Gestion de ressources publiques en Afrique : Au Gabon, la Cour des comptes à la traque de 1 700 milliards de FCFA auprès de 600 personnes
Affirmer, sans une étude consacrée, que la gabegie dans la gestion des ressources publiques est l’un des principaux maux qui minent l’aspiration au développement en Afrique, n’est pas un crime de lèse-majesté. Tout porte à croire que l’administration et les ressources de l’Etat sont des biens dont il faut profiter et se servir à volonté, à proportion que l’occasion se présente. L’actualité au Gabon depuis ce lundi 7 septembre 2026 relance le débat sur le sujet, un véritable serpent de mer. Dans un rapport qu’il a rendu public, la Cour des comptes lance le recouvrement de 1 700 milliards de FCFA auprès de 600 personnes et entreprises et ce, dans un délai d’un mois.
A son arrivée au pouvoir, en août 2023, le président gabonais, Brice Clotaire Oligui Nguema, a fait le ‘’serment’’ d’une gouvernance de rupture, appuyée surtout par la répression contre les pratiques de corruption et assimilés, l’indiscipline, le laxisme, etc. À l’occasion de l’inauguration du Palais des conférences, en mai 2026, le président Oligui Nguema réitérait la « tolérance zéro » comme un point fondamental de sa gouvernance. Descentes sur le terrain, visites inopinées, instructions fermes, discours axés sur la souveraineté et le panafricanisme…caractérisent la gouvernance. Elle s’illustre encore par cette « vaste offensive judiciaire » contre les figures emblématiques de l’ancien régime, dont Sylvia Bongo et Noureddin Bongo, épouse et fils de l’ancien président Ali Bongo, inculpés pour détournement de fonds publics, blanchiment et corruption. A cela, et entre autres, s’ajoute l’annonce en octobre 2025, de l’ouverture d’enquêtes et d’audits au sein de toutes les régies financières du pays dans le cadre de la « lutte contre l’impunité au sein de l’administration publique ».
C’est dans ce contexte que le premier président de la Cour des comptes du Gabon a d’abord révélé, lundi, 7 septembre 2026, que 1 700 milliards de FCFA de débets et d’amendes courent dans la nature avant d’annoncer qu’un délai de grâce d’un mois est accordé à toutes les personnes ou entreprises impliquées dans les fonds « détournés durant les 20 dernières années » et qui n’ont jamais été recouvrés par l’État, malgré la mise en débet des intéressés, indique gabonactu.com.
« Lors d’un plateau spécial sur la chaîne publique Gabon 24, Alex Euv Moutsiangou s’est montré intraitable : le délai court à partir de ce lundi 7 septembre et s’épuise le 7 octobre prochain. Passé ce délai, le dossier sera transmis à un juge répressif qui traduira les intéressés devant la Cour criminelle spéciale. Selon le premier président de la Cour des comptes, les détournements ont été effectués par des comptables publics et des ordonnateurs de crédits, c’est-à-dire des ministres, des maires et des présidents d’assemblées départementales. S’y ajoutent des entreprises privées qui ont été payées sans avoir réalisé le travail pour lequel elles ont encaissé l’argent public. Les détournements ne se sont pas produits en une seule année : certains remontent à vingt ans, a-t-on appris », relaie le média.
Environ 600 dossiers de personnes physiques et d’entreprises sont concernés et après des contrôles, les intéressés avaient été mis en débet. Une autre source a, selon le média, confié qu’un seul débiteur doit à l’État 800 milliards de FCFA, soit près de la moitié des 1 700 milliards non recouvrés.
Selon la loi gabonaise, précise gabonactu.com, il n’y a pas de prescription en matière de mise en débet. En cas de décès de la personne principale, le débet passe à sa succession jusqu’à la quatrième génération. Pour les entreprises en faillite, la procédure est également très longue. Le liquidateur porte une responsabilité importante dans ses actes. Si la faillite totale est constatée par le tribunal, la procédure peut s’éteindre par un passage aux écritures en pertes et profits, renseigne le confrère gabonais sur ce sujet qui est partagé par de nombreux Etats africains.
O.L
Lefaso.net

