Résidus agricoles au Burkina Faso : naviguer entre impacts environnementaux et compromis d’usage
Tionyélé FAYAMA (CNRST), Der DABIRÉ (CIRDES), Sombénéwendé Rasmata ZOUNGRANA (UNB), Habibou ASSOUMA (CIRAD), Ollo SIB (CIRAD), Souleymane SANOGO (CIRDES), Alkassoum MAIGA (UJKZ)
Ce document de vulgarisation est tiré de l’article scientifique suivant :
Tionyélé FAYAMA, Der DABIRÉ, Sombénéwendé Rasmata ZOUNGRANA, Habibou ASSOUMA, Ollo SIB, Souleymane SANOGO, Alkassoum MAIGA : Gestion des résidus de cultures et des effluents d’élevage au Burkina Faso : quelles conséquences, et compromis peut-on faire ? Revue Internationale GRECE, Vol2, N°1, Avril 2026 ISSN 3079-4463, e ISSN 3079-4471 https://grece-tchad.com
Résumé
L’impact des changements climatiques (CC) sur le secteur rural au Burkina Faso, et plus particulièrement sur l’élevage et l’agriculture, est aujourd’hui une réalité manifeste. Cet article est issu d’une étude consacrée aux conséquences et aux compromis liés à la gestion des résidus de culture ainsi que des effluents d’élevage. L’objectif est de formuler des propositions et des pistes de solutions visant à atténuer les effets de ces dérèglements climatiques sur les activités agropastorales.
La méthodologie de cette recherche s’est appuyée sur une revue documentaire, des observations de terrain et des entretiens semi-directifs. La collecte de données a été réalisée auprès d’un échantillon qualitatif de 50 agropasteurs et pasteurs. Ce dispositif a été complété par 14 entretiens avec des personnes ressources, notamment des chercheurs, des autorités coutumières et des agents techniques des secteurs de l’agriculture et de l’élevage.
L’analyse de contenu des résultats recueillis sur les différents sites souligne la nécessité de combiner les résidus de culture et les effluents d’élevage. Cette synergie est essentielle pour fertiliser les sols, améliorer la productivité et accroître les rendements, permettant ainsi aux producteurs de mieux répondre aux défis climatiques. Ces changements climatiques sont d’ailleurs relativement bien perçus par les populations rurales interrogées.
Mots clés : résidus culturaux, effluent d’élevage, agropastoralisme, changement climatique, compromis
Introduction
L’agriculture est le socle de la sécurité alimentaire et du développement économique mondial. Toutefois, le secteur fait face à des défis majeurs : changement climatique, hausse du coût des intrants et dégradation accélérée de la fertilité des sols. Au Burkina Faso, cette situation se traduit par une acidification des terres, forçant les producteurs à une dépendance accrue aux engrais minéraux. Face à cette impasse, la valorisation des résidus de récolte et des effluents d’élevage s’impose comme une alternative durable. Ces matières organiques, riches en nutriments essentiels (azote, phosphore, potassium), assurent le bouclage des cycles de nutriments, vital pour les exploitations familiales. Le paillage et l’usage des effluents favorisent la régénération des sols et la résistance des cultures, bien que leur gestion nécessite de la vigilance face aux ravageurs. Malgré une biomasse parfois limitée en zone sahélienne, l’usage de ces ressources est généralisé à Koumbia comme stratégie d’adaptation aux aléas climatiques. Les exploitations intégrant ces pratiques affichent d’ailleurs de meilleures performances économiques en termes de rendements et de revenus agricoles. Parallèlement, ces résidus et effluents revêtent un caractère multifonctionnel, servant également à la construction, à l’alimentation du bétail et à la production d’énergie domestique. Pourtant, une lacune scientifique subsiste : les gains et pertes réels liés à l’utilisation de ces ressources organiques restent peu documentés par des études empiriques. C’est précisément cette analyse des impacts qui constitue l’épine dorsale de cette étude
1. Méthode et Matériels
1.1. Présentations de la zone de l’étude
L’étude a été réalisée dans les régions des Hauts-Bassins et du Plateau-Central. Elle a porté sur la commune de Bobo-Dioulasso (notamment le village de Nasso), la commune de Koumbia (villages de Garghin et Lanfiara), la commune de Sidéradougou, ainsi que le village de Garghin dans la commune de Mogtedo. Ces zones font partie des espaces pastoraux du Burkina Faso où se développent les activités agrosylvopastorales du pays. Elles ont été retenues en raison de la pertinence et de l’importance de leurs activités liées au changement climatique
2.2. Approche méthodologique
Cette recherche adopte une méthodologie qualitative centrée sur les perceptions et les répertoires de signification des acteurs. Les données ont été recueillies par entretiens semi-directifs auprès de 64 participants (50 agropasteurs et 14 personnes-ressources, incluant chercheurs et techniciens), sélectionnés par choix raisonné selon leur activité et expérience.
