Football : « L’agent est l’architecte de la carrière du joueur », Séverin Pitié Kaboré, agent de footballeur
Titulaire depuis juin 2026 de la licence d’agent FIFA, Séverin Pitié Kaboré fait partie de la nouvelle génération d’agents burkinabè appelés à accompagner les footballeurs dans leur carrière. Entrepreneur et passionné de football, il revient, dans cette interview accordée à Lefaso.net, sur son parcours, le rôle d’un agent, les exigences de la licence FIFA, les défis du métier au Burkina Faso et ses ambitions pour la promotion des talents burkinabè.
Lefaso.net : Pouvez-vous nous parler du métier d’agent et comment il s’exerce ?
Sévérin Pitié Kaboré : un agent de joueurs est chargé d’accompagner le footballeur dans toutes les dimensions de sa carrière. Il recherche les meilleures opportunités, négocie les contrats avec les clubs, gère les aspects administratifs et peut également intervenir dans les partenariats commerciaux avec les marques. J’aime dire que l’agent est l’architecte de la carrière du joueur. C’est lui qui dessine son plan de carrière, anticipe les différentes étapes de son évolution et veille à ce que chaque décision serve son développement sportif et professionnel.
Vous venez d’obtenir votre licence d’agent FIFA. Que représente cette étape dans votre parcours professionnel ?
Je suis avant tout entrepreneur et passionné de football. Aujourd’hui, la FIFA exige que toute personne souhaitant exercer comme agent dispose de cette licence officielle. Son obtention représente donc une étape majeure de mon parcours. Je me suis investi pleinement dans cette formation afin de répondre aux nouvelles exigences de la FIFA et, grâce à Dieu, j’ai réussi cet examen.
Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste la licence FIFA et quelles ont été les principales exigences pour l’obtenir ?
La licence FIFA a été instaurée pour mieux réglementer et assainir le métier d’agent. Son obtention demande beaucoup de préparation. Il faut suivre plusieurs modules de formation avant de passer un examen mondial organisé simultanément dans plusieurs pays.
L’épreuve dure une heure et il faut obtenir au moins 15/20 pour être admis. Le niveau est particulièrement élevé puisque le taux de réussite mondial dépasse rarement 20 %. C’est un examen exigeant qui demande un investissement personnel important.
Racontez-nous en quoi consiste le quotidien d’un agent de joueurs.
Le quotidien d’un agent ressemble beaucoup à celui d’un entrepreneur. Il faut être organisé, visionnaire et constamment à la recherche d’opportunités. L’agent suit ses joueurs, échange régulièrement avec eux, assiste parfois à leurs entraînements ou à leurs matchs, entretient son réseau de contacts et travaille sur les meilleures perspectives de carrière pour chacun d’eux. Il accompagne également les joueurs dans les aspects extrasportifs, ce qui nécessite beaucoup de disponibilité.
Beaucoup de jeunes Burkinabè rêvent d’une carrière dans le football professionnel. Quel rôle un agent FIFA peut-il jouer dans la réussite de leur projet ?
Un agent, c’est quelqu’un qui connaît tout le monde, mais personne ne le connaît. Mais le joueur, tout le monde le connaît, mais il ne connaît personne. L’agent ouvre des portes, conseille, oriente et aide le joueur à prendre les bonnes décisions. En Afrique, nous avons énormément de talents, mais beaucoup n’arrivent jamais à franchir le cap du professionnalisme faute d’accompagnement. Le rôle de l’agent est justement d’aider ces jeunes à saisir les meilleures opportunités.
On vous connaît en tant qu’agent de l’international burkinabè Josué Tiendrébéogo. Pouvez-vous nous raconter quel rôle vous avez joué dans le parcours du joueur qui évolue aujourd’hui en FK IMT en Serbie ?
Josué Tiendrébéogo est comme un petit frère pour moi. Je le suis depuis plusieurs années et une relation de confiance s’est progressivement construite entre nous. Après ses performances au Fasofoot, où il s’est illustré comme meilleur joueur et meilleur buteur, nous avons travaillé sur son transfert vers Annecy. Plus récemment, il a rejoint le FK IMT en Serbie, où il poursuit sa progression. Mon rôle est de l’accompagner tout au long de son parcours afin qu’il continue à évoluer dans les meilleures conditions.
