Stages et emplois : Comment acquérir de l’expérience si personne ne vous donne votre chance ?
À la lecture de certaines offres d’emploi, on perd facilement son latin. Récemment, nous sommes tombés sur une annonce publiée par un média étranger qui recherchait des candidats pour un stage professionnel de trois mois renouvelables avec trois ans d’expérience. De quoi laisser perplexe plus d’un candidat. À ce rythme, certains finiront par se demander s’ils n’auraient pas dû commencer à travailler dès l’école primaire pour espérer répondre aux critères de recrutement.
Cette situation prête à sourire, mais parlons sérieusement. De plus en plus d’entreprises recherchent des profils immédiatement opérationnels, capables de produire dès leur arrivée, sans nécessiter d’encadrement, de formation ou de période d’adaptation. Même pour des stages, qui sont pourtant censés constituer une étape d’apprentissage, les exigences ressemblent parfois à celles d’un poste confirmé.
Or, le stage a une vocation bien précise. Il permet à un étudiant ou à un jeune diplômé de découvrir un métier, de se familiariser avec son environnement professionnel et d’acquérir les compétences pratiques qui lui manquent encore. Il n’a jamais été conçu comme un moyen de recruter à moindre coût des travailleurs déjà formés.
Le paradoxe est que les entreprises réclament de l’expérience pour les postes de débutants. Mais comment acquérir cette expérience lorsque personne n’est prêt à offrir une première opportunité ?
Ainsi se met en place un cercle vicieux. Pour travailler, il faut de l’expérience. Mais pour acquérir de l’expérience, il faut travailler. Entre les deux, de nombreux jeunes se retrouvent bloqués à la porte du marché de l’emploi, malgré leurs qualifications et leur motivation.
Cette situation relance également le débat qui oppose les défenseurs du diplôme aux partisans de l’expérience.
Le diplômé fraîchement sorti de l’université arrive avec ses attestations, ses connaissances théoriques et parfois plusieurs années d’études derrière lui. Il estime que les longues heures passées dans les amphithéâtres et les bibliothèques devraient lui permettre d’accéder au monde professionnel.
Face à lui se trouve le travailleur expérimenté. Lui n’a peut-être pas accumulé les parchemins, mais il connaît les réalités du terrain. Il a déjà résolu des problèmes, géré des situations complexes et appris des leçons que l’on ne retrouve pas toujours dans les manuels.
Pourtant, opposer diplôme et expérience est souvent un faux débat de grin. Le diplôme apporte des connaissances théoriques, une méthode de réflexion et des bases techniques. L’expérience apporte le savoir-faire, l’adaptation et la maîtrise des réalités du terrain. L’un explique comment les choses devraient fonctionner ; l’autre montre comment elles fonctionnent réellement.
Dans de nombreux secteurs, les deux sont devenus complémentaires. Le médecin a besoin de ses années d’études, mais aussi de sa pratique. Le journaliste apprend les règles du métier à l’école, mais se forme véritablement sur le terrain. L’ingénieur en génie civil maîtrise les calculs, mais découvre les réalités du chantier au contact des équipes.
Le véritable problème apparaît lorsque l’un est présenté comme supérieur à l’autre. Certains diplômés regardent les praticiens de haut. Certains praticiens considèrent les diplômés comme de simples théoriciens déconnectés de la réalité. Pendant ce temps, le monde du travail continue d’évoluer à grande vitesse.
Les compétences acquises il y a dix ans peuvent devenir obsolètes. Le diplôme seul ne garantit plus une carrière. L’expérience seule ne suffit pas toujours non plus. Dans un environnement en constante mutation, chacun doit continuer à apprendre, à se former et à s’adapter.
L’employé expérimenté que recherchent aujourd’hui les entreprises est souvent un jeune débutant qu’une autre organisation a accepté de former hier. Lorsqu’une entreprise refuse d’investir dans l’apprentissage des jeunes, elle espère en réalité que d’autres feront cet effort à sa place.
Pourtant, aucune économie ne peut fonctionner durablement sur ce modèle. Les travailleurs expérimentés ne tombent pas du ciel. Ils sont le résultat d’années d’accompagnement, de transmission et de pratique.
Les entreprises ont naturellement le droit de rechercher les compétences dont elles ont besoin. Mais elles ont également une responsabilité dans la préparation de la relève. L’économie ne repose pas uniquement sur les professionnels confirmés ; elle repose aussi sur les débutants qui apprennent aujourd’hui pour devenir les experts de demain.
Fredo Bassolé
Lefaso.net

