Burkina/Photographie : Ces femmes qui forcent l’admiration derrière leurs appareils photos
La photographie, autrefois exercée principalement par les hommes, séduit de plus en plus de femmes qui investissent le domaine chaque jour un peu plus. Entre passion, volonté d’indépendance et difficultés, les femmes tentent de se faire une place dans le métier.
« J’ai déjà senti le doute chez certaines personnes parce que quand on voit que c’est une femme qui vient faire la photo, le regard est un peu bizarre mais rien de méchant. Dès que je commence, les secondes qui suivent, ils deviennent tous admiratifs », confie Wendpouiré Stéphanie Bonkoungou, une jeune femme photographe. Ce sont là quelques mots qui résument le quotidien de certaines femmes ayant décidé de faire de la photographie leur gagne-pain.
Appareil photo au cou, elles sont à l’image de leurs collègues hommes, ce qu’on appelle des chasseurs d’images. Pourtant, lors de certains événements, lorsqu’une jeune femme franchit la porte avec son matériel, les regards se posent sur elle et les interrogations se font sentir dans les yeux. Est-elle photographe professionnelle ou une simple assistante ? Une fois qu’elle ajuste son objectif, trouve son angle, et que les premiers déclics retentissent, le doute cède la place à l’évidence car c’est bien elle qui est chargée d’immortaliser l’événement.
Passionnée des métiers de l’information et de la communication, Stéphanie Bonkoungou s’inscrit à l’Institut des sciences et techniques de l’information et de la communication (ISTIC) en 2020. Après un passage à la télévision BF1 en tant que journaliste reporter d’images, elle dépose ses bagages dans une agence de communication de la place en tant que créatrice de contenu. C’est là que commence son histoire d’amour avec la photographie. L’appareil photo entre progressivement dans son quotidien. Comme beaucoup de jeunes qui se lancent dans ce domaine, elle apprend en pratiquant, en observant et en se formant au contact d’autres professionnels.
« La photographie, j’en connaissais juste les bases. C’est un métier très passionnant rempli de beaucoup d’expériences. Aujourd’hui, je ne peux pas dire que je suis une professionnelle accomplie mais je m’en sort très bien. Et il faut préciser que la formation seule ne suffit pas, il faut être régulièrement sur le terrain. Là on acquiert ses propres techniques pour capturer les images », a-t-elle laissé entendre.
Christiane Marie Flora Younga est également artiste photographe et communicante culturelle. Journaliste de formation, elle découvre la photographie à travers un cours de photographie dispensé à l’école. Pour elle, son tout premier contact avec l’appareil photo en classe crée immédiatement un certain lien de familiarité. Ce qui lui a valu le surnom de « cheffe photo » auprès de ses camarades. Dès lors, son amour pour la photographie, nourri par différents projets, n’a cessé de s’intensifier au point de devenir une activité à part entière.
« Ce qui me touche profondément, c’est la transmission. J’aime saisir ce qui se transmet d’une génération à l’autre, notamment les regards féminins, la mémoire culturelle. Mon travail autour de la peinture murale de Tiébélé, aux côtés de Maman Kayè et des jeunes filles à qui elle transmettait son savoir-faire, illustre bien ce qui m’anime dans ce métier », s’est-elle exprimée.
Quand l’entourage devient un fidèle allié et les réseaux sociaux un espace de vente
Les témoignages recueillis laissent transparaître un élément essentiel, à savoir le soutien indéfectible de leurs collègues hommes dans le milieu, mais surtout de leur entourage en général. Les jeunes femmes photographes qui se sont prêtées à nos questions nous ont fait comprendre que leurs premiers soutiens proviennent de leur entourage. Selon elles, leur entrée dans le métier n’a pas été solitaire. Même s’il y a des regards qui interrogent, leurs collègues masculins ont été d’un grand soutien à travers des encouragements, des conseils techniques ou même des recommandations.
Et, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ces femmes photographes indiquent qu’elles n’ont jamais fait face à des propos sexistes dans l’exercice de leur fonction. « Être confrontée à des propos sexistes, non. Au contraire, il y a beaucoup d’admiration et de soutien. Je n’ai jamais perdu une opportunité parce que je suis une femme non plus. Dans mon entourage, on trouve souvent même que la femme fera mieux que l’homme et qu’elle est plus sérieuse », soutient Stéphanie Bonkoungou.
Ce point de vue est aussi partagé par Flora Younga. Photographe depuis 2021, elle indique que son parcours est marqué d’encouragements constants. « Les personnes que je côtoie m’encouragent, et se disent fières et émerveillées de me voir exercer ce métier en tant que femme. Je n’ai jamais perdu une opportunité parce que je suis une femme. Mon parcours a, au contraire, été porté par du soutien et des encouragements constants », martèle-t-elle. Pour elle, cet accompagnement de leur entourage revêt une importance capitale, car cela a renforcé leur confiance en soi et leur a permis de mieux appréhender les réalités du métier.
