Mise à échelle des pratiques agroforestières et forestières : cas de l’Association pour la Promotion de l’Agroforesterie et de la Foresterie (APAF Burkina)
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Résumé
Face au défi de produire suffisamment de nourriture pour répondre aux besoins alimentaires sans cesse croissants des populations, tout en préservant la qualité des sols, l’agroforesterie s’impose comme un recours pertinent. Cependant, il se pose le problème de son adoption dont les facteurs sont multiples. Cette étude menée auprès de l’Association pour la Promotion de l’Agroforesterie et de la Foresterie au Burkina Faso (APAF Burkina) et de 60 informateurs de sa zone d’intervention questionne l’efficacité des approches de transfert et de mise à l’échelle dans l’adoption des pratiques agroforestières à travers une analyse critique de l’approche de l’association.
Mots clés adoption, technique, agroforesterie, mise à échelle, Burkina Faso
Introduction
La terre constitue le capital principal nécessaire pour la production agricole et fournit des moyens d’existence à environ 80% de la population burkinabè (Koudougou et al., 2017). Malgré la place importante qu’occupe le secteur agricole dans l’économie du Burkina Faso, il est confronté à des défis énormes dont le plus récurrent est la dégradation des sols. La FAO (2021) définit la dégradation du sol comme un changement dans l’état de santé du sol qui entraine une diminution de la capacité de l’écosystème à fournir des biens et services pour ses bénéficiaires.
L’agroforesterie constitue un système de gestion durable des terres qui suscite de plus en plus d’engouement pour répondre au défi de produire suffisamment de nourriture pour répondre aux besoins d’une population en pleine croissance tout en préservant la santé des sols (FAO, 2015). Malgré les avantages de cette pratique, elle est le plus souvent peu adoptée par les populations. Le rôle des approches de transfert et des stratégies de mise à l’échelle pouvant être déterminant dans l’adoption des pratiques agroforestières, cette étude analyse l’approche de l’APAF.
Méthodologie
L’étude repose sur une enquête conduite auprès de l’APAF ainsi que de 60 informateurs ressortissants de la commune rurale de Cassou, zone d’intervention de l’association. L’échantillon de 60 informateurs a été constitué à travers une stratification basée sur l’appartenance à l’association et le statut de propriété de l’exploitation. Ainsi, la moitié des informateurs étaient membres de l’association et propriétaires de leur exploitation et l’autre moitié non membres et non propriétaires.
L’association promeut la plantation d’arbres fertilitaires. Selon Lefort (1987), dans le domaine de l’agriculture, l’adoption implique l’intégration effective de la pratique dans les habitudes d’exploitation du paysan. Dans le cadre de cette étude, les enquêtés ayant planté les arbres fertilitaires dans leur exploitation ont été considérés comme les adoptants. L’association a été interrogée sur son système de transfert et de mise à l’échelle et les répondants bénéficiaires sur essentiellement leur connaissance de la pratique promue, les difficultés liées à la pratique, l’adoption ou la non adoption de la pratique et les raisons d’adoption ou de non adoption. Les données collectées pendant l’enquête ont été enrichies par des observations de terrain.
Résultats et Discussion
Le système de mise à l’échelle de l’association repose sur les résultats obtenus dans les champs de producteurs pilotes. L’association a responsabilisé le tout premier producteur initié à la pratique que nous avons qualifié de "producteur modèle" à la production de plants d’espèces fertilitaires en pépinière pour de potentiels adoptants. Les champs de ce dernier servent également de parcelles de démonstration. Pour l’association, plus les effets de la pratique sont visibles, plus elle suscite l’intérêt d’autres producteurs qui sont tentés de la reproduire dans leurs exploitations. L’association apporte aussi un accompagnement matériel et technique aux nouveaux producteurs disposés à implémenter la pratique.
Plus de la moitié des informateurs (63,3%) pratiquent la technique. 65,8% des adoptants ont découvert la pratique dans le champ du premier producteur modèle. L’assistance de l’association auprès des populations bénéficiaires, de la plantation jusqu’à l’entretien, est permanente et elle continue de financer la production des plants pour les producteurs. Ce qui épargne aux producteurs la charge du coût des plants. Il faut rappeler aussi que les plantations du producteur modèle, choisi au sein de la population, dont les champs servent de parcelles de démonstrations datent de plus de 10 ans. Les espèces promues étant à croissance rapide, les résultats sur la fertilité des sols assez perceptibles ont convaincu d’autres producteurs qui sont dans la même dynamique d’adoption.
