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Burkina/Eau, assainissement et climat : WaterAid mise sur la jeunesse pour faire bouger les lignes

Publié le jeudi 13 août 2026 à 15h07min

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Burkina/Eau, assainissement et climat : WaterAid mise sur la jeunesse pour faire bouger les lignes

L’accès à l’eau potable et à l’assainissement reste un défi majeur au Burkina Faso. Si des progrès ont été enregistrés, les chiffres traduisent encore l’ampleur du chemin à parcourir, notamment en matière d’assainissement. Face à cette situation, WaterAid Burkina Faso entend placer la jeunesse au cœur de la recherche de solutions. C’est tout le sens des Universités WASH et de la table ronde nationale des jeunes leaders, ouvertes officiellement ce jeudi 13 août 2026 à Ouagadougou. La cérémonie d’ouverture a été présidée par la conseillère technique au ministère des Sports, de la jeunesse et de l’emploi, Laurencia Napon/Sanou. L’évènement se tient à l’occasion de la célébration de la Journée internationale de la jeunesse.

Pendant deux jours, des jeunes leaders sont invités à se former, à débattre et à formuler des propositions sur les grands enjeux liés à l’eau, à l’assainissement, à l’hygiène et au climat. L’ambition dépasse largement le cadre d’une simple rencontre. Il s’agit de préparer une jeunesse capable de participer pleinement aux décisions et aux politiques qui engagent son avenir.

Prenant la parole au nom de la ministre des sports, de la jeunesse et de l’emploi, la conseillère technique Laurencia Napon/Sanou a rendu un vibrant hommage à la jeunesse burkinabè à l’occasion de la Journée internationale de la jeunesse. Des villes aux campagnes, des élèves et étudiants aux jeunes travailleurs dans tous les secteurs et demandeurs d’emploi, elle a salué une jeunesse présente sur les différents chantiers de la nation. Pour elle, cette célébration, instituée par les nations unies et célébrée chaque 12 août, prend cette année une résonance particulière. Et ce, dans un contexte marqué, selon elle, par l’engagement de la jeunesse dans la dynamique de la Révolution progressiste populaire. « La nation vous rend hommage », a-t-elle lancé, saluant la résilience et l’engagement patriotique des jeunes faces aux défis sécuritaires, économiques et sociaux.

La conseillère technique au ministère des Sports, de la jeunesse et de l’emploi, Laurencia Napon/Sanou, a invité les jeunes à demeurer une force motrice dans la construction d’un Burkina Faso souverain et résilient mais aussi dans la consolidation de l’espace confédéral

Placée sous le thème « Rôle, responsabilité et engagement de la jeunesse burkinabè dans la construction d’un espace confédéral souverain », la célébration se veut ainsi un moment de mobilisation, de réflexion et de réaffirmation de l’engagement patriotique. Le gouvernement, a-t-elle assuré, compte sur cette jeunesse pour développer des initiatives en faveur de la cohésion sociale, de la souveraineté et du développement national, en phase avec les grandes orientations du Plan national de développement 2026-2030. Tout en exhortant les jeunes à construire leur personnalité et à forger leur destin, elle les a appelés à combattre, sans relâche, les trois vices que sont la lâcheté, la trahison et l’incompétence. Elle a clôturé son discours en souhaitant un joyeux anniversaire à la jeunesse du Burkina Faso, de l’AES et du monde.

C’est dans cet esprit que le directeur pays de WaterAid Burkina Faso, Dr Lucien Damiba, a souhaité la bienvenue aux participants à cette rencontre organisée sous le haut patronage du ministère en charge de la jeunesse et avec l’implication technique du ministère chargé de l’eau. « La jeunesse est déjà une force de proposition, une force d’action et une force de transformation aujourd’hui », a-t-il lancé, appelant à rompre avec la vision qui consiste à considérer les jeunes uniquement comme une génération à préparer pour demain.

Le directeur pays de WaterAid, Dr Lucien Damiba, a rappelé que l’accès universel à des services d’eau, d’assainissement et d’hygiène sûrs, abordables et durables demeure un défi de taille au Burkina Faso

Des progrès, mais des défis encore considérables

Au 31 décembre 2025, révèle le Dr Lucien Damiba, les taux d’accès s’établissaient à 78,9% pour l’eau et à 28,8% pour l’assainissement. Derrière ces données, persistent toutefois de profondes disparités. Les populations rurales, celles vivant dans des zones soumises à une forte pression sécuritaire, ainsi que les personnes déplacées internes, souligne-t-il, figurent parmi les plus exposées aux difficultés d’accès à ces services essentiels. À ces vulnérabilités s’ajoutent les effets du changement climatique et la pression croissante sur les ressources en eau.

Pour le directeur pays de WaterAid, les défis du secteur ne peuvent donc plus être abordés sous le seul angle de la disponibilité de la ressource. La réflexion doit également porter sur le financement durable des services, la gouvernance des ressources en eau et l’innovation. Mais une autre question, tout aussi essentielle, doit selon lui être posée. Comment associer véritablement les jeunes aux décisions qui détermineront leur avenir ? « La question que nous devons donc nous poser n’est plus seulement : comment améliorer l’accès à l’eau ? », a-t-il relevé. Il a ensuite invité les différents acteurs à réfléchir également aux mécanismes de financement, à la gouvernance et aux innovations susceptibles d’accélérer les progrès dans le secteur.