Dans un monde dominé par les réseaux sociaux, les clichés ne sont plus enfermés dans un album photos comme par le passé. Facebook, TikTok, Instagram sont devenus de véritables parcs d’exposition. Selon les témoignages, quelques images publiées sur les réseaux sociaux suffisent pour se faire connaitre et attirer de potentiels clients, surtout quand on connait sa cible. Et ces dames l’ont vite compris.
« Les réseaux sociaux occupent une place essentielle. Au-delà d’être artiste photographe, je me définis comme communicante culturelle. Je fais la promotion d’artistes sur les réseaux sociaux, et j’en profite également pour y partager certaines de mes propres œuvres », Flora Younga.
Comme dans tout corps de métier, les difficultés se font ressentir surtout au niveau du matériel. Derrière l’apparente simplicité d’une photographie se cache un équipement coûteux. Appareil, objectifs, flash, batteries, cartes mémoire, ordinateur et logiciels de traitement. Car une chose est d’être passionné de la photographie et d’être formé, mais une autre est d’avoir les moyens nécessaires pour se procurer du matériel de qualité, afin d’avoir un bon rendu à chaque prestation. À ce niveau, Stéphanie Bonkoungou souligne que le manque de matériel propre à elle demeure sa principale difficulté.
« Actuellement ma seule difficulté, c’est de ne pas avoir mon propre matériel de photographie, mais j’y travaille », a-t-elle révélé.
Édith Bakala, pionnière du métier, invite les jeunes femmes à s’intéresser à la photographie
Nantie de 26 années d’expérience dans la photographie, Édith Bakala porte un regard particulier sur la place des femmes derrière l’objectif. Reporter, photographe et photojournaliste au quotidien d’État Sidwaya, elle a connu une époque où les femmes étaient encore très peu représentées dans ce milieu.
« Nous étions seulement deux femmes à pratiquer la photographie », se souvient-elle encore. À l’entendre, la présence féminine dans la photographie demeure limitée, contrairement à d’autres métiers de l’image comme la caméra, où elle observe davantage de jeunes femmes.
« C’est maintenant que j’ai vu que les femmes s’engagent, mais c’est derrière les caméras. Sinon, dans la photographie, il n’y a pas beaucoup de femmes. Généralement, quand on rencontre une femme qui fait des photos, soit elle est dans le service communication d’un ministère, soit dans une direction, ou elle le fait simplement pour alimenter ses réseaux sociaux », poursuit-elle.
Elle indique ne pas voir ce qui pourrait faire de la photographie un métier essentiellement réservé aux hommes. « Le métier de la photographie, c’est comme les autres métiers. Il y a des femmes policières, des femmes commissaires, des femmes mécaniciennes. Je ne sais pas pourquoi les femmes ne veulent pas vraiment s’engager dans ce métier », s’interroge-t-elle.
Pour cette professionnelle, la conciliation entre la vie familiale et les exigences du métier peut notamment constituer un défi. Avec un travail qui impose parfois des horaires imprévisibles, puisqu’elle-même reconnaît que lorsqu’elle arrive au bureau le matin, elle ne sait pas toujours à quelle heure elle pourra rentrer chez elle. Mariée depuis 30 ans, elle estime que la compréhension du conjoint est très déterminante. C’est d’ailleurs l’un des éléments qui lui a permis de poursuivre son activité.
Son propre parcours témoigne d’ailleurs d’une vocation née sur le terrain. Sans formation universitaire spécifique en photographie, Édith Bakala apprend le métier à Sidwaya, auprès d’un photographe expérimenté qui lui transmet les bases du métier. Son intérêt pour la technique remonte toutefois à sa formation de technicienne et à son passage au FESPACO comme projectionniste.
Elle invite les jeunes filles à se lancer davantage dans la photographie, car il n’y a rien de sorcier, et à s’armer surtout de courage. « Il n’y a rien de sorcier dans le métier. Il faut aussi aimer son métier car si tu aimes ce que tu fais, tu vas y arriver », conseille-t-elle.
Tout comme Édith Bakala, Flora Younga invite également ses pairs à se lancer dans la photographie, à sortir de leur zone de confort car c’est un métier qui nourrit bien son homme. « Il faut faire les choses par plaisir avant tout, laisser parler l’intention derrière chaque image, et ne jamais se laisser freiner par le regard des autres sur son statut de femme. Le talent et la passion n’ont pas de genre. Il suffit d’oser prendre l’appareil et de raconter ce que l’on voit, avec son propre regard », a-t-elle relevé.
Muriel Dominique Ouédraogo
Lefaso.net

