L’Afrique et la révolution numérique : « Il faut faire en sorte que le discours sur l’IA ne soit pas encore un simple phénomène de mode » (Dr Cyriaque Paré au SIPEN-UEMOA 2026)
Au terme du Salon international des professionnels de l’économie numérique de l’UEMOA (SIPEN-UEMOA) 2026, les 14 et 15 juillet 2026 à Ouagadougou, auquel il a pris part activement en tant que partenaire média et exposant, Lefaso.net dresse un bilan de sa participation à travers son fondateur, Dr Cyriaque Paré. Dans cet entretien, le promoteur de l’Institut supérieur de la communication et du multimédia (ISCOM) fait également une analyse sans complaisance de l’enjeu de la révolution numérique pour l’Afrique, particulièrement l’Intelligence artificielle (IA).
Lefaso.net a été un partenaire média au quatrième SIPEN-UEMOA. D’abord, qu’est-ce qui justifie le choix d’accompagner cet événement ?
Dr Cyriaque Paré : Lefaso.net a, comme vous le savez, le slogan, le « Burkina sur Internet ». Donc, nous sommes naturellement intéressés à tout ce qui se fait autour du numérique, avec le numérique. Nous étions donc naturellement un partenaire de cette activité-là. Je signale en passant que nous avons été associés à la première édition, qui a eu lieu au Sénégal.
Nous avions été approchés à l’époque par les organisateurs, pour relayer l’information et communiquer donc autour de l’activité. Et cette quatrième édition se passant au Burkina, naturellement, les organisateurs nous ont contactés parce que nous sommes impliqués. Nous sommes membres de la FED numérique qui a organisé l’activité, nous avons été contactés pour participer à son organisation, pour les accompagner en matière de communication. J’insiste, en tant que média impliqué dans la promotion du numérique, c’était pour nous tout naturel de participer à ce salon.
Partenaire média d’un tel événement d’envergure, à quoi ont consisté les missions ?
Les missions sont de donner de la visibilité à l’activité, permettre au maximum d’internautes, au public de suivre ce qui se passe. C’est dans ce sens que nous avons travaillé à rendre visible l’activité, à travers notamment une couverture médiatique presque intégrale ; parce qu’il y a eu beaucoup de productions de contenus sur nos plateformes concernant ce salon. Et il y a eu surtout la retransmission en direct de ce qui s’est passé au cours des deux journées.
Je pense qu’en termes de communication, en tant que partenaire médiatique, c’était ce qui était attendu de nous : rendre visible ce qui s’est passé, non seulement au plan du programme officiel, mais aussi des autres acteurs. Il y a des structures impliquées, des sociétés qui nous ont contactés personnellement pour donner de la visibilité à leur participation et aux activités qu’elles ont organisées à l’occasion de ce salon.
Au regard de l’importance de l’événement et de ce qui a été fait, on imagine qu’un tel travail implique une grande mobilisation, surtout en termes de logistique et de ressources humaines !
Oui, absolument ! C’est l’occasion pour moi de féliciter l’équipe qui s’est mobilisée pour cela. Sur le site, il y avait une dizaine de collaborateurs, pour permettre la retransmission en direct, sur nos plateformes, de ce qui s’est passé. Ce sont des gens qui sont restés engagés pendant les 48 heures, et j’en profite pour les féliciter pour l’excellent travail qu’ils ont fait. Nous avons déplacé notre petit studio mobile ici pour permettre de capter l’événement et de retransmettre dans des conditions professionnelles satisfaisantes. Pour avoir de bonnes images, avoir du bon son, cela demande du matériel, surtout des hommes qui sont engagés pour le réussir.
C’est dire qu’en plus de la ressource humaine, Lefaso.net est aujourd’hui doté d’outils numériques qu’il faut ?
Exactement, nous avons l’équipement nécessaire pour faire de la retransmission en direct sur site. Nous l’avons déjà fait, par exemple, l’an passé, lors de la première édition de Le Faso Digital, la foire virtuelle de solutions digitales. Nous avons assuré cette couverture grâce à ce matériel de retransmission dont nous disposons, et qui est complémentaire au studio Web que nous avons au sein de notre rédaction, qui permet d’organiser une couverture vidéo professionnelle.
En termes de contenu même de ce IVᵉ SIPEN-UEMOA, et à titre personnel, en tant que professionnel du numérique, en êtes-vous satisfait ?
Oui, je suis satisfait, parce que ça a été l’occasion pour nous de donner à voir les réalisations de différents acteurs du numérique, en matière de transformation digitale aujourd’hui dans notre espace UEMOA. Nous avons couvert les panels, les différentes cérémonies officielles, les débats qui se sont tenus au cours de ces 48 heures. Nous avons aussi, comme je l’ai dit, été à la rencontre d’acteurs individuels qui avaient des activités spécifiques et qui nous y ont associés. Donc, je suis très satisfait.
Peut-être que le seul bémol, c’est le marketing de tout ce qui a été fait. Je trouve qu’il y a eu du bon travail, mais qui n’a pas suffisamment été relayé en termes de visibilité. Donc, il faut être réaliste et reconnaître aussi là où il y a de l’amélioration à apporter. Je pense qu’il y a, de ce côté-là, une marge de progression en termes de marketing des activités qui ont été réalisées.