L’assistance permanente de l’association permet aux producteurs de voir par eux-mêmes les avantages de la pratique et de l’adopter définitivement. Ainsi, l’observabilité des résultats est importante dans l’adoption et la mise à l’échelle des techniques agroforestières promues, mais le temps de mise en œuvre doit être également suffisamment long afin d’accompagner les bénéficiaires jusqu’à une adoption définitive. Cependant, une question demeure quant à la pérennisation de la pratique quand l’association aura cessé toute assistance.
En effet, la proportion importante d’informateurs qui pratique la technique est liée essentiellement au fait que la charge du coût des plants, jusque-là, est supportée par l’association. Les paysans ne perdent rien donc à essayer la technique quitte à l’abandonner si elle ne produit pas les résultats escomptés. Si ces charges retombaient sur les producteurs, ceux qui ne disposent pas des capacités de mise en œuvre pourraient ne plus manifester le même engouement. Même après l’adoption effective sur la base des effets observés, la poursuite de l’activité prendra un coup si les producteurs ne sont pas en mesure de supporter les coûts des plants.
Des auteurs comme Valdivia et al. (2012) et Koudougou et al. (2017) ont montré que le coût lié aux plants ainsi que leur entretien étaient des obstacles à l’adoption de l’agroforesterie. Pour ce dernier cas d’après les informateurs, il s’agit essentiellement de l’arrosage en saison sèche pour épargner aux plants le dessèchement, et de la protection contre les animaux du fait que la quasi-totalité des espèces promues sont appréciées et appétées par ces derniers. Le creusage des trous dont la pénibilité est relevée systématiquement, ainsi que les feux dont les conséquences sont désastreuses sur les plants, surtout au stade juvénile, sont également des contraintes relevées par les informateurs.
Conclusion
Cette étude a analysé l’approche de mise à l’échelle de la plantation d’arbres fertilitaires promue par l’APAF. L’association met en avant l’observabilité des résultats pour une diffusion à grande échelle et l’accompagnement permanent des producteurs qui ont été des éléments déterminants dans l’adoption. Cette approche de l’association qui produit des résultats assez intéressants traduit la nécessité pour les projets de promotion d’agroforesterie d’aller vers des interventions de durée plus longue.
ZERBO Guessèma Léonard, Université Nazi Boni (UNB), B.P 1091 Bobo-Dioulasso
BASTIDE Brigitte, Institut de l’Environnement et de Recherches Agricoles, 01 B.P 910 Bobo-Dioulasso
FAYAMA Tionyélé, Institut de l’Environnement et de Recherches Agricoles 01 B.P 910 Bobo-Dioulasso
HIEN Agnasseomê Firmin, Association pour la Promotion de l’Agroforesterie et de la Foresterie au Burkina Faso (APAF Burkina)
HIEN Mipro, Université Nazi Boni (UNB), B.P 1091 Bobo-Dioulasso
Références bibliographiques
FAO, 2015. Pratiquer l’agroforesterie pour enrayer la dégradation des sols et atteindre la sécurité alimentaire. (https://www.fao.org/soils-2015/news/news-detail/fr/c/318100/, consulté le 18 novembre 2024).
FAO, 2021. Dégradation des sols. (https://www.fao.org/soils-portal/soil-degradation-restoration/en/, consulté le 7 janvier 2025)
Koudougou S., Stiem L., Kleene P., Taminy D. D., Guiguemdé O., Zango O. et Kaboré G., 2017. La Gestion Durable des Terres au Burkina Faso : Une analyse d’expériences de projets dans le Houet, le Tuy et le Ioba. Rapport de synthèse, Institute for Advanced Sustainability Studies (IASS), 31 p.
Lefort J., 1987. Innovation technique et expérimentation en milieu paysan. Les Cahiers de la Recherche Développement, 10 p.
Valdivia C., Barbieri C. et Gold M. A., 2012. Between forestry and farming : policy and environmental implications of the barriers to agroforestry adoption. Canadian journal of agricultural economics, 60 : 155‑175.
Zerbo G. L., Bastide B., Fayama T., Hien A. F. et Hien M., 2026. Scaling up agroforestry and forestry practices in Burkina Faso : an analysis of the experience of the Association for the Promotion of Agroforestry and Forestry (APAF Burkina). [version 1 ; peer review : awaiting peer review], Open Research Africa 2026, 9:70.
Ce papier de vulgarisation est tiré de l’article scientifique suivant : ZERBO G. L., BASTIDE B., FAYAMA T., HIEN A. F. et HIEN M., 2026. Scaling up agroforestry and forestry practices in Burkina Faso : an analysis of the experience of the Association for the Promotion of Agroforestry and Forestry (APAF Burkina). [version 1 ; peer review : awaiting peer review], Open Research Africa 2026, 9:70