Les deux jeunes leaders, Abzèta Ouédraogo et Nouhou Zoungrana, ont porté la voix de la jeunesse burkinabè à l’ouverture des Universités WASH et de la table ronde nationale des jeunes leaders

Issus du programme mondial de plaidoyer de WaterAid, « Il est temps de délivrer pour l’eau », ils ont rappelé que les jeunes ne sont pas de simples participants aux initiatives consacrées à l’eau, à l’hygiène, à l’assainissement et au climat. À travers les associations, les réseaux climat, les actions communautaires et les espaces de plaidoyer, la jeunesse, ont-ils indiqué, est déjà engagée sur ces questions et entend jouer pleinement son rôle dans la recherche de solutions.

Face au faible accès à un assainissement digne, les deux représentants de la jeunesse ont plaidé pour une participation réelle des jeunes à la gouvernance du secteur de l’eau. Ils souhaitent notamment être associés à la définition des priorités et aux processus de décision, accéder davantage aux financements climatiques et voir les innovations portées par les jeunes devenir de véritables leviers d’investissement. Ils ont ainsi appelé les autorités à intégrer davantage la jeunesse aux décisions.

Sans oublier d’inviter les partenaires techniques et financiers à investir avec les jeunes et non seulement pour eux, tout en saluant l’accompagnement de WaterAid. Les recommandations issues des deux jours de travaux, selon eux, ont vocation à porter la voix de la jeunesse burkinabè jusqu’à la Conférence des nations unies sur l’eau et à nourrir les politiques publiques nationales. Leur message se résume en une exigence : « Nous ne demandons pas qu’on parle de nous. Nous demandons qu’on parle avec nous. »

Des participants aux Universités WASH et de la table ronde nationale sur la prise en compte des jeunes leaders dans la gouvernance de l’eau

Faire des Universités WASH un laboratoire d’idées

C’est précisément pour répondre à ces interrogations que les Universités WASH ont été conçues. Loin de se limiter à un simple cadre de formation, elles se veulent également un espace de préparation et d’émergence de nouvelles idées. Au cours des travaux, les jeunes participants devront approfondir leur compréhension des liens entre l’eau, l’assainissement, l’hygiène et le climat. Ils seront également outillés en matière de plaidoyer, de négociation et de leadership. Une attention particulière sera accordée aux mécanismes de financement climatique et aux solutions susceptibles de contribuer à une mobilisation accrue des ressources en faveur du secteur WASH.

L’objectif est de faire émerger des jeunes capables non seulement de comprendre les enjeux, mais aussi de porter des propositions concrètes dans les espaces de décision. Cette dynamique se poursuivra avec la table ronde nationale des jeunes leaders, qui doit permettre un dialogue direct entre la jeunesse, les autorités publiques et les différents acteurs du secteur. Pour WaterAid, il ne s’agit pas d’ajouter une rencontre de plus à l’agenda des acteurs de l’eau. « Nous ne voulons pas simplement avoir un dialogue de plus. Nous voulons que ce dialogue produise des idées, des engagements, des recommandations et, surtout, des pistes d’action », a insisté le Dr Lucien Damiba. L’ambition est que les propositions issues des échanges puissent trouver un prolongement dans les espaces de dialogue et de décision, aussi bien au niveau national qu’international.

Des participants aux Universités WASH et de la table ronde nationale sur la prise en compte des jeunes leaders dans la gouvernance de l’eau

La jeunesse, un partenaire stratégique

Le message du directeur pays de WaterAid est sans équivoque. La jeunesse ne doit plus être confinée au rôle de bénéficiaire des politiques publiques. Elle doit en devenir l’un des acteurs. « La jeunesse ne doit plus être simplement consultée ou considérée comme une bénéficiaire passive. Elle est le partenaire stratégique et le moteur d’innovation sans lequel aucune politique publique ne sera viable », a-t-il affirmé. Cette conviction est au cœur du Programme mondial des jeunes leaders de WaterAid, déployé dans dix pays. À travers cette initiative, l’organisation entend offrir aux jeunes un cadre leur permettant de faire entendre leur voix sur les questions liées à l’eau, à la planète et au financement durable.

Au Burkina Faso, la démarche se veut inclusive. Une attention particulière est ainsi accordée aux jeunes femmes, aux personnes vivant avec un handicap ainsi qu’aux personnes déplacées internes. Les recommandations qui découleront des travaux ont vocation à nourrir le plaidoyer de WaterAid et de ses partenaires. « Vos recommandations ne finiront pas dans des tiroirs. Elles constitueront la feuille de route de notre plaidoyer national et international », a assuré le Dr Lucien Damiba aux jeunes leaders.

Des participants aux Universités WASH et de la table ronde nationale sur la prise en compte des jeunes leaders dans la gouvernance de l’eau

Une mobilisation en route vers 2026

La rencontre s’inscrit dans la campagne mondiale de WaterAid, « Time to Deliver for Water », en perspective de la Conférence des nations unies sur l’eau prévue en 2026. À travers le thème central de « l’investissement pour l’eau », l’organisation entend notamment renforcer la mobilisation autour du financement du secteur et de la participation des jeunes aux réflexions mondiales. Pour les participants, les deux jours de travaux doivent ainsi constituer une étape vers une implication plus active dans la gouvernance de l’eau et dans la défense de l’accès universel aux services WASH.

Dr Lucien Damiba a d’ailleurs appelé les jeunes à faire preuve d’audace, tout en privilégiant un dialogue constructif avec les décideurs et les autres acteurs. « Vos propositions, vos critiques constructives et vos appels à l’action doivent être portés avec audace et respect pour faire bouger les lignes », a-t-il exhorté. À l’heure où le Burkina Faso doit concilier défis sécuritaires, changements climatiques, croissance des besoins et contraintes de financement, WaterAid fait donc le pari que les solutions ne pourront être durables sans une participation effective de la jeunesse.

Hamed Nanéma
Lefaso.net

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