LeFaso.net, l'actualité Burkinabé sur le net
Proverbe du Jour : “La plus grande gloire n’est pas de ne jamais tomber, mais de se relever à chaque chute.” Nelson Mandela

Masculinité positive : « Un homme qui écoute, qui pleure et qui partage les tâches n’est pas moins un homme », indique Sabine Gampéné

Publié le mardi 8 septembre 2026 à 22h25min

PARTAGER :                          
Masculinité positive : « Un homme qui écoute, qui pleure et qui partage les tâches n’est pas moins un homme », indique Sabine Gampéné

Longtemps associée à la force, à l’autorité et parfois à la domination, la masculinité est aujourd’hui au cœur d’une réflexion nécessaire sur les rapports entre les femmes et les hommes. Au Burkina, où les violences basées sur le genre demeurent une préoccupation, le concept de « masculinité positive » entend agir en amont, en questionnant les normes sociales et les modèles de virilité transmis aux garçons et aux hommes. Respect du consentement, expression des émotions, partage des responsabilités domestiques et parentales, dialogue dans le couple sont autant de comportements qui peuvent contribuer à des relations plus équilibrées. Dans cet entretien, Sabine Gampéné, chargée de projets au Mouvement citoyen FEMIN-IN, explique ce que recouvre cette notion, son intérêt dans la lutte contre les VBG et le rôle que peuvent jouer les hommes, les femmes, les familles, les organisations de la société civile et les pouvoirs publics dans cette transformation.

Lefaso.net : Qu’entend-on exactement par « masculinité positive » ?

Sabine Gampéné : La masculinité positive désigne une façon d’être homme fondée sur le respect, l’écoute et l’égalité entre les femmes et les hommes. Elle invite les hommes à exercer leur autorité, leur force et leur influence non pas pour dominer, mais pour protéger, soutenir et bâtir des relations équilibrées, que ce soit dans le couple, la famille ou la communauté. Ce n’est pas un modèle figé, mais une orientation de valeurs qui rejette la violence, la domination et l’exclusion comme marqueurs de virilité.

Pourquoi est-il important aujourd’hui de parler de masculinité positive au Burkina Faso ?

Cette approche est importante parce que les violences basées sur le genre restent une réalité préoccupante dans notre pays, souvent nourries par des normes sociales qui associent la masculinité à la domination et au contrôle. On ne peut pas prétendre lutter durablement contre ces violences en s’adressant uniquement aux femmes et aux filles. Les hommes et les garçons doivent être des acteurs du changement. Parler de masculinité positive, c’est ouvrir un espace de dialogue avec eux, sans les accuser, mais en les invitant à devenir des alliés.

Quelles sont, selon vous, les caractéristiques d’une masculinité dite « positive » ?

On peut citer notamment le respect du consentement et de l’autonomie de la partenaire, le rejet de toute forme de violence physique, verbale ou économique, la capacité à exprimer ses émotions sans crainte d’être jugé, le partage des responsabilités domestiques et parentales, ainsi que l’écoute et la communication au sein du couple. C’est aussi la capacité à remettre en question certaines pratiques héritées, lorsqu’elles portent atteinte aux droits des femmes.

S’agit-il d’apprendre aux hommes à « devenir moins hommes » ou plutôt à repenser ce que signifie être un homme ?

Il ne s’agit absolument pas de demander aux hommes de renoncer à leur identité, mais de repenser certains repères hérités qui associent virilité et domination. Un homme qui écoute sa compagne, qui pleure, qui partage les tâches du foyer, n’est pas moins un homme. Il exerce simplement sa masculinité autrement. C’est un travail de déconstruction des stéréotypes, pas de négation de l’identité masculine.

Quel lien faites-vous entre masculinité positive et lutte contre les violences basées sur le genre ?

Au Mouvement citoyen FEMIN-IN, la masculinité positive est l’un de nos instruments majeurs dans la lutte contre les violences basées sur le genre. Elle agit en amont, sur les causes profondes : les normes sociales et les rapports de pouvoir inégaux entre les femmes et les hommes. C’est une approche transversale que nous intégrons dans plusieurs de nos interventions, notamment à travers l’École des alliés, un projet par lequel nous formons spécifiquement des hommes et des jeunes garçons sur la lutte contre les violences basées sur le genre et sur l’approche genre dans la communauté, afin qu’ils deviennent eux-mêmes des relais positifs. Nous retrouvons également cette approche dans un de nos programmes où la masculinité positive est mobilisée comme levier de prévention.

Concrètement, comment un homme peut-il adopter une posture de masculinité positive dans son couple ?

En pratique, cela commence par des gestes simples : consulter sa partenaire dans les décisions qui concernent le foyer, respecter son avis et son autonomie, éviter toute forme de contrôle ou d’humiliation, et accepter de partager les charges du quotidien. Cela suppose aussi de savoir communiquer en cas de désaccord, sans recourir à la violence ni au silence imposé, et de reconnaître la contribution de sa partenaire, qu’elle soit économique, domestique ou affective.

Le partage des tâches domestiques et de la responsabilité parentale fait-il partie, selon vous, de la masculinité positive ?

Oui, tout à fait. C’est même l’une de ses expressions les plus concrètes. Quand un homme s’implique dans l’éducation des enfants, dans les tâches ménagères ou dans les soins du foyer, il envoie un message fort à ses enfants et à la communauté : ces responsabilités ne sont pas réservées aux femmes. C’est aussi une façon de réduire la charge mentale et physique qui pèse historiquement sur les femmes.

Comment apprendre aux garçons, dès l’enfance, qu’être un homme ne signifie pas nécessairement être dominant ou ne pas exprimer ses émotions ?