L’absence de Josué Tiendrébéogo de la liste pour la dernière CAN a suscité de nombreuses réactions. Comment avez-vous vécu cette décision et quels conseils lui avez-vous donnés ?
C’est une décision qui nous a profondément marqués. Nous avions travaillé pendant longtemps pour qu’il puisse participer à cette CAN.
Au regard de ses statistiques, il était difficile de comprendre son absence. Lors des éliminatoires, il avait rejoint le groupe en cours de route, mais il figurait parmi les meilleurs buteurs. À chacune de ses convocations, il s’est montré décisif.
Cette décision a donc été difficile à accepter. Mais en tant qu’agent, même lorsque l’on est soi-même affecté, on ne doit jamais transmettre ce découragement au joueur.
Je lui ai simplement dit de rester fort. La liste était publiée et personne ne pouvait revenir dessus. Ce n’était pas une raison pour abandonner ou baisser les bras. Je lui ai conseillé de continuer à travailler avec sérieux, de rester concentré sur ses objectifs et de faire preuve de résilience.
Le football est ainsi fait. Les déceptions existent, mais avec le travail et la persévérance, les opportunités finissent toujours par revenir.
Le football africain attire de plus en plus de recruteurs étrangers. Comment comptez-vous contribuer à la promotion des talents burkinabè sur la scène internationale ?
C’est une très bonne question parce que c’est un marché qui est très saturé, où il y a de la compétition, donc ce n’est pas seulement au Burkina qu’il y a des agents licenciés FIFA.
En tant qu’Africain, je pense que nous connaissons bien le football africain pour les accompagner. Je trouve qu’un agent africain qui a un bon carnet d’adresses en Europe, qui est africain, peut mieux accompagner le joueur dans sa progression.
Nous mettrons nos compétences pour accompagner au profit des jeunes afin de les aider à grandir. Il y a beaucoup d’agents africains, que je connais très bien, qui sont en train de monter, d’autres même sont déjà très bien installés et qui ont de très grands joueurs.
En plus de l’aspect sportif, il y en a certains que nous conseillons sur certains investissements qu’ils peuvent faire au pays et qui pourront leur profiter au soir de leur carrière.
Selon vous, quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels sont confrontés les agents de joueurs au Burkina Faso ?
Au Burkina, je peux dire que les défis sont énormes parce que déjà c’est un métier sur lequel il y a beaucoup d’amalgame dessus.
C’est un métier où les gens n’arrivent pas à faire la différence jusqu’à maintenant. Avant, tout le monde pouvait être agent. Mais maintenant c’est devenu compliqué avec l’examen de la FIFA. C’est vrai qu’il y a des gens sans la licence de la FIFA qui avaient eu à faire de très bons deals et à placer des joueurs en Europe et c’est quelque chose qu’il faut féliciter.
Je pense que le défi actuellement, c’est d’essayer de travailler en symbiose avec des professionnels parce que ce n’est pas un travail qu’on peut faire seul. C’est un travail où on a besoin de tout le monde, besoin de contacts, besoin de relations.
Et aussi, c’est demander aux autorités de vraiment prendre ce métier très au sérieux. D’essayer d’avoir un œil là-dessus aussi. Parce qu’aujourd’hui, si nous parlons des grands joueurs comme Didier Drogba, Samuel Eto’o et plein d’autres, ce sont des gens qui, dès le début, ont eu de très bonnes personnes, de très grands agents à côté d’eux, qui les ont accompagnés. Donc, c’est cela qui fait qu’aujourd’hui, tout le monde parle d’eux.
Envisagez-vous de représenter principalement des joueurs burkinabè ou d’élargir votre portefeuille à d’autres nationalités ?
Un agent FIFA ne doit pas se limiter à une seule nationalité. Si un jeune Malien, Ghanéen ou Ivoirien présente un bon potentiel, nous pouvons parfaitement l’accompagner. À travers notre structure, Révélations Football Agency, nous suivons déjà des joueurs au Burkina Faso, au Mali, au Ghana et en Côte d’Ivoire.
