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Tourisme au Bankui-Sourou : « Il faut accompagner les projets viables et faire confiance aux acteurs », soutient Lansané Dao,

Publié le dimanche 27 septembre 2026 à 23h30min

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Tourisme au Bankui-Sourou : « Il faut accompagner les projets viables et faire confiance aux acteurs », soutient Lansané Dao,

Le développement du tourisme passe aussi par l’accès au financement. Pour Lansané Dao, président de la Fédération régionale des acteurs du tourisme de Bankui-Sourou (FRAT-B), les acteurs ont besoin de mécanismes de financement adaptés, de davantage de souplesse et d’un accompagnement permettant de moderniser les infrastructures et de valoriser les sites touristiques. Dans cet entretien, il revient également sur les atouts touristiques de la région et les défis qui se posent au développement du secteur dans le contexte actuel.

Lefaso.net : Pouvez-vous présenter à nos lecteurs la fédération que vous présidez ?

Lansané Dao : La Fédération régionale des acteurs du tourisme de la région de Bankui-Sourou (FRAT-B) regroupe six provinces, à savoir les Balé, les Banwa, le Mouhoun, la Koosin, le Sourou et le Nayala. La fédération est une organisation professionnelle qui a pour mission de fédérer, de représenter, de professionnaliser et de promouvoir l’ensemble des acteurs du tourisme de l’espace Bankui-Sourou afin de structurer une offre touristique intégrée, de renforcer la compétitivité des entreprises, de valoriser les patrimoines et de contribuer au développement économique des territoires.

Notre vision est de faire du tourisme burkinabè un secteur professionnel, compétitif, inclusif et durable, porté par des acteurs unis et engagés, contribuant au développement économique, social et culturel des territoires et au rayonnement du Burkina Faso. À l’horizon 2030, nous voulons faire de l’espace Bankui-Sourou une destination touristique intégrée, attractive, professionnelle, inclusive et durable, portée par des acteurs unis et innovants, et contribuant au développement économique, culturel et social des territoires.

Combien de membres compte la fédération ?

Pour l’instant, elle a été constituée sur initiative du ministère en charge de la Culture et du Tourisme. Dans chaque région, le processus a été lancé au mois d’août et il est toujours en cours. Mais nous avons été l’une des premières structures à être mises en place, le 17 août dernier.

Quelles sont les potentialités touristiques de votre région ?

Les potentialités sont nombreuses. Je peux dire que nous avons une destination à découvrir. Lorsque vous partez de Boromo, vous traversez trois ponts historiques qui relient différentes parties du Burkina Faso. Si ces ponts rencontraient des difficultés, c’est une grande partie du pays qui serait affectée. Ils sont donc très importants.

Il y a notamment le pont du Mouhoun construit à l’époque de la colonisation, un pont intermédiaire réalisé sous le président Sangoulé Lamizana, puis le dernier pont construit sous la présidence de Roch Marc Christian Kaboré. Ce sont des ouvrages historiques qu’il faut préserver et moderniser pour les générations futures.

Nous avons également Boromo, qui est une destination incontournable, avec la forêt des Petits Balé et la forêt des Grands Balé, qui abritent de nombreux animaux, notamment des éléphants. Nous avons même un éléphant apprivoisé, appelé Nani, qui permet aux enfants et aux visiteurs de découvrir cet animal emblématique. Toute la population de Boromo connaît Nani.

Par zone, nous avons aussi de nombreuses potentialités : la poterie de Tchériba, la fosse à hyènes de Ouroubonon située dans la zone de Boromo, Toma île, qui est une véritable destination à découvrir. Il y a également les constructions en hauteur dans la zone de Barani. Nous disposons donc de nombreux sites à valoriser.

La région de Bankui-Sourou est représentée à cette 16e édition du SITHO par une délégation de 18 personnes

Nous avons aussi élaboré un répertoire regroupant les hôtels, les restaurants et, à terme, les maquis de la région. L’objectif est de développer un outil numérique permettant à toute personne souhaitant visiter notre région de localiser facilement les sites touristiques, les hébergements et les services disponibles.

Disposez-vous de statistiques sur les visites des sites touristiques de la région ?

Pour l’instant, je ne peux pas donner de statistiques, car ce sont des données qui sont encore en cours de collecte.

La région a été fortement affectée par la crise sécuritaire. Comment les acteurs du tourisme ont-ils fait preuve de résilience ?

Le simple fait d’être présents ici montre que nous existons toujours. Nous ne voulons pas nous laisser affecter par cette crise dont l’objectif est de nous étouffer et de freiner notre développement. Nous devons donc faire preuve de résilience.

Les acteurs du tourisme sont convaincus qu’il faut continuer à travailler malgré les difficultés. La paix reviendra et il faut préparer l’avenir dès aujourd’hui. Nous pouvons dire qu’il existe beaucoup de potentialités et de nombreuses initiatives. Nous pensons que bientôt cette crise sera derrière nous.

Quels sont les principaux défis rencontrés par les acteurs du tourisme ?

Il y a beaucoup de difficultés. La première est l’accès au financement. Sans accompagnement, il est difficile de développer les infrastructures et les activités.
Ensuite, il y a la formation professionnelle des acteurs. Il faut aussi travailler à la valorisation des sites touristiques et à l’amélioration des voies d’accès. Les difficultés sont donc d’ordre financier, structurel et infrastructurel.

Existe-t-il des projets en cours pour améliorer l’accessibilité des sites ?

Pour le moment, il s’agit surtout de plaidoyers auprès des autorités afin que ces préoccupations soient prises en compte dans les futurs projets. Il n’y a pas encore de travaux engagés dans la région.

