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Daouda Kader Traoré, karatéka burkinabè : « J’ai décidé de laisser la place aux plus jeunes »

Publié le lundi 28 septembre 2026 à 21h22min

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Daouda Kader Traoré, karatéka burkinabè : « J’ai décidé de laisser la place aux plus jeunes »

Après environ 18 ans passés en équipe nationale, Daouda Kader Traoré a décidé de mettre un terme à sa carrière de compétiteur. Ceinture noire 5e dan, le karatéka burkinabè entend désormais consacrer son expérience à la formation et à l’accompagnement de la relève. Entre souvenirs de combats, regrets d’un podium mondial manqué et ambitions dans le coaching, il revient sur les moments forts d’un parcours marqué par la résilience, la discipline et la transmission.

Lefaso.net : Vous avez décidé de mettre un terme à votre carrière après plusieurs années de pratique et une ceinture noire 5e dan. Pourquoi avez-vous choisi ce moment pour tourner la page ?

Daouda Kader Traoré : D’abord, ce n’est pas à ma carrière sportive que j’ai mis fin. C’est à ma carrière en tant que compétiteur que j’ai décidé de mettre un terme. Sinon, le sport, je suis toujours dedans. Je dors dans le sport, je me réveille dans le sport, j’aime beaucoup le sport. Ma vie se résume presque au sport.
Je me suis dit que cette décision devait être mûrement réfléchie avec mon encadrement, l’équipe fédérale et aussi mes parents, notamment mon père, qui est également mon formateur.

Après avoir compétit avec l’équipe nationale pendant plus de 18 ans, puisque j’ai connu ma première sélection en 2009, et après avoir fait mes preuves sur les plans national et international, je me suis dit que c’était le moment de raccrocher et de me concentrer aussi sur ma vie, surtout sur le plan sportif, tout en laissant la place à certains jeunes de s’exprimer.

Quand tu es dans la catégorie des moins de 84 kg, il y a certains jeunes qui évoluent dans cette catégorie et qui n’ont pas vraiment l’opportunité de s’exprimer sur le plan international. Certains sont obligés de changer de catégorie, tandis que d’autres sont carrément contraints d’abandonner. J’ai donc décidé de laisser la place à ces jeunes afin qu’ils aient la chance de découvrir ce qu’ils valent et ce qu’ils peuvent faire.

Lorsque vous regardez votre parcours, quels sont les exploits et les moments qui vous rendent le plus fier ?

Ce qui me rend fier, c’est déjà cet esprit de combativité que j’ai eu durant toute ma carrière de compétiteur. Mes derniers combats, notamment ceux de 2023, 2024 et 2025, resteront toujours gravés dans ma mémoire. Je pense que la plupart de mes finales étaient des combats au cours desquels j’étais mené au score. J’ai eu le public qui me soutenait et m’encourageait dans ces moments-là. Mais j’ai également développé cette capacité de résilience et de combativité qui m’a permis de renverser le score et de remporter ces combats.

Cela m’a fait comprendre que, dans la vie, peu importe la situation dans laquelle on se trouve, si on a toujours une chance de s’exprimer, il faut continuer d’essayer de changer les choses jusqu’à la dernière minute. Cela m’a vraiment permis de comprendre qu’il faut avoir un mental suffisamment fort pour affronter toutes les épreuves

Vous avez connu des compétitions, des victoires et certainement des moments difficiles. Quel a été le combat ou la compétition qui vous a le plus marqué au cours de votre carrière ?

C’est le championnat d’Afrique de 2018, à Kigali. Je revenais à la compétition après avoir passé une année sans combattre. Je venais tout juste de reprendre. Mon volume d’entraînement n’était pas encore atteint et, sur le plan des capacités physiques, je n’étais pas au meilleur de ma forme.

Il faut également dire que, sur le plan technique, au karaté comme dans tous les sports, le règlement évolue avec le temps. Après avoir passé une année sans compétition, j’étais donc un peu en déphasage avec les exigences de la compétition. Je suis arrivé, j’ai enchaîné avec le championnat de la Ligue, puis, la semaine suivante, avec le championnat national. La semaine d’après, j’étais au championnat d’Afrique.

Quand je suis arrivé à Kigali, je me suis dit que c’était un retour et qu’il fallait montrer à mes adversaires, que j’avais laissés l’année précédente, que j’étais de retour. Cela m’a beaucoup galvanisé et m’a poussé à sortir certaines techniques, notamment ma technique du « Scorpion ». J’ai trouvé en face de moi des adversaires qui étaient de taille. Quand je dis « de taille », c’est au sens propre. Dans ma catégorie, je fais partie des plus courts, même s’il y a la masse.

