Initiative pour la gouvernance mondiale : La vision chinoise en phase avec les priorités du Burkina Faso
Proposée le 1er septembre 2025 par le président chinois Xi Jinping, l’Initiative pour la gouvernance mondiale (IGM) entend promouvoir un système de coopération internationale « plus juste, plus équitable et plus représentatif ». Un an après son lancement, elle suscite un intérêt croissant dans le Sud global. Au Burkina Faso, où la question de la souveraineté, illustrée également par la diversification des partenaires, occupe une place importante dans la vision des dirigeants, plusieurs principes défendus par Pékin trouvent un écho dans les réflexions sur l’avenir de la gouvernance mondiale.
Dans un monde marqué par des crises géopolitiques, des conflits, des inégalités en matière de développement la question de la gouvernance mondiale revient au centre des débats. Qui décide ? Au nom de quels principes ? Et surtout, quelle place accorder aux pays en développement dans les mécanismes qui déterminent l’avenir de la planète ?
C’est dans ce contexte, où les pays en développement semblent de plus en plus subir les effets pervers des compétitions entre puissances, que la Chine a pris la responsabilité historique de proposer l’Initiative pour la gouvernance mondiale (IGM).
Présentée par le président chinois, Xi Jinping, comme une contribution à la construction d’un système international plus juste et plus équitable, l’initiative repose sur cinq principes : l’égalité souveraine, la primauté du droit international, le multilatéralisme, une approche centrée sur les populations et l’action concrète. Pour Pékin, cette initiative vise à promouvoir un système de gouvernance mondiale plus juste, plus équilibré et véritablement inclusif, fondé sur la construction d’une communauté de destin partagé pour l’humanité.
L’IGM se présente donc comme la solution chinoise pour renforcer et améliorer la gouvernance mondiale, à un moment où « les changements inédits depuis un siècle se poursuivent à un rythme accéléré, avec des troubles régionaux fréquents, un développement économique entravé, la montée de la démondialisation, des lacunes dans les règles et l’État de droit, et un déficit croissant en matière de gouvernance ». L’Initiative pour la gouvernance mondiale est, de ce fait, « opportune et cruciale », en ce sens qu’elle répond aux aspirations communes des peuples de tous les pays et aux besoins urgents du monde actuel. D’où l’accueil favorable dont elle a promptement fait l’objet par les dirigeants des pays participants au sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), 31 août au 1er septembre 2025, au cours de laquelle a été proposée l’initiative.
L’égalité souveraine, un principe cardinal qui rencontre la marche du Burkina Faso
Par les principes sur lesquels elle repose, l’IGM vient répondre à une forte aspiration des Etats, en particulier ceux africains et du Sud global.
À titre illustratif, à travers le premier principe, à savoir celui de l’égalité souveraine, la Chine défend l’idée que les États, indépendamment de leur taille, de leur puissance économique ou de leur poids militaire, doivent pouvoir, sur un pied d’égalité, participer aux affaires internationales, aux prises de décisions et aux bénéfices de la gouvernance mondiale.
« Nous croyons que tous les pays, quelle que soit leur taille, leur puissance ou leur richesse, ont le droit de choisir librement leur système social et leur voie de développement, de participer de façon égale, de prendre des décisions de manière égale et de bénéficier de façon égale dans le processus de gouvernance mondiale », a motivé le ministre chinois des affaires étrangères, Wang Yi, lors de la réunion du Groupe des amis de la gouvernance mondiale, en mai 2026.
Cette conception qui incarne la sagesse de la Chine, s’inscrit dans la vision globale du Burkina Faso, enclenchée depuis fin septembre 2022 sous le leadership du capitaine Ibrahim Traoré. Dans cette marche pleinement assumée du pays, la défense de la souveraineté constitue l’un des marqueurs du discours et des actions des autorités. Dans plusieurs tribunes internationales, Ouagadougou insiste sur le droit des États à déterminer librement leurs choix politiques, économiques et sécuritaires, sans ingérence extérieure.
Proclamée le 1er avril 2025, la Révolution progressiste populaire (RPP) englobe, à travers ses idéaux, les principes de l’IGM, en visant la transformation profonde du pays autour notamment des valeurs de souveraineté nationale. Cette souveraineté, selon l’esprit du livre blanc burkinabè, s’affirme entre autres par la réorientation diplomatique du Burkina Faso, la diversification des partenaires, la création de la confédération AES, etc.
