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Le mirage du recyclage plastique : Pour une Responsabilité Élargie des Producteurs (REP) territoriale et équitable

TRIBUNE / ENVIRONNEMENT

Publié le mercredi 8 juillet 2026 à 22h08min

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Le mirage du recyclage plastique : Pour une Responsabilité Élargie des Producteurs (REP) territoriale et équitable

Par Emmanuella Graciélla Kayama Économiste agricole et environnementale, spécialiste de l’économie verte

Sur chaque bouteille de boisson plastique circulant dans nos centres urbains, une mention interpelle désormais le consommateur : « Recyclez-moi ». À première vue, dans un contexte mondial marqué par l’urgence de la crise de la pollution plastique, on ne peut que saluer l’affichage de cet engagement par les géants de l’agroalimentaire. Pourtant, derrière ce message marketing globalisé se cache une équation industrielle et géographique profondément asymétrique, qui interroge directement la gouvernance de nos états.

Pour comprendre les limites de cette injonction citoyenne, il faut s’intéresser à la matière. Les bouteilles des grandes firmes multinationales sont majoritairement conçues en Polyéthylène Téréphtalate (PET), un matériau qui représente environ 32% de leurs emballages à l’échelle mondiale, aux côtés des canettes (60%) et du verre (8%). Sur le plan strictement technique, le PET possède des atouts écologiques majeurs : il est recyclable à 100% (du bouchon à l’étiquette), s’adapte à un recyclage mécanique à faible coût énergétique permettant de le transformer en billes réutilisables jusqu’à 4 fois, et s’avère compatible avec un recyclage chimique capable d’assurer une réutilisation théoriquement infinie.

Un modèle virtuel... mais géographiquement sélectif

En Europe et dans les pays du Nord, ce modèle de circularité démontre une certaine efficacité opérationnelle. À titre d’exemple, grâce à un investissement de 8,7 millions d’euros, des consortiums majeurs comme Coca-Cola European Partners et Plastipak ont structuré dès 2013 la co-entreprise Infinéo, capable de valoriser près de 48 000 tonnes de PET recyclé par an. Ce déploiement industriel permet aujourd’hui à ces marques d’intégrer plus de 50% de plastique recyclé dans leurs contenants locaux, avec l’ambition affichée d’atteindre les 100%.

Mais qu’en est-il du reste du monde, et plus particulièrement de nos contextes subsahariens ? C’est précisément ici que le bât blesse et que le discours écologique standardisé se heurte à la réalité du terrain. Pour que l’inscription « Recyclez-moi » produise des effets concrets, il ne suffit pas qu’un matériau soit techniquement ou théoriquement recyclable. Il faut impérativement que le territoire sur lequel il est consommé dispose des infrastructures industrielