs compétences et à candidater aux opportunités qui se présentent.

Le parcours scientifique de Gaëlle Koné lui a montré que la recherche avance progressivement, par des questions, des hypothèses, des expériences et des résultats qui doivent eux-mêmes être interrogés. Son expérience associative lui a appris l’écoute, l’adaptation et la responsabilité. Son séjour à l’étranger lui a donné une autre lecture de l’importance du réseau, de la collaboration et de la transmission. Aujourd’hui, alors qu’elle vient d’achever son cursus en biologie, Gaëlle Koné regarde donc moins le chemin parcouru que celui qui reste à construire. Son expérience sur le valnoctamide ne prétend pas apporter une réponse au cancer. Elle constitue une première étape, une contribution modeste à une question scientifique beaucoup plus vaste. Mais c’est précisément ce caractère progressif qui semble nourrir son envie de continuer.

Et son message à l’endroit de ses pairs est de ne pas renoncer à ses ambitions au motif que le chemin paraît difficile ou que l’opportunité semble réservée à d’autres. « Les difficultés ne définissent pas ce dont nous sommes capables. Avec une vision claire, du travail et de la détermination, beaucoup de possibilités deviennent accessibles. Et surtout, il ne faut pas avoir peur d’essayer ou de tenter des opportunités », affirme-t-elle pour conclure.

Farida Thiombiano

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