Beauté : Mimi Koné, celle qui veut réconcilier les femmes noires avec leurs cheveux naturels
Pendant des années, et même de nos jours, les cheveux crépus sont parfois synonymes de complexes pour de nombreuses femmes noires, poussées à les cacher sous des perruques, des tissages ou des défrisages. Burkinabè installée à l’étranger, Mimi Koné veut contribuer à faire évoluer ce regard. Avec MORÉ, une marque de soins dédiée aux cheveux texturés et récemment retenue par le prestigieux programme Sephora Accelerate 2026, elle défend une vision de la beauté où assumer ses cheveux naturels devient un acte de confiance en soi. Derrière cette reconnaissance internationale, se dessine aussi le parcours inspirant d’une entrepreneure qui fait rayonner le Burkina Faso bien au-delà de ses frontières.
Défrisages à répétition, perruques, extensions ou encore produits inadaptés : des générations de femmes noires ont grandi avec l’idée que leurs cheveux naturels étaient difficiles à gérer et à aimer. Cependant, pour Mimi Koné, jeune burkinabè vivant principalement à l’étranger, cette réalité n’est pas qu’une observation illusoire. Elle l’a vécue. Aujourd’hui, elle veut donc participer à changer cette perception. Avec MORÉ, une marque de soins capillaires dédiée aux cheveux texturés, elle ambitionne non seulement de proposer des produits innovants, mais aussi d’accompagner les femmes vers une meilleure acceptation d’elles-mêmes.
Sa vision l’a conduite à être sélectionnée au prestigieux programme Sephora Accelerate 2026, qui accompagne les marques émergentes les plus prometteuses d’Amérique du nord. Cela constitue une reconnaissance internationale qui dépasse largement son parcours personnel. Elle met également en lumière le talent d’une entrepreneure burkinabè capable d’imposer sa vision dans l’une des industries les plus compétitives au monde.
Première Burkinabè dont la marque est reconnue chez Sephora
Mimi Koné n’a jamais oublié d’où elle vient. « Je suis née et j’ai grandi au Burkina Faso. J’ai quitté le pays à 18 ans pour aller faire mes études et cela fait maintenant 22 ans que je vis à l’étranger », raconte-t-elle. Même loin de son pays natal, son identité est restée au cœur de son projet entrepreneurial. Le nom de sa marque en est d’ailleurs la première illustration. « J’ai lancé une marque qui s’appelle MORÉ, en hommage à la langue traditionnelle du Burkina Faso. Mais MORÉ signifie aussi "more" en anglais lorsqu’on enlève l’accent, c’est-à-dire "plus". Je voulais créer des produits qui apportent plus aux cheveux texturés. »
Avant de devenir entrepreneure dans la cosmétique, son parcours semblait pourtant prendre une tout autre direction. Après un bachelor en gestion d’affaires, elle travaille deux années chez Louis Vuitton avant de devenir directrice hospitalière dans une clinique privée. Plus tard, elle s’installe en Angleterre où, malgré l’absence de réseau, elle décide de repartir de zéro. « Je n’avais pas d’amis, je ne connaissais personne. J’ai créé mon premier business là-bas », indique Mimi Koné. Cette capacité à recommencer, à prendre des risques et à construire progressivement son projet constitue aujourd’hui l’un des fils conducteurs de son histoire.
Le marché des produits destinés aux cheveux crépus ou frisés connaît une forte croissance. Pourtant, Mimi Koné estime que les innovations scientifiques restent encore insuffisantes pour répondre aux besoins spécifiques des cheveux texturés. Son idée consiste à adapter aux cheveux des actifs déjà reconnus dans le domaine des soins de la peau. « Nos cheveux africains sont naturellement très secs, ils cassent rapidement et leur pousse est souvent difficile. Nous avons voulu utiliser les mêmes ingrédients que ceux employés dans les soins de la peau, comme l’acide hyaluronique, afin d’apporter une hydratation durable et de favoriser la croissance des cheveux. »
Selon elle, la différence de MORÉ réside justement dans cette approche scientifique.
« Aujourd’hui, il n’existe pratiquement pas de produits capillaires cliniquement prouvés pour les cheveux texturés. Nous évoluons sur un créneau où il reste énormément à construire », fait-elle savoir. À cette expertise scientifique s’ajoute une connaissance très concrète du terrain. Pendant une dizaine d’années, Mimi Koné a dirigé un salon de coiffure où elle a travaillé quotidiennement avec des femmes aux profils capillaires très variés. « J’y ai vu tous les types de cheveux texturés. Cette expérience compte énormément. »
Être retenue par Sephora Accelerate n’est pas un hasard pour la marque MORÉ. La sélection est particulièrement exigeante.