La collecte, opérée par triangulation jusqu’à saturation des informations, a été suivie d’une transcription intégrale des propos. Enfin, une analyse de contenu thématique (N’Da, 2006 ; Bardin, 2009) a permis de dégager les tendances convergentes et divergentes afin d’interpréter les logiques des enquêtés
2. Résultats
2.1. Stratégies de gestion et de stockage
Face aux défis du changement climatique, la gestion des résidus de cultures est devenue indispensable pour assurer l’alimentation du bétail tout au long de l’année. Les producteurs emploient diverses méthodes de stockage adaptées à leurs moyens. Les résidus sont conservés dans des hangars, sur des arbres, dans des maisonnettes ou des enclos clôturés. Certains utilisent des systèmes de hangars superposés pour protéger les matières les plus sensibles (comme les fanes de niébé en sacs) de la pluie. Les agriculteurs collectent une grande variété de restes, notamment les pailles de maïs, de sorgho et de riz, ainsi que les fanes de niébé, d’arachide, de patate et de mucuna. Après les récoltes, les résidus sont ramassés, mis en tas ou attachés en bottes, puis transportés (souvent par charrette ou tricycle) vers les sites de stockage.
Bénéfices et gains identifiés.
Les résidus laissés aux champs agissent comme un fertilisant naturel en se décomposant, améliorant ainsi la qualité du sol pour les cultures suivantes. Les résidus constituent une réserve cruciale durant la saison sèche ou lorsque les pâturages naturels se font rares. Une bonne alimentation permet d’obtenir des gains de lait plus importants et d’augmenter la valeur marchande des bœufs lors de la vente. Ils sont également utilisés pour soutenir les animaux les plus affaiblis.
Collecter ses propres résidus est nettement plus rentable que d’acheter du fourrage auprès d’autres producteurs. À titre d’exemple, un chargement de charrette coûte environ 3000 FCFA, s’il est acheté, alors que l’auto-collecte réduit les frais au transport (environ 2000 à 2500 FCFA). En effet, la transition vers une gestion proactive des résidus de cultures représente un levier essentiel pour la résilience des exploitations agricoles face aux évolutions climatiques actuelles.
2.2. Gestion des résidus et médiation des conflits
L’importance des résidus pour l’alimentation animale engendre souvent des disputes entre producteurs. La gestion de ces tensions varie selon les localités. À Garghin, le pâturage non autorisé dans les champs d’autrui est une source de discorde, bien que les populations privilégient généralement des résolutions à l’amiable au sein du village. Dans la localité de Lanfiara, la recherche de résidus de haute qualité peut mener à des accords financiers où l’éleveur paie le propriétaire du champ pour obtenir l’accès aux ressources. À l’inverse, à Koumbia et Nasso, une véritable dynamique de compromis mutuel s’installe. Les agriculteurs invitent activement les éleveurs à parquer leurs animaux dans leurs champs pour bénéficier de la fumure organique. Pour encourager ce transfert de fertilité, certains agriculteurs vont jusqu’à faciliter l’accès à l’eau ou à fournir du sel pour le bétail. Dans ces zones, l’échange est souvent gratuit car il profite aux deux parties : l’éleveur nourrit son bétail et l’agriculteur enrichit son sol.
2.3. Défis infrastructurels, matériels et environnementaux
La gestion des résidus agricoles et des déchets d’élevage se heurte à trois obstacles majeurs : l’absence ou l’inadaptation des infrastructures, le manque de moyens financiers et la non-maîtrise des options techniques proposées. L’insuffisance d’enclos empêche de maintenir les animaux sur place pour collecter les déjections. Sans structures de protection, les résidus sont soit piétinés, soit consommés par les animaux errants. Faute de hangars adéquats, les pailles sont exposées au soleil et à la pluie. L’humidité rend le fourrage impropre à la consommation animale, forçant les agriculteurs à le jeter. Le manque de moyens de transport empêche de sillonner les champs pour collecter efficacement les résidus.