Pas plus tard que le 31 août 2026, à l’occasion d’une audience qu’il lui a accordée, le Premier ministre Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo a demandé au nouveau coordonnateur-résident du système des nations unies au Burkina Faso, Njoya Tikum, de renforcer l’alignement de la coopération onusienne sur les priorités nationales.
Ce principe “non négociable” du pays des hommes intègres, affirmé dans toutes les sphères de réflexion et de rencontres, illustre l’importance des questions de gouvernance mondiale et de réforme du multilatéralisme pour le pays.
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« Plus jamais le Burkina Faso ne sera un État sous tutelle », renchérissait ainsi le chef du gouvernement burkinabè, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo lors de son exposé à la nation devant les députés, le 30 janvier 2026.
Au-delà du Burkina Faso, cette incitative concerne une grande partie des pays africains et du Sud global. Leurs poids démographique et économique ne se traduisent pas toujours par une influence équivalente dans les mécanismes de décision internationaux. La réforme de la gouvernance mondiale apparaît dès lors comme un enjeu de représentativité, mais aussi de capacité à défendre des intérêts propres dans un système international en pleine recomposition.
Le droit international et le multilatéralisme au cœur des débats
Le deuxième principe défendu par l’IGM concerne la primauté du droit international. Pékin appelle au respect de la Charte des nations unies et à l’application uniforme des règles internationales, sans « double standard ». Le troisième principe est celui du multilatéralisme. Pour la Chine, les grandes questions internationales doivent être traitées dans un esprit de concertation et d’inclusion, avec une place centrale pour l’Organisation des nations unies.
Pour les pays africains, ces deux principes revêtent une importance particulière. Ils touchent directement à la capacité des États à faire respecter les règles internationales, mais aussi à la représentativité des institutions chargées de les appliquer. Les appels à une réforme du système multilatéral portent notamment sur la nécessité d’accorder une place plus importante aux pays en développement dans les instances de décision internationales.
Le Burkina Faso s’inscrit lui aussi dans cette réflexion. La publication de son propre Livre blanc sur la gouvernance mondiale traduit donc la volonté de Ouagadougou de contribuer au débat sur l’évolution du système international et de défendre une vision davantage attentive aux intérêts des pays du Sud. Le Burkina Faso et la Chine à travers l’IGM, partagent, comme on peut le relever, un idéal commun d’un monde plus juste : la souveraineté des États, une meilleure représentativité de la gouvernance mondiale, respect du droit international et nécessité de prendre davantage en compte les réalités et les intérêts des pays en développement.
Les populations au centre de la gouvernance
Le quatrième principe de l’IGM place les populations au cœur de la gouvernance mondiale. Selon la conception chinoise, les politiques internationales ne doivent pas rester cantonnées aux déclarations diplomatiques. Elles doivent produire des résultats concrets en matière de développement, de sécurité et de bien-être. Cette approche rejoint une préoccupation également présente dans les débats burkinabè : la gouvernance internationale ne peut être évaluée uniquement à l’aune des accords conclus entre États. Elle doit aussi être appréciée à partir de ses effets sur les populations.
Le cinquième principe, celui de l’action concrète, prolonge cette logique. Pour Pékin, les engagements internationaux doivent être accompagnés de mesures permettant de répondre aux problèmes réels auxquels les populations sont confrontées. Ainsi, derrière les principes de l’IGM se dessine une volonté affichée de rapprocher la gouvernance mondiale des préoccupations quotidiennes des peuples. Développement, sécurité, réduction des inégalités et amélioration des conditions de vie constituent, dans cette perspective, des indicateurs essentiels de l’efficacité du système international.
Le Burkina Faso parmi les premiers soutiens
Pour le Burkina Faso, l’IGM n’est donc pas une proposition observée à distance. Ouagadougou figure parmi les membres fondateurs du Groupe des amis de la gouvernance mondiale, créé à New-York en décembre 2025. À l’occasion du sommet qui a prévalu à la création de l’initiative, près de 160 pays et organisations internationales étaient présents. Le Groupe des amis qui accompagne la réflexion autour de cette initiative compte, quant à lui, plus de 60 pays membres.
Cette distinction permet de mesurer les deux niveaux de soutien : d’une part, l’adhésion ou le soutien exprimé à l’initiative par un nombre important de pays et d’organisations internationales ; d’autre part, la participation à un cadre de concertation spécifique consacré à la gouvernance mondiale. Pour Ouagadougou, cette participation offre un espace supplémentaire pour porter ses préoccupations sur la scène internationale. Elle permet aussi de dialoguer avec d’autres pays du Sud autour d’une question devenue stratégique : comment faire évoluer un système multilatéral conçu dans un contexte historique différent pour qu’il reflète davantage les réalités du monde actuel ?