La manière dont je gravissais les échelons était vraiment remarquable. Beaucoup de personnes ont apprécié la technique que je développais et ont même souhaité que je vienne chez elles pour faire des stages, parce qu’elles trouvaient cette technique osée et élégante.

J’ai impressionné beaucoup de monde avec cette technique, jusqu’en demi-finale où j’ai malheureusement été éliminé. Mais cela reste une belle expérience. J’ai réussi à enchaîner trois compétitions en moins d’un mois alors que je n’étais pas en possession de toutes mes capacités physiques. Malgré cela, j’arrivais à faire des choses impressionnantes. C’était aussi une belle expérience.

Que représente pour vous le grade de ceinture noire 5e dan et quel a été le chemin parcouru pour atteindre ce niveau ?

C’est vraiment une bonne chose, parce qu’au Burkina Faso, nous ne sommes pas nombreux à avoir ce grade. La limite est désormais le 7e dan, qui a été ajouté en 2025. Avant, la limite était le 6e dan.
Déjà, pour mon âge, c’est une exception, parce que je suis très jeune à porter le grade de 5e dan. Je peux dire que c’est une chance pour moi, parce que mon père était dans le karaté. J’ai commencé assez tôt et je n’ai jamais arrêté à un moment donné. J’ai continué la compétition.

C’est en 2009 que j’ai obtenu ma ceinture noire 1er dan. C’est également cette année-là que j’ai été sélectionné en équipe nationale. En 2009, j’étais donc 1er dan. Chez nous, au karaté, on dit que la pratique du karaté commence à partir de la ceinture noire. Pendant que tu passes les ceintures intermédiaires, on peut dire que tu apprends d’abord le langage du karaté. En 2009, j’ai obtenu la ceinture noire 1er dan. Deux ans après, j’ai obtenu le 2e dan, puis, trois ans après, le 3e dan et, quatre ans après, le 4e dan. J’ai ensuite sauté une année et c’est en 2025 que j’ai obtenu le 5e dan.

C’est vraiment tout un parcours. À partir du 4e dan, quand tu portes ce grade, tu dois être fier, parce que c’est un travail qui n’est pas seulement technique. Pour l’obtenir, il faut également soutenir un thème de mémoire devant des experts délégués par la Fédération mondiale, qui viennent nous faire passer cet examen.

Au-delà des médailles et des titres, qu’est-ce que les arts martiaux vous ont apporté sur le plan humain et professionnel ?

Le karaté est une école de vie. Les arts martiaux, en général, sont une école de vie et une école de discipline.
Il faut déjà noter que je suis fonctionnaire de police. Quand je suis arrivé en formation, la discipline que j’avais apprise à travers le karaté, ainsi que l’état d’esprit et le mental que j’avais développés dans cette discipline, m’ont beaucoup aidé pendant ces deux années de formation.

Sur le plan de la discipline, ce sont des choses auxquelles j’étais déjà habitué.
Par exemple, quand on te donne un ordre et que la personne qui te le donne n’est pas forcément plus âgée que toi, mais qu’elle a un grade supérieur au tien, cela peut faire mal au début lorsqu’on n’est pas habitué à ce milieu. Mais quand on te dit de faire quelque chose, tu exécutes et tu réclames après.

Dès lors que tu refuses d’exécuter un ordre, c’est de l’indiscipline, voire de l’insubordination. Ce sont les mêmes règles qui sont appliquées dans les forces de sécurité, dans le milieu militaire et dans l’armée. Moi, j’étais déjà habitué à exécuter les ordres sans hésiter. Sur le plan physique, le karaté demande beaucoup d’entraînement, d’endurance et de renforcement musculaire. Ce sont des choses que l’on retrouve également beaucoup en formation.

De manière générale, le sport ouvre l’esprit et donne le sens de la cohésion. Le sport permet de beaucoup s’ouvrir aux autres et facilite la collaboration entre les personnes. Il permet également d’apprendre à écouter les autres et à voir les choses de manière positive.

Avec le recul, y a-t-il un objectif ou un titre que vous n’avez pas pu atteindre et que vous auriez particulièrement aimé décrocher ?

