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Congrégation catholique : Les Pères Jean Ilboudo, Martin Birba et Joseph Compaoré, des bâtisseurs de la Compagnie de Jésus au Burkina

Publié le jeudi 30 juillet 2026 à 22h40min

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Congrégation catholique : Les Pères Jean Ilboudo, Martin Birba et Joseph Compaoré, des bâtisseurs de la Compagnie de Jésus au Burkina

Ce 31 juillet 2026, la Compagnie de Jésus célèbre à la fois la fête de son fondateur, saint Ignace de Loyola, le jubilé d’or sacerdotal du père Joseph Compaoré et rend grâce pour l’ordination d’un nouveau jésuite burkinabè. Une célébration qui prend une résonance particulière au Burkina Faso aux côtés des trois premiers fils du pays à avoir rejoint la Compagnie de Jésus. Pour l’occasion, le père Jean Ilboudo de la Théotokos, premier jésuite burkinabè, le père Martin Birba et le père Joseph Compaoré racontent comment est née la vocation qui leur a permis de répondre à l’appel de Dieu.

Côte à côte, comme trois chapitres d’une même histoire, les Pères Jean Ilboudo, Martin Birba et Joseph Compaoré sont les pionniers de la Compagnie Jésuite au Burkina. Les années ont blanchi leurs cheveux, ralenti leurs pas, mais n’ont rien enlevé à la lumière qui traverse leur regard lorsqu’ils évoquent leur vocation religieuse. À eux trois, ils racontent des années consacrées au sacerdoce et à la Compagnie de Jésus. Ils ont vu naître les premières vocations jésuites burkinabè, participé à la structuration de la présence de la Compagnie dans le pays et porté son rayonnement bien au-delà des frontières nationales. Aujourd’hui encore, leurs voix portent avec la même simplicité un message qui traverse chacun de leurs récits : on ne devient pas jésuite par hasard. Pour chacun d’eux, tout commence par un appel. Mais cet appel emprunte des chemins différents. Celui de Jean Ilboudo, premier Jésuite, a surgi au détour d’un livre. Pour Martin Birba, il naît d’une quête intellectuelle et spirituelle. Et Joseph Compaoré l’évoque comme un éclair au cours d’une méditation. Trois itinéraires singuliers qui finissent pourtant par converger vers une même mission religieuse.

« Pour les jeunes qui viennent, il faut que la personne, d’abord, ait un grand désir et un appel », préconise le Père Jean Ilboudo

À une époque où aucun Burkinabè n’était jésuite

Lorsque Jean Ilboudo entre au petit séminaire de Pabré en 1958, la Compagnie de Jésus reste encore une réalité lointaine pour les jeunes Burkinabè. Le pays ne compte aucun jésuite originaire de Haute-Volta. Les futurs prêtres connaissent les diocèses, les missions, mais très peu les ordres religieux internationaux. Lui-même ignore presque tout de cette congrégation fondée au XVIᵉ siècle par saint Ignace de Loyola. Rien ne laisse imaginer qu’il deviendra le premier fils du pays à y entrer. Né à Ziniaré le 16 janvier 1945, il poursuit sa formation au petit séminaire de Nasso avant de rejoindre le grand séminaire Saint-Pierre-Claver de Koumi. Ordonné prêtre en 1972 pour le diocèse de Ouagadougou, il aurait pu poursuivre une carrière de prêtre diocésain. Pourtant, une lecture va tout bouleverser. Dans la bibliothèque du séminaire, il cherche simplement un ouvrage en espagnol, une langue qu’il affectionne. Son regard tombe sur Les Œuvres complètes de saint Ignace de Loyola avec près de mille pages. Une lecture qui s’étalera sur plusieurs mois.

Ce qui frappe dans son récit, c’est que ce désir naît avant toute rencontre. « Je suis entré sans connaître de jésuites, sans avoir vu un jésuite. Les compagnons me demandaient : "Comment peux-tu vouloir devenir jésuite sans en avoir rencontré un ?" Je répondais simplement : "J’ai lu un livre" », indique le Père Jean Ilboudo. Cette réponse le fait sourire aujourd’hui mais révèle ce qui caractérise la spiritualité ignatienne : la rencontre intérieure précède souvent la rencontre humaine.