Une « sagesse chinoise » fondée sur le dialogue
Pour Pékin, le système international se trouve à un tournant décisif. Les tensions géopolitiques, les conflits, les inégalités de développement et les difficultés rencontrées par certains mécanismes multilatéraux nourrissent, selon la Chine, un déficit de gouvernance mondiale. L’IGM se veut une réponse à deux interrogations : quel système de gouvernance internationale construire et comment réformer les institutions existantes afin qu’elles soient davantage adaptées aux défis contemporains ?
La proposition chinoise ne se présente toutefois pas comme un projet destiné à remplacer le système international existant. Pékin affirme, au contraire, vouloir préserver le rôle central des nations unies et renforcer l’efficacité des institutions multilatérales. Le document de conception de l’initiative précise que la réforme proposée ne vise pas à créer un système parallèle, mais à rendre les institutions internationales plus représentatives et plus efficaces, notamment pour mieux répondre aux intérêts de l’ensemble des États et, en particulier, des pays en développement.
C’est dans cette perspective que la diplomatie chinoise met en avant ce qu’elle présente comme une « sagesse chinoise ». Elle repose sur le dialogue, la consultation, la recherche du consensus et la coopération sont ainsi présentés comme des moyens de gérer les différends et de rechercher des solutions acceptables par le plus grand nombre. À cette logique s’ajoute celle des bénéfices partagés : dans la vision défendue par Pékin, la coopération internationale doit permettre à chaque partie de tirer profit des efforts collectifs.
Cette approche entend donc privilégier la recherche de terrains d’entente plutôt que les rapports de force. Elle constitue l’un des ressorts de la vision chinoise d’une gouvernance mondiale rénovée, dans laquelle les États seraient appelés à contribuer aux décisions, mais aussi à partager les bénéfices de la coopération internationale.
Le Livre blanc chinois : des principes aux propositions
La Chine a franchi une nouvelle étape en juin 2026 avec la publication de son Livre blanc intitulé « Une gouvernance mondiale plus juste et plus équitable : les principes, propositions et actions de la Chine ». Le document présente les fondements de l’IGM et détaille la manière dont Pékin entend contribuer à sa mise en œuvre. La Chine y affirme notamment vouloir promouvoir une gouvernance mondiale fondée sur la consultation, la contribution conjointe et les bénéfices partagés.
Le Livre blanc inscrit également l’initiative dans une vision plus large de l’ordre international. Pour Pékin, il ne s’agit pas de renverser l’ordre existant, mais de le réformer afin de le rendre plus représentatif, plus équitable et plus efficace. Cette approche entre justement en résonance avec la réflexion engagée au Burkina Faso à travers son propre Livre blanc sur la gouvernance mondiale. Si les deux documents procèdent de contextes et de trajectoires nationales différents, leur mise en parallèle fait apparaître des préoccupations communes autour de la souveraineté, de la représentativité du système international et de la nécessité de mieux prendre en compte la voix des pays du Sud.
Un an après son lancement, l’IGM ouvre ainsi un nouveau chapitre dans le débat sur l’avenir du multilatéralisme. Son intérêt pour les pays africains ne réside pas uniquement dans les principes qu’elle énonce, mais dans la possibilité qu’elle offre de questionner la répartition actuelle du pouvoir et de la représentation au sein du système international.
Pour le Burkina Faso, engagé parallèlement dans une réflexion nationale sur la gouvernance mondiale, cette initiative constitue un espace supplémentaire de dialogue avec d’autres pays partageant des préoccupations similaires.
L’enjeu dépasse finalement l’adhésion à une initiative portée par un État. Il est celui de la capacité des pays africains et du Sud global à participer activement à la définition des règles qui organiseront les relations internationales de demain.
À travers l’IGM, la Chine propose sa propre réponse à cette question : davantage de consultation, de représentation, de coopération et de bénéfices partagés. Reste désormais à voir comment ces principes pourront se traduire dans les institutions et dans les décisions internationales.
Pour le Burkina Faso, comme pour de nombreux pays du Sud, c’est précisément dans cette traduction des principes en résultats concrets, que se mesurera la portée réelle de l’Initiative pour la gouvernance mondiale.
Un an après son lancement, force est de constater que les pays du Sud global sont en phase avec les principes défendus par Pékin. L’initiative a trouvé un écho dans les pays africains, qui revendiquent de plus en plus leur souveraineté.
Serge Ika Ki
Lefaso.net