Oui. S’il y a un objectif que je n’ai pas pu atteindre, c’est le podium mondial. Je voulais, à un moment donné, monter sur un podium mondial. Je l’ai raté de justesse lors d’un championnat du monde, à mon avis.
Cela m’a quand même fait mal. Mais je me dis que ce n’est pas forcément de ma faute. C’est aussi une question d’accompagnement. Pour aller à un championnat du monde, il faut tout un accompagnement. Il faut participer à des compétitions préparatoires.
Je me rappelle qu’en 2020, j’ai participé aux qualifications. J’ai également participé à différents Open à Paris. Mais, faute de moyens, je n’ai pas pu participer aux championnats du monde et aux Jeux olympiques. Cela m’a fait mal.

C’est pour dire que, si aujourd’hui j’ai la chance d’adresser un message aux autorités, c’est vraiment de donner des opportunités aux jeunes.
Je viens de voir que les enfants sont rentrés d’Alger après avoir participé aux Jeux de l’AES. Quand j’ai vu les tableaux et les différents combats, j’ai constaté qu’il y a de la matière. C’est une génération qu’il faut vraiment accompagner et à qui il faut permettre de participer à des stages de haut niveau.

Après avoir compéti pendant environ 18 années, Daouda Kader Traoré a décidé de mettre un terme à sa carrière de compétiteur.

Vous quittez aujourd’hui la compétition, mais quelles ambitions nourrissez-vous encore pour le développement des arts martiaux au Burkina Faso ?

Il faut dire que mon ambition est déjà de travailler à la relève. Dieu merci, le ministère a lancé depuis quelques années les écoles de formation de la relève sportive. Je pense qu’ils sont actuellement en compétition à Bobo-Dioulasso.
Je pense qu’il faut arriver à maintenir l’accompagnement des enfants jusqu’à leur sélection en équipe nationale. Il y a également un projet que j’ai développé. J’ai déjà réalisé la phase 1, qui consiste en une tournée régionale de partage d’expériences. J’ai effectué cette tournée dans cinq régions entre juin et juillet. Pratiquement tous les week-ends, j’étais hors de Ouagadougou pendant 72 heures.

Je partais travailler avec des jeunes âgés de 6 à 16 ans. Il s’agissait des poussins, des pupilles et des cadets. La compétition ne se limite pas à donner des coups et à en encaisser. La compétition, c’est aussi une question de calcul. Il faut gérer le stress, le public, l’arbitrage, les tenues que nous portons. Tout cet ensemble contribue à former un compétiteur.

Ces enfants n’ont peut-être pas encore eu la chance de participer à des championnats de haut niveau. Mais nous qui avons eu la chance de participer à plusieurs compétitions, nous sommes allés leur expliquer que la compétition ne se résume pas simplement à marquer des points avec des coups de pied ou autres.
Pour la phase 2, nous avons détecté certains éléments afin de constituer des équipes de Ligue et de district. Au niveau des régions, nous allons mettre en place des équipes féminines et masculines. Une sélection sera faite. Nous allons les amener à Ouagadougou pour un stage national de trois jours. Nous allons ensuite poursuivre ce travail avec des compétitions interligues. Les meilleurs seront retenus et intégrés dans une base de données que nous allons mettre à la disposition des différentes régions.

Nous allons travailler avec ces enfants afin qu’ils puissent combler le vide que nous aurons dans les petites catégories. C’est le projet que je nourris sur le plan du karaté. Sur le plan sportif, il y a également le « Movi Fitness Show » que nous organisons chaque année au mois de décembre. Bien avant cela, nous organisons des séances de fitness dans les régions en hommage à nos FDS et à nos VDP. J’étais notamment à Ouahigouya.

Nous organisons également des collectes de fonds en faveur de nos FDS et de nos VDP. L’objectif est de créer une véritable interaction entre les populations et le sport.
Le sport est une opportunité pour s’exprimer dans la société. Il peut également servir à sensibiliser sur différentes questions, notamment la défense des droits des femmes et d’autres sujets sociaux. À travers ces activités, nous voulons donc faire la promotion du sport et montrer qu’il peut jouer un rôle important dans la société.

Vous parlez de vos ambitions pour la suite. Vous souhaitez donc continuer votre formation afin d’atteindre de nouveaux grades et poursuivre votre parcours dans le coaching. Pouvez-vous nous en parler ?

