RDC/Epidémie d’Ebola : Les crises politique, sécuritaire et humanitaire à la source de la crise sanitaire
A qui attribuer la responsabilité des 2 476 décès sur les 5 208 cas confirmés de la dernière épidémie d’Ebola qui a cours en République démocratique du Congo ? Et celle des millions de morts (dont le décompte varie de 6 à 8 millions pour autant de personnes déplacées) pour les 30 ans de cette guerre qui a cours dans le même pays ? Cette flambée d’Ebola est historique, elle est l’épidémie la plus meurtrière depuis 1976, date de la découverte du virus, et elle se propage plus rapidement que toutes les seize qui l’ont précédée.
C’est en mai 2026 que la RDC a déclaré cette épidémie causée par la souche Bundibugyo. Il n’y a pas de vaccin et de traitement contre cette forme très meurtrière au taux de létalité de 47,5%. Quand on parle de la République démocratique du Congo, on a du mal à freiner cette envie de dire que le pays porte le poids de toutes les peines et les misères du monde, alors qu’il a été gâté par la nature avec ses richesses immenses qui attisent la convoitise de personnes venant des quatres coins du monde s’invitant à ce festin de pillage qui sème la mort pour les autochtones. Mais tous les Congolais ne sont pas blancs comme neige et certains profitent des miettes de cette exploitation et ne font rien pour diminuer le malheur de leurs frères. Avec l’ampleur de cette épidémie d’Ebola, l’Afrique fait-elle preuve de coordination, de collaboration pour arrêter le fléau qui nous menace tous ?
La sagesse populaire prévient qu’un malheur n’arrive jamais seul. Depuis le génocide de près d’un million de Tutsis au Rwanda en 1994 qui a emmené des millions de Rwandais refugiés dans l’est du Congo démocratique dirigé à l’époque par le dictateur Mobutu Sese Seko, la violence a installé son trône dans les forêts avec les groupes armées qui se sont multipliés. Cette situation a emmené les pouvoirs rwandais, burundais et ougandais à chercher à renverser le régime en place à Kinshasha avec l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo) de Joseph Désiré Kabila.
Une crise sécuritaire et humanitaire endémique s’en est suivie dans les provinces septentrionnales de la République démocratique du Congo et c’est dans un tel contexte que la maladie Ebola a fait son lit. Ce que l’on appelle maladie d’Ebola est un rensemble de maladies rares causées par le virus Ebola, le virus du Soudan, le virus Bundibugyo et le virus Forêt Taï. On connaît Ebola en Afrique occidentale aussi, mais la RDC est le pays qui détient le record des épidémies et des victimes. Une épidémie ne connaît pas de frontière et de statut social et les hommes montrent leur bêtise en refusant de combattre ensemble les maladies et en rejetant leur organisation sanitaire commune l’OMS (Organisation mondiale de la santé).
L’épidémie actuelle touche principalement des districts de santé de six provinces : le Bas-Uele, le Haut-Uele, l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et la Tshopo. La province de l’Ituri étant l’épicentre de la maladie, on a signalé des cas en Ouganda liés à des déplacements en RDC et une surveillance accrue a été décidé pour les 10 pays voisins que sont : Le Soudan du Sud, Le Rwanda, Le Kenya, La Tanzanie, L’Éthiopie, La République du Congo, Le Burundi, L’Angola, La République centrafricaine, La Zambie.
L’épidémie d’Ebola en RDC est une USPPI
Ces pays sont jugés à haut risque de propagation par l’Africa CDC, le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies qui est un centre spécialisé de l’Union africaine qui est chargé de la riposte aux épidémies. Sans une concertation régionale accrue et une collaboration internationale avec l’appui de l’OMS et d’Africa CDC, ces dix pays en premère ligne de l’épidémie et qui n’ont pas les mêmes systèmes sanitaires ne pourront pas empêcher la propagation.
Des pays comme l’Ethiopie et le Kenya sont jugés par les observateurs comme ceux qui ont un bon service sanitaire alors que les pays en crise comme le Soudan du Sud et la République centrafricaine sont des pays où les déficits de sécurité et les instabilités politiques et autres nuisent au système sanitaire, et à l’établissement d’une riposte coordonnée. C’est du fait de la crise sécuritaire, avec son corollaire humanitaire, de l’instabilité politique que la riposte sanitaire a du mal à s’installer dans les zones touchées en RDC. Comment un gouvernement qui n’a pas le contrôle sur une partie du territoire peut déployer un système de santé et une politique sanitaire ?
Or c’est le M23 (mouvement rebelle armé proche du Rwanda) qui contrôle les zones de Goma où l’épidémie sévit et les zones riches en ressources minérales sont aussi là où prospèrent les groupes armés, autant de zones difficiles d’accès aux agents de santé. Sans un contrôle central unique du territoire de la RDC, c’est-à-dire une souveraineté totale sur le pays par le gouvernement, la réponse sanitaire à l’épidémie ne peut être unique, et le rôle de CDC Africa et de l’OMS devient très importante pour unne riposte coordonnée à l’échelle nationale, régionale et continentale.
L’OMS et Africa CDC ont lancé depuis le 5 juin 2026 un plan conjoint de 518 millions de dollars soit 259 milliards de francs CFA pour lutter contre l’épidémie, l’OMS l’ayant déclarée « une Urgence de santé publique de portée internationale (USPPI) » Ce qui veut dire que l’évènement est grave et extraordinaire et qu’il menace la santé d’autres pays par un risque de propagation rapide. C’est le plus haut niveau d’alerte de l’OMS. Bien que n’ayant pas reçu la totalité de la somme, l OMS déploie depuis le 20 août 2026, en RDC, 70 000 doses de vaccin pour stopper la propagation de la maladie.
C’est le vaccin Ervebo de Merck contre Ebola alloué par le Groupe international de coordination sur la fourniture de vaccins (GIC). 20.000 doses “seront utilisées dans le cadre d’un essai clinique de phase avancée visant à déterminer l’efficacité du vaccin contre le virus Bundibugyo.” Les 50 000 doses restantes seront affectées au personnel soignant. Cette crise montre l’importance des questions sécuritaires. A défaut d’assurer la sécurité des habitants du pays, de protéger la population contre les groupes armés on ne peut assurer ni l’éducation ni la santé.
La République démocratique du Congo connaît une instabilité politique qui a commencé avec son indépendance avec l’assassinat de Patrice Lumunda et les interventions impérialistes avec une sécession du Katanga. La longue dictature de Mobutu qui a régné comme un roi en prétendant mener une révolution pour l’authenticité africaine n’a pas résolu les problèmes et c’est tout ce passif qui s’exprime dans les difficultés actuelles puisque les successeurs du dictateur ont tous adopté son modèle de gouvernance jusqu’au fils de l’opposant historique qui tient les renes du pays sans le contrôler entièrement et qui ne pense qu’à demeurer au pouvoir.
Sana Guy
Lefaso.net