Une vocation qu’il a fallu défendre

Pour Martin Birba, le parcours est plus mouvementé. Originaire de Ouahigouya, élevé ensuite à Koudougou après le décès précoce de son père, il découvre progressivement que le diocèse ne suffira pas à répondre à son désir de formation. Au grand séminaire de Koumi, il aspire à une vie religieuse qui conjugue profondeur spirituelle et exigence intellectuelle. « J’ai commencé à éprouver le besoin de rentrer chez les jésuites pour une formation spirituelle plus profonde et une formation intellectuelle plus large », explique-t-il. Mais son évêque refuse. À l’époque, le diocèse de Ouahigouya ne compte qu’un seul grand séminariste. Le laisser partir représente une perte considérable, mais le jeune Martin de l’époque insiste. Les discussions deviennent difficiles et il ira même jusqu’à dire qu’il préfère quitter le séminaire avant d’être ordonné plutôt que de renoncer à cet appel. Quelques années plus tard, c’est ce même évêque qui présidera son ordination sacerdotale en signe de réconciliation. Cette histoire en dit beaucoup sur la force de sa vocation. Elle montre aussi que répondre à un appel exige parfois du courage, de la patience et une confiance inébranlable.

« Je peux dire que ce parcours dans la compagnie m’a véritablement équilibré et je pense que ce que je voulais dès le point de départ est acquis », assure le Père Martin Birba

"Le mot jésuite a flashé dans ma tête."

Le récit du Père Joseph Compaoré est sans doute le plus saisissant. Il en garde une mémoire extrêmement précise : la date, l’heure, le passage biblique et le contexte. C’était le 11 juin 1974 à 18 h 45 au grand séminaire de Koumi pendant la méditation. Le texte des Actes des Apôtres est proclamé. « Mettez-moi à part Barnabé et Saul pour la mission à laquelle je les destine », détaille-t-il. À cet instant, le jeune séminariste adresse cette prière : « Seigneur, à quelle mission me destines-tu ? » Puis survient ce qu’il décrit encore aujourd’hui comme une expérience fondatrice. « Le mot "jésuite" a flashé dans ma tête comme un éclair et une lumière. J’avais la certitude que le Seigneur m’appelait à la Compagnie de Jésus », décrit le Père Joseph Compaoré. Cette conviction ne le quittera plus jamais. Même lorsque le cardinal Paul Zoungrana lui demande d’attendre quelques années après son ordination avant d’intégrer officiellement la Compagnie. Une demande qu’il accepte. Puis, deux années plus tard, il entre au noviciat et ne fera jamais marche arrière.

La compagnie Jésuite, une école de l’excellence et de l’humilité

Ce qui frappe dans les récits des trois prêtres, c’est l’importance donnée à la formation. Chez les jésuites, devenir prêtre ne s’arrête pas à l’ordination. Au contraire, le noviciat, la philosophie, la théologie, les stages apostoliques, les spécialisations universitaires s’enchaînent pendant de nombreuses années. Le père Jean Ilboudo devient historien et spécialiste de spiritualité. Le père Martin Birba obtient une maîtrise en philosophie, puis un doctorat au Canada. Le père Joseph Compaoré se spécialise en théologie morale avant d’étudier la psychologie à Rome. Leur parcours universitaire les conduit dans plusieurs pays et plusieurs langues. Ils ne parlent pas de ces diplômes comme d’une réussite personnelle mais comme des outils au service de leur mission. « Nous allons là où la Compagnie estime que nous serons utiles », résume Jean Ilboudo. Cette disponibilité constitue l’une des marques de fabrique des jésuites. Ils n’appartiennent pas à un lieu, ils appartiennent à une mission.

Le père Joseph Compaoré, troisième Jésuite burkinabè, célèbre son jubilé d’or sacerdotal ce 31 juillet 2026

D’ailleurs, au moment de dresser le bilan, aucun d’eux ne prétend que la vie religieuse est facile. « Même s’il y a des difficultés, c’est un chemin de plénitude », affirme le Père Jean Ilboudo. Le Père Martin Birba estime que la Compagnie lui a permis de devenir un homme plus équilibré, plus libre et plus ouvert aux autres. Le Père Joseph Compaoré résume cette conviction avec une formule qui pourrait résumer toute leur existence : « Ce n’est pas la dolce vita, mais c’est une vie belle, une vie pleine. »

À 77 ans, alors que le Père Joseph Compaoré célèbre cinquante années de sacerdoce, il regarde son parcours avec gratitude. « Si c’était à recommencer, je n’hésiterais même pas un centième de seconde à reprendre le même chemin », affirme-t-il avec poigne.

Ces trois prêtres rappellent surtout que la Compagnie de Jésus ne forme pas seulement des intellectuels ou des missionnaires. Elle façonne des hommes appelés à conjuguer foi, raison et service. En les écoutant, on comprend que leur plus grande réussite réside dans cette paix intérieure qui habite leurs paroles. Une paix née de la certitude simple, mais profonde, d’avoir répondu, chacun à sa manière, à l’appel qui a donné un sens à toute leur vie.

Farida Thiombiano
Lefaso.net

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