Cela passe d’abord par l’exemple donné à la maison, à l’école et dans la communauté. Il faut valoriser chez les garçons l’expression de leurs émotions plutôt que de les réprimer au nom d’une prétendue force virile, encourager le respect entre filles et garçons dès le plus jeune âge, et intégrer ces messages dans l’éducation familiale, scolaire et communautaire. Les activités de sensibilisation que nous menons auprès des jeunes garçons visent précisément à planter ces graines très tôt.

Quel rôle les pères peuvent-ils jouer dans cette transformation ?

Le père est souvent le premier modèle masculin d’un enfant. Un père qui respecte sa compagne, qui s’implique dans l’éducation de ses enfants et qui gère les conflits sans violence transmet, sans même en avoir toujours conscience, des repères durables. Les pères ont donc un rôle central à jouer, non seulement par leurs paroles, mais surtout par leur exemple au quotidien.

Comment les femmes peuvent-elles contribuer aussi à la promotion de cette masculinité positive ?

Les femmes peuvent encourager et valoriser les comportements positifs chez les hommes de leur entourage, plutôt que de reproduire, parfois sans le vouloir, des attentes basées sur les stéréotypes de virilité. Elles peuvent aussi soutenir l’éducation égalitaire de leurs fils, participer aux espaces de dialogue intergénérationnel et intergenre, et s’associer aux hommes engagés comme alliés dans nos actions, à l’image de ce que nous encourageons à travers nos projets.

Selon Sabine Gampéné, les hommes peuvent rejoindre des initiatives déjà existantes, comme l’École des alliés et les arbres palabres où ils trouveront des espaces d’apprentissage et d’échange avec d’autres hommes engagés dans la même démarche

Les réseaux sociaux participent-ils à renforcer certaines masculinités toxiques ou peuvent-ils au contraire devenir des espaces d’éducation et de sensibilisation ?

Les deux réalités coexistent. Les réseaux sociaux peuvent véhiculer des contenus qui valorisent la domination, l’agressivité ou le mépris envers les femmes, et cela touche particulièrement les jeunes. Mais ces mêmes plateformes offrent aussi un potentiel énorme pour diffuser des messages positifs, toucher un public jeune et créer des communautés d’hommes engagés. Tout dépend des contenus que nous, organisations de la société civile, arrivons à y faire circuler.

Comment convaincre les hommes qui considèrent encore les discours sur l’égalité de genre comme une remise en cause de leur identité ou de leur autorité ?

Il faut d’abord éviter une posture accusatrice et privilégier le dialogue : l’égalité de genre n’enlève rien aux hommes, elle rééquilibre des rapports pour construire des foyers et une société plus harmonieuse. Nous avons constaté que le message passe souvent mieux lorsqu’il est porté par d’autres hommes déjà convaincus, c’est tout l’intérêt de notre approche à travers l’École des alliés : des hommes qui s’adressent à d’autres hommes, avec des exemples concrets et vécus, plutôt qu’un discours perçu comme venant de l’extérieur.

Quel rôle les associations féministes, les organisations de jeunesse et les pouvoirs publics doivent-ils jouer dans la promotion de modèles masculins plus égalitaires ?

Chaque acteur a un rôle complémentaire. Les associations féministes comme la nôtre créent les espaces de formation, de sensibilisation et d’accompagnement direct des communautés. Les organisations de jeunesse peuvent relayer ces messages auprès des pairs, avec une légitimité particulière auprès des adolescents et jeunes adultes. Quant aux pouvoirs publics, ils doivent inscrire ces enjeux dans les politiques nationales, notamment éducatives, et soutenir financièrement et institutionnellement les initiatives déjà portées par la société civile.

Si vous deviez expliquer la masculinité positive à un jeune garçon de 15 ans, que lui diriez-vous ?

Je lui dirais que devenir un homme, ce n’est pas apprendre à dominer les autres ou à cacher ce qu’il ressent, mais apprendre à respecter, à écouter et à protéger sans jamais faire de mal. Je lui dirais que sa force véritable se mesure à sa capacité à traiter les filles et les femmes autour de lui comme des égales, et non à sa capacité à imposer sa volonté.

Et quel message adresseriez-vous aux hommes burkinabè qui souhaitent devenir des alliés dans la lutte pour les droits des femmes, mais ne savent pas toujours par où commencer ?

Je leur dirais de commencer par de petites choses concrètes comme écouter davantage les femmes de leur entourage, remettre en question leurs propres réflexes et habitudes, et accepter de partager le pouvoir et les responsabilités dans leur foyer. Les hommes peuvent aussi rejoindre des initiatives déjà existantes, comme l’École des alliés et nos arbres palabres que nous animons, où ils trouveront des espaces d’apprentissage et d’échanges avec d’autres hommes engagés dans la même démarche.

Qu’est-ce que la masculinité positive peut changer, selon vous, dans la construction d’une société burkinabè plus juste et plus apaisée ?

Elle peut contribuer à réduire durablement les violences basées sur le genre, en s’attaquant à leurs racines plutôt qu’à leurs seules conséquences. Des foyers plus équilibrés, où les responsabilités sont partagées et où la communication remplace la violence, ce sont des communautés plus stables et plus résilientes. À terme, c’est toute la cohésion sociale et le développement du Burkina Faso qui en bénéficient, car aucune société ne peut avancer pleinement en laissant la moitié de sa population subir des violences ou être exclue des décisions qui la concernent.

Entretien réalisé par Farida Thiombiano
Lefaso.net

PARTAGER :                              

Vos réactions (10)

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

 LeFaso TV
 Articles de la même rubrique