Les producteurs font face à une précarité de ressources qui limite leur capacité d’action. C’est la difficulté principale citée pour la construction d’enclos de qualité. La pénurie d’arbres rend difficile la construction traditionnelle de hangars et d’enclos. De plus, les restrictions imposées par les agents des eaux et forêts limitent l’accès au bois de construction.
Bien que certains produits comme les fanes et les coques de niébé soient mieux conservés, la majorité des pailles perdent leur valeur nutritive ou sont gaspillées à cause de ces mauvaises conditions de stockage
3. Discussion
Les résidus de culture ne sont pas seulement des déchets, mais participent activement à la réalisation d’infrastructures telles que les « hangars, les étables, les enclos pour les animaux et la toiture des maisons ». À ce sujet, J. A. Djénotin et al. (2003) précisent que pour la construction de hangars pour bétail, le « matériau commun est à base de tiges de sorgho », parfois complété par des tiges de coton ou des « refus de fourrage » composés de fanes de légumineuses et de paille de riz ou de maïs.
La gestion des effluents d’élevage est présentée comme un levier majeur face au changement climatique. L’objectif de l’association entre résidus de cultures et effluents est double : « fertiliser les sols et accroitre les rendements ». C. Djemiel et al. (2021) confirment l’« impact positif des pratiques d’épandage des effluents » sur la qualité microbiologique des sols. Au Sahel, A. Belemviré et al. (2008) observent que les producteurs optimisent ces interactions pour « profiter des effets bénéfiques des deux activités ». Ils collectent les résidus pour l’alimentation des animaux de trait et d’embouche, créant ainsi un cycle vertueux. De nombreux chercheurs, dont M. P. Sedogo (1991), A. Bationo et al. (2000), C. L. Bielders et al. (2002), J. L. Rajot et al. (2002) et C. Valentin et al. (2002), ont démontré que l’usage des matières organiques et des résidus génère des « gains significatifs de production » en Afrique de l’Ouest.
La valorisation conjointe des déjections et des résidus permet non seulement d’augmenter la productivité des animaux et de la main-d’œuvre, mais assure également la restauration de la fertilité des sols. Cette combinaison repose sur un circuit fermé : Récolte de fourrage et de résidus pour nourrir les animaux et l’utilisation des effluents pour maintenir la fertilité.
Pour optimiser ce système, A. Belemviré et al. (2008) suggèrent qu’il est essentiel d’« améliorer la collecte des déjections à l’étable », notamment par le paillage ou le revêtement des surfaces
Conclusion
La valorisation des résidus de récolte et des effluents d’élevage s’affirme comme une stratégie de résilience vitale face à la dégradation des sols et au changement climatique au Burkina Faso. Cette approche circulaire permet non seulement de restaurer la fertilité des terres, mais aussi de sécuriser l’alimentation du bétail tout en favorisant une collaboration accrue entre agriculteurs et éleveurs. Malgré ces bénéfices économiques et sociaux manifestes, la pérennisation de ces pratiques se heurte à des contraintes structurelles majeures, notamment le manque d’infrastructures de stockage et de moyens financiers. La précarité des ressources et la non-maîtrise de certaines options techniques limitent encore le plein potentiel de cette biomasse multifonctionnelle. Pour transformer durablement ce levier en moteur de développement, il est désormais crucial de combler le déficit de documentation scientifique et d’accompagner techniquement les producteurs dans l’optimisation de leurs ressources organiques. Cette transition vers une gestion proactive est indispensable pour garantir la sécurité alimentaire et la viabilité des exploitations familiales à long terme
Bibliographie
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Tionyélé FAYAMA, Der DABIRÉ, Sombénéwendé Rasmata ZOUNGRANA, Habibou ASSOUMA, Ollo SIB, Souleymane SANOGO, Alkassoum MAIGA : Gestion des résidus de cultures et des effluents d’élevage au Burkina Faso : quelles conséquences, et compromis peut-on faire ? Revue Internationale GRECE, Vol2, N°1, Avril 2026 ISSN 3079-4463, e ISSN 3079-4471 https://grece-tchad.com