Il faut d’abord dire que dans le karaté, pour devenir coach, tu n’es pas forcément obligé d’avoir été compétiteur. Mais avoir été compétiteur constitue un véritable atout. Il y a certaines sensations qui ne sont pas théoriques. Elles sont vécues.
Lorsque tu as été compétiteur, tu comprends certaines situations que tu peux observer chez un athlète. Tu peux parfois voir qu’un combattant ne réagit pas alors qu’il a une opportunité.

Quand le coach n’a jamais été compétiteur, certaines situations peuvent être plus difficiles à comprendre. Pour moi, le fait d’être à la fois compétiteur et coach est donc un atout. Je pense maintenant me consacrer davantage et faire les examens nécessaires pour devenir un coach qui peut accompagner les équipes au niveau international.

J’ai déjà suivi une formation et je suis coach au niveau national. J’ai déjà eu l’occasion d’accompagner des jeunes dans des compétitions nationales. Je souhaite maintenant poursuivre ma formation afin d’évoluer dans le coaching et passer les différents examens nécessaires pour atteindre un niveau supérieur.

Aujourd’hui, quel conseil pouvez-vous donner à un jeune qui souhaite faire carrière et participer à de grandes compétitions internationales ?

La patience. Moi, j’ai commencé à faire des grandes compétitions depuis longtemps. Mais c’est seulement maintenant que certaines personnes commencent réellement à reconnaître la valeur du travail accompli. Nous avons mené beaucoup de luttes pour la reconnaissance des athlètes et pour l’amélioration de leurs conditions.
Parfois, les sportifs ont été considérés comme des personnes indisciplinées parce qu’ils ont revendiqué leurs droits. Aujourd’hui, les conditions commencent à s’améliorer. Les jeunes bénéficient de davantage de reconnaissance qu’auparavant, même s’il reste encore des choses à améliorer. Je suis fier de savoir qu’il y a eu plusieurs générations et que certaines personnes ont fait preuve de patience. La patience fait partie du parcours.

Je dirais donc aux jeunes d’être patients, mais aussi résilients. Si tu acceptes d’aller en compétition, tu dois être prêt à le faire avec les conditions que tu as. Tu peux demander de meilleures conditions, bien sûr, mais tu dois également être capable de partir et de donner le meilleur de toi-même avec les moyens disponibles.
Il faut être résilient. Lorsque tu regardes comment nos adversaires sont traités, tu constates qu’eux aussi représentent leur pays et qu’ils sont patriotes. Mais ils bénéficient parfois de conditions différentes. Malgré cela, nous devons faire avec nos réalités et continuer à progresser.

Je dirais donc : soyez patients, résilients et gardez l’esprit ouvert. Le savoir est infini. Ce n’est pas parce que tu as été champion d’Afrique ou que tu as remporté un titre important que tu dois penser que tu connais tout.
Il y a toujours quelque chose à apprendre des autres. Il faut accepter d’apprendre de tout le monde, écouter les conseils et savoir retenir ce qui peut nous faire progresser.

Aujourd’hui, quel message souhaitez-vous adresser à ceux qui vous ont soutenu et à ceux qui vous ont vu combattre pendant toutes ces années ?

Je voudrai leur dire merci. Merci à tous ceux qui m’ont soutenu pendant toutes ces années, notamment sur le plan mental.
Dans notre domaine, le mental est très important. Il faut avoir un mental solide pour gérer la compétition, la pression et tous les paramètres qui accompagnent les combats.
Il faut beaucoup de courage et beaucoup de sacrifices. Je veux donc dire merci à ceux qui m’ont soutenu, mais aussi à ceux qui m’ont parfois critiqué ou qui ont pensé que certaines choses que je faisais n’étaient pas bonnes. Je leur dis également merci, parce que toutes ces expériences m’ont permis de progresser. Je remercie tous ceux qui m’ont formé. Merci également à ceux qui m’envoient des messages, à ceux qui pensent à moi et à ceux qui prient pour moi. Je leur suis vraiment reconnaissant.

Avez-vous un dernier mot ?

Mon dernier mot, c’est simplement de dire merci à mon pays.
Merci au Burkina Faso pour toutes les opportunités, pour l’accompagnement et pour le soutien. C’est important. Tout ce que j’ai pu accomplir, je le dois aussi à toutes les personnes et à toutes les structures qui m’ont accompagné au cours de mon parcours.
Merci à Lefaso.net de nous mettre en lumière à travers cette interview.

Interview réalisée par Jean Elysée Nikiéma
Lefaso.net

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