Y a-t-il des championnats ou des marchés que vous ciblez en priorité ?
Tout dépend du profil du joueur. Pour un jeune de 17 ou 18 ans, l’objectif est généralement de construire progressivement un parcours vers l’Europe. Il n’est pas toujours nécessaire d’intégrer immédiatement un grand club. Certaines équipes constituent d’excellentes étapes de développement.
Pour les joueurs plus expérimentés, les projets sont différents. Chaque carrière est unique et l’agent doit adapter sa stratégie au profil du joueur.
J’ai aussi l’habitude de dire que l’agent, c’est un peu l’architecte du joueur car il accompagne progressivement le joueur durant sa carrière.
Le métier d’agent est parfois critiqué. Comment comptez-vous exercer avec transparence et éthique ?
Comme je l’ai dit plutôt, avant d’exercer ce métier, je suis entrepreneur. Donc déjà en tant qu’entrepreneur, la parole donnée, elle est très importante. Ce qui va faire la différence, c’est la loyauté et la transparence, c’est très important. Il faut vraiment être droit et intègre. Quand on est vraiment intègre et transparent, on est quelqu’un de véridique, on pourra faire un long parcours dans ce métier.
Comment lutter contre les faux agents et les intermédiaires non agréés qui continuent d’approcher les jeunes joueurs ?
Le métier d’agent, c’est un métier dont on ne maîtrise pas vraiment les entrées et les sorties, ce qui rend la tâche très compliquée. Donc c’est aux joueurs de savoir faire la différence.
Et c’est aussi à nos fédérations de communiquer beaucoup et de sensibiliser aussi. Il y a des intermédiaires qui sont bien, qui font le boulot correctement. Arrivé à un certain moment, il faut essayer de se mettre en règle, parce que cela évite beaucoup d’amalgame. Donc pour moi, c’est aux joueurs de savoir bien se faire accompagner, de poser les questions.
Pour les jeunes joueurs, quand quelqu’un vient vers vous pour vous dire qu’il est agent de footballeur, il faut chercher à voir sa carte, demander à voir sa licence. Il faut faire la part entre un agent intermédiaire et un agent licencié. Il faut poser les questions et mener une enquête personnelle d’abord avant de s’engager ou avant de suivre quelqu’un. Il ne faut pas vraiment suivre quelqu’un parce qu’il vous vend du rêve en promettant de vous faire signer par exemple au FC Barcelone ou au Real Madrid.
Pouvez-vous nous éclairer sur les deux notions ? Quelle est la différence entre un agent intermédiaire et un agent licencié ?
Un agent licencié FIFA, c’est celui qui a passé l’examen d’agent FIFA. L’examen d’agent FIFA se passe une fois dans l’année, organisé par la FIFA et qui est récompensé à la fin, si tu es admis, par une licence. C’est cette licence qui te couvre sur toutes les transactions que tu vas faire dans ce métier. Et la licence aussi, il y a une conduite à tenir. Ta licence peut être retirée si tu ne respectes pas cette conduite.
Avant la réforme, les fédérations nationales délivraient des licences d’agents intermédiaires. Ce système n’existe plus. Désormais, l’examen est unique et organisé exclusivement par la FIFA. Les fédérations n’organisent plus leurs propres examens.
Quels sont vos objectifs à court et moyen termes en tant qu’agent FIFA ?
Sur le plan professionnel, c’est de travailler à être vraiment quelqu’un d’incontournable dans ce milieu. Déjà au Burkina Faso, je veux marquer ma présence. Sur le plan international, ça aussi c’est quelque chose que je suis en train de vraiment préparer. Dieu faisant grâce, on avait déjà eu à placer quelques joueurs en Europe. Donc ça fait que nous sommes en train de travailler pour continuer dans cette lancée et offrir d’autres opportunités à nos jeunes joueurs.
Les objectifs, c’est déjà de faire les preuves au Burkina Faso ici, puis l’international viendra naturellement.
Interview réalisée par Jean Elysée Nikiéma
Lefaso.net