Que pensez-vous de la thématique du SITHO consacrée au financement des projets structurants ?

Le financement doit s’accompagner d’un assouplissement des conditions d’accès aux ressources. Il ne suffit pas de mettre en place des mécanismes si les acteurs ne peuvent pas remplir les critères exigés.

Nous souhaitons davantage de souplesse, des lignes de crédit adaptées et des mesures d’accompagnement permettant aux porteurs de projets de concrétiser leurs idées.

Le secteur touristique est principalement porté par le privé, dont les ressources sont limitées. Il faut donc une volonté politique forte, notamment à travers des mesures de détaxation, des critères de financement adaptés et des lignes de crédit spécifiques au secteur. Et une fois qu’on sent qu’un projet est viable, c’est vrai, on peut prendre des risques, mais il faut l’accompagner, parce qu’il peut vous étonner. Un artiste, c’est quoi ? C’est quelqu’un qui crée. Et si vous n’arrivez pas à avoir confiance en lui, déjà, même avec beaucoup de conditions, ça peut le démotiver et même l’empêcher d’arriver au résultat. Le premier problème, c’est qu’il faut avoir confiance en lui. Donnez-lui l’argent, il va vous le rendre avec le résultat. C’est un peu ça que nous demandons.

Le directeur général de Faso Tourisme, Sulaïman Kagoné (en bleu) a effectué un tour au stand de la fédération

Avez-vous le sentiment que le tourisme interne progresse aujourd’hui ?

Oui. Aujourd’hui, c’est le tourisme endogène qui fait vivre les acteurs du secteur. Les touristes étrangers sont moins nombreux, mais les Burkinabè redécouvrent progressivement leur patrimoine.

Dans les hôtels, sur les sites touristiques et dans les espaces culturels, ce sont de plus en plus les visiteurs nationaux qui occupent les lieux. C’est un signal encourageant.

Vous allez voir les chiffres à la fin, vous allez comprendre que les gens ont pris conscience que le tourisme, c’est nous qui devons travailler à le développer. Donc, je pense que ce sont déjà de bons signaux.

Que le gouvernement continue dans ce sens-là, en nous accompagnant et en nous faisant confiance. Vous allez voir que nous n’avons même pas besoin que des gens viennent d’ailleurs. Nous, en interne, on peut travailler à valoriser et à développer notre industrie touristique.

La question de la qualité, de l’accueil et du confort est souvent évoquée quand on parle de tourisme. Des actions sont-elles prévues en ce sens ?

Le ministère travaille actuellement à la structuration des acteurs autour de plusieurs filières professionnelles. Les fédérations régionales sont mises en place et une confédération nationale des acteurs du tourisme devrait voir le jour.

’’Nous avons tout ce qu’il faut chez nous’’, soutient Lansane Dao

Des orientations sont données pour renforcer la professionnalisation du secteur. Mais, encore une fois, la question du financement demeure essentielle. Si les acteurs disposent des moyens nécessaires, ils pourront améliorer leurs infrastructures et respecter davantage les normes.

Aujourd’hui, tout le monde a compris que c’est à nous de développer notre tourisme. Nous n’avons pas besoin d’attendre que d’autres viennent le faire à notre place.

Lorsque l’on prend l’exemple du Kenya ou de l’Éthiopie, on voit que le tourisme peut être un moteur de développement. Pourquoi pas chez nous, alors que nous avons du potentiel ?

Lorsqu’on souhaite que les hôtels respectent certaines normes, il faut nécessairement mettre à leur disposition les moyens financiers nécessaires. Avec un financement adapté et assorti de certaines conditionnalités, les établissements pourront mieux respecter les normes exigées. Cela leur permettra également de se mettre à niveau, aussi bien sur le plan administratif que dans leurs pratiques professionnelles, afin de renforcer la confiance des clients. Je pense donc que l’accompagnement, notamment en matière d’accueil et de qualité des services, est essentiel pour permettre au secteur de progresser.

Si vous deviez convaincre quelqu’un de visiter les Bankui, que lui diriez-vous ?

Le Bankui-Sourou est une destination à ne pas manquer. C’est une région à très fort potentiel touristique. C’est le grenier du Burkina Faso. Qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie qu’avant d’entreprendre quoi que ce soit, il faut bien être à jour de son ventre avant d’avancer.

Donc, nous avons tout ce qu’il faut chez nous, non seulement en matière de céréales et d’agriculture, pour pouvoir faire les transformations nécessaires et mettre ces produits à la disposition de nos visiteurs.

Nous avons également une grande richesse culturelle, avec de nombreux masques traditionnels : les masques bobo, les masques de Dédougou, de Toma, les masques de Ouri, de Boromo et d’autres localités, chacune ayant ses spécificités.

Vous pouvez également découvrir les éléphants, les crocodiles, Toma île, les constructions en hauteur, ainsi que les anciens pièges à hyènes de Ouroubonon, qui témoignent du savoir-faire des populations locales pour se protéger de la faune sauvage. Il y a véritablement beaucoup de choses à découvrir dans les Bankui.

Un mot de fin ?

Je voudrais vous remercier pour l’intérêt que vous portez à notre région. Cet accompagnement nous rassure, nous donne davantage de visibilité et encourage les acteurs du tourisme à poursuivre leurs efforts, car nous pouvons encore faire beaucoup de choses. Merci au camarade président du Faso, Ibrahim Traoré.

Entretien réalisé par Fredo Bassolé
Lefaso.net

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