Sport, primes des Étalons dames, professionnalisation : La ministre Annick Pikbougoum/Zingué Ouattara s’exprime
La ministre des sports, de la jeunesse et de l’emploi, Annick Pikbougoum/Zingué Ouattara, veut faire du sport un véritable levier de développement. Au cours d’une interview accordée à nos confrères de Sidwaya, la ministre en charge des sports revient sur la polémique concernant les primes des Étalons dames. Lors de cette interview, elle a aussi souligné plusieurs dysfonctionnements dans le secteur et promet un avenir meilleur.
Nommée à la tête du ministère des Sports, de la jeunesse et de l’emploi en janvier 2026, Annick Pikbougoum/Zingué Ouattara entend inscrire son action dans une transformation en profondeur du sport burkinabè. Ancienne internationale de handball et ancienne responsable des compétitions du football féminin à la Fédération burkinabè de football (FBF), la ministre dit vouloir agir sur les infrastructures, l’accompagnement des sportifs, la relève et surtout la professionnalisation du secteur. « Notre ambition est de faire de ces trois secteurs des leviers majeurs de transformation sociale, d’épanouissement de notre jeunesse et de développement de notre pays », affirme-t-elle.
La récente polémique autour des primes des Étalons dames a remis au premier plan une question. Comment améliorer durablement les conditions de vie et de pratique des sportifs burkinabè ? Pour Annick Pikbougoum/Zingué Ouattara, cette controverse dépasse le seul cas du football féminin. Elle révèle des difficultés structurelles qui touchent depuis plusieurs années l’ensemble du mouvement sportif. La ministre reconnaît que les moyens consacrés au sport restent insuffisants au regard des besoins.
Le Burkina Faso compte une quarantaine de disciplines sportives et de loisirs reconnues par son département. Chaque année, certaines sélections nationales peinent ainsi à participer aux compétitions internationales faute de ressources financières suffisantes. « L’État fait toujours de son mieux pour donner la chance à toutes les disciplines de sport et de loisirs de défendre les couleurs de la patrie », a-t-elle ajouté.
Cette réalité, la ministre la connaît aussi de l’intérieur. Ayant elle-même défendu les couleurs nationales, elle rappelle que des sélections burkinabè ont par le passé participé à des compétitions sans bénéficier de primes de l’État pour défaut de moyens. Aujourd’hui, elle affirme vouloir contribuer à la recherche de solutions plus structurantes afin d’améliorer progressivement le traitement réservé aux athlètes.
Des primes désormais encadrées
Sur la question particulièrement sensible des primes des Étalons Dames, la ministre assure qu’aucune prime n’a été retenue ou amputée. Elle s’appuie sur les vérifications effectuées auprès des services chargés des paiements et sur les documents administratifs disponibles. « Je peux simplement vous assurer qu’aucune prime des joueuses n’a été retenue ou coupée », rassure-t-elle.
Elle rappelle surtout l’existence d’un nouvel arrêté conjoint, daté du 15 juillet 2026, qui revoit les barèmes applicables aux joueuses et à leur encadrement technique. Pour la CAN, la prime de sélection et de regroupement est fixée à 1 million de FCFA par joueuse, tandis que les primes de performance peuvent atteindre 5 millions de FCFA en cas de victoire en finale.
Pour la ministre, l’enjeu est désormais de dépasser les polémiques ponctuelles pour construire un système plus transparent et adapté aux capacités financières du pays. « Chaque paiement doit pouvoir être retracé », insiste-t-elle, grâce aux états de paiement et aux pièces justificatives.
Le football féminin comme priorité
Au-delà de la controverse, Annick Pikbougoum/Zingué Ouattara veut donner une place plus importante au sport féminin. Son expérience au sein de la FBF, où elle a accompagné pendant six ans la structuration des compétitions féminines, nourrit cette ambition. Elle rappelle que le football féminin burkinabè s’est progressivement construit grâce aux compétitions scolaires et universitaires. Des villes comme Banfora, Gaoua, Koudougou, Ouahigouya, Bobo-Dioulasso et Ouagadougou ont participé à l’émergence de jeunes talents, avant la mise en place des championnats nationaux.
Aujourd’hui, le football féminin dispose de trois niveaux de championnat et de la Coupe du Faso. Mais pour la ministre, le défi est désormais de consolider cette dynamique. Cela passe par une meilleure formation, l’accès aux infrastructures et aux équipements, mais aussi par de véritables perspectives professionnelles pour les sportives. Une athlète ne devrait pas avoir à choisir entre sa carrière sportive et son avenir. C’est pourquoi la ministre souhaite également lier sport féminin, formation, employabilité et autonomisation.
Vers un sport plus professionnel
Plus largement, la patronne du département en charge des sports veut changer le regard porté sur le sport. Celui-ci ne doit plus être considéré uniquement comme une activité de loisir ou de passion. Il peut aussi devenir une source d’emplois, de revenus et de cohésion sociale. « Nous voulons faire du sport, au-delà de la passion et du loisir, une véritable industrie et un levier de croissance, de création d’emplois décents, de cohésion sociale, de patriotisme et de rayonnement pour la nation », dit-elle.
Modernisation des infrastructures, développement du sport de masse, renforcement du sport scolaire et universitaire, formation et détection des talents, les chantiers annoncés sont nombreux. L’ambition affichée est claire : construire un sport burkinabè plus accessible, mieux structuré et davantage créateur d’opportunités. Une transformation qui prendra du temps, mais que la ministre entend inscrire dans une vision de long terme.
Pour Annick Pikbougoum/Zingué Ouattara, la performance sportive ne doit donc plus être dissociée de la question sociale. Derrière chaque médaille, chaque sélection et chaque victoire, il y a des athlètes qui ont besoin d’un encadrement, d’infrastructures, de moyens et surtout de perspectives. Le véritable défi sera désormais de transformer cette ambition en résultats concrets sur le terrain.
Ismaël Ouédraogo (stagiaire)
Lefaso.net
Source : Sidwaya