Les candidats doivent présenter leur projet, défendre leur vision, convaincre les équipes commerciales de Sephora puis passer devant des investisseurs. « J’étais tellement fière d’être la première Burkinabè à atteindre ce niveau chez Sephora. C’était un processus très stressant. Il fallait déposer une candidature, réaliser une vidéo, puis passer deux séries d’entretiens », explique Mimi Koné. Lorsque la réponse positive arrive, elle y voit bien plus qu’une réussite professionnelle. « Pour moi, cela signifiait que le rêve que j’avais depuis dix ans devenait enfin possible. Si vous êtes capables de rêver, alors rien ne peut vous arrêter », s’exprime-t-elle sur cette reconnaissance qui ouvre les portes d’un accompagnement stratégique destiné à préparer le lancement commercial de MORÉ à grande échelle.
Redonner confiance aux femmes noires
Derrière les produits, les laboratoires et les ambitions commerciales, c’est une mission beaucoup plus personnelle qui anime la fondatrice. Mimi Koné souhaite que chaque femme noire puisse retrouver une relation plus apaisée avec ses cheveux. « MORÉ est une marque créée pour la femme noire. J’ai envie qu’elle soit fière de cette marque et qu’elle se sente prise en compte. »
Cette volonté est directement liée à son propre parcours. Pendant de nombreuses années, Mimi Koné a elle-même porté presque exclusivement des perruques. « Avant, tu ne pouvais pas me voir dehors sans perruque. Je me sentais mieux avec. Puis, lorsque j’ai commencé à créer MORÉ, je me suis demandé quelle image j’envoyais en développant une marque de soins capillaires tout en cachant mes propres cheveux », confie-t-elle. Cette remise en question l’a d’ailleurs conduite à porter davantage ses cheveux naturels.
Et elle ne condamne pourtant aucune pratique. « Je ne juge pas une femme qui veut défriser ses cheveux. Moi aussi, je l’ai fait. Peu importe la coiffure que tu choisis, MORÉ doit pouvoir t’accompagner », précise la jeune burkinabè. Son objectif n’est donc pas d’imposer une manière unique de porter ses cheveux, mais d’offrir aux femmes les moyens de les entretenir et de les apprécier. Au-delà du cheveu, c’est une question d’estime de soi. Pour Mimi Koné, les cheveux sont intimement liés au bien-être.
Elle évoque ce moment que connaissent beaucoup de femmes après une séance de coiffure réussie. « Quand on se fait coiffer et qu’on se sent belle, il y a quelque chose qui change. Même si on avait passé une mauvaise journée, cette étincelle revient. Je pense que nous méritons toutes de ressentir cela », dit-elle pour illustrer. Selon elle, les soins capillaires ne relèvent donc pas uniquement de l’esthétique. Ils participent aussi à la confiance en soi. Mimi Koné pense que cela va changer chez les femmes la confiance en elles, le fait de se sentir belles et de se sentir prises en compte. C’est une conviction qui nourrit toute la philosophie de MORÉ.
« Le cuir chevelu a besoin de respirer »
Au-delà des produits, Mimi Koné souhaite également sensibiliser les femmes à l’entretien du cuir chevelu. Elle observe que beaucoup pensent protéger leurs cheveux simplement parce qu’ils sont tressés ou recouverts d’une perruque. Pourtant, explique-t-elle, les cheveux continuent d’avoir besoin d’être lavés, hydratés et entretenus régulièrement.
« Les femmes qui passent trois ou quatre semaines sans laver leurs cheveux parce qu’elles portent des tresses, ce n’est pas conseillé. Le cuir chevelu a besoin de respirer. Il faut aussi prendre soin de ses cheveux lorsqu’ils sont protégés. » Cette dimension éducative fera partie intégrante de son projet. Même si MORÉ est née à l’international, son histoire reste profondément liée au Burkina Faso. Mimi Koné n’envisage pas son développement sans son pays d’origine. Lorsque les produits seront officiellement lancés, elle souhaite ouvrir une boutique à Ouagadougou. Elle imagine également un concept encore inédit dans la capitale : un véritable spa dédié aux cheveux. Un lieu où les femmes pourraient recevoir des soins, bénéficier de conseils et apprendre à mieux connaître leur cuir chevelu. Son ambition est aussi de rendre les produits accessibles en termes de prix. « J’ai envie que les femmes de Ouagadougou puissent acheter MORÉ. Beaucoup de produits de qualité sont excellents, mais restent hors de prix. Je veux proposer des soins performants à des prix abordables », assure-t-elle.
De plus, les cheveux ne constituent finalement que la première étape. À terme, Mimi Koné rêve de bâtir un véritable écosystème dédié aux femmes noires. Elle imagine déjà une gamme pour le visage, une autre pour le corps, toujours avec la même exigence de qualité. « Je veux devenir la marque numéro un mondiale spécialisée pour la femme noire. Je ne veux pas m’arrêter aux cheveux. Je veux créer MORÉ Skin, MORÉ Body et développer tout un univers dont les femmes noires seront fières », rêve-t-elle.
Mimi Koné estime que les femmes noires méritent des produits conçus pour elles, par quelqu’un qui comprend leurs réalités. Elle veut donc contribuer à transformer le regard porté sur les cheveux africains, encourager les femmes à s’assumer pleinement et montrer qu’une entrepreneure burkinabè peut porter une vision mondiale sans renier ses racines.
Farida Thiombiano
Lefaso.net