Une recommandation donc aux organisateurs ?
Aux organisateurs et à nous-mêmes. C’est vrai qu’en l’espace de 24 heures, ce n’est pas toujours évident de mobiliser le public à un niveau très élevé, mais il faut y penser pour les prochaines fois, pour que ce puisse être vraiment optimal comme réussite.
Au regard également de ce qui a été abordé comme thématiques durant le salon, peut-on dire que c’est un événement qui justifie sa vocation ?
Oui, absolument. Le débat sur l’appropriation des nouvelles technologies, que ce soient les intelligences artificielles, les solutions de FinTech, ce sont des débats indispensables aujourd’hui. Ce sont des débats qui ont été menés par des professionnels, en association avec des politiques qui étaient invités, etc. Maintenant, c’est la mise en œuvre. J’ai eu la chance d’être à un poste d’observation intéressant au milieu des années 90, quand on déployait internet à grande échelle.
Ce qu’on disait à l’époque, c’était que l’Afrique a raté la révolution industrielle, il ne faut pas qu’elle rate la révolution de l’information. Malheureusement, quand on fait le bilan, les fruits ne sont pas à la hauteur des promesses. Toutes les promesses qui avaient été faites, tous les développements qui avaient été faits, tous les projets qui avaient été initiés, n’ont pas donné les résultats auxquels on devrait s’attendre. C’est-à-dire qu’il y a eu plus de discours que d’actions. Il y a eu plus d’effets de mode que d’applications concrètes. Donc, sur ce plan-là, il faut faire en sorte que le discours sur l’IA, par exemple, ne soit pas encore un simple phénomène de mode. Dire qu’il faut appliquer l’IA et puis s’en arrêter au discours.
Effectivement, si on ne veut pas rater cette autre révolution, il faut prendre les mesures qu’il faut. Je pense que pour cela, il faut une prise de conscience de nos acteurs de politiques publiques ; qu’ils comprennent que réellement nous avons une opportunité de développer nos pays grâce à ces technologies et il faut réellement les appliquer et ne pas tenir des discours à la mode qui donnent l’impression qu’on a compris ce qu’il faut faire et après on ne fait rien.
Il faut aussi sensibiliser les citoyens, c’est indispensable ; ce sont eux les premiers acteurs aussi, il faut les sensibiliser pour qu’ils comprennent la vraie portée de ces technologies. Quand on regarde un peu, que ce soit sur le Web, les réseaux sociaux ou les IA, très vite, ce sont les dérives qui sont remarquables, ce sont les usages regrettables. Vous prenez aujourd’hui le web, les créateurs de contenus les plus populaires sont dans le divertissement. Je trouve que c’est un peu dommage que de telles opportunités se réduisent à ces usages-là.
C’est vrai, il faut se divertir, mais ailleurs les gens utilisent ça pour l’éducation, pour des inventions, mais chez nous, ceux qui sont les plus populaires dans ces espaces, c’est du divertissement. Cela est un problème, il faut regarder, faire en sorte que ces technologies participent réellement au développement de nos pays, en apportant les solutions qu’il faut ; parce qu’on a compris, non seulement au sommet, mais aussi à la base, que ce sont des opportunités de création de richesses. Ce n’est pas simplement pour s’amuser. On a l’occasion de rattraper des retards dans certains domaines grâce à ces technologies et il faut qu’on en profite réellement.
Nous allons terminer en faisant un parallèle avec un autre événement, Le Faso Digital, dont vous êtes le promoteur. Après le succès de la première, et à quelques semaines de la deuxième édition, quel est l’état des lieux en termes de préparatifs ?
Le Faso Digital, c’est une suite logique, j’allais dire, du salon qui a lieu et qui justifie aussi la présence de lefaso.net à cette activité-là. C’est toujours la logique de participer aux débats, à la sensibilisation, à la vulgarisation du numérique. Nous sommes à moins de 100 jours de la tenue de la deuxième édition, et ce salon a été également l’occasion pour nous de rencontrer des acteurs, de leur proposer de s’impliquer dans cette foire virtuelle qui arrive bientôt.
Nous sommes impliqués dans son organisation, nous avons commencé la production de contenus, la communication. Je crois que vous avez vu passer, non seulement les affiches, mais aussi une série d’articles qui portent sur les acteurs du Burkina Digital, qui permettent déjà de voir les acteurs impliqués dans la digitalisation, dans l’inclusion et autres. C’est une manière pour nous, petit à petit, d’assurer la visibilité, la communication autour de cette activité, qui, comme je l’ai dit, est une suite logique de ce que nous avons vécu au cours de ces 48 heures.
Un message vous reste-t-il pour clore ?
C’est dire merci, et encore féliciter les travailleurs de Lefaso.net qui ont été très impliqués dans la couverture de ce salon, qui a été l’occasion, une fois de plus, de montrer le savoir-faire de cette rédaction dédiée au numérique, en matière de communication, en matière de mise en lumière des initiatives de développement et de vulgarisation du numérique.
Entretien réalisé et retranscrit par O. L.
Réalisation et montage vidéo : Jacques Sawadogo et Armel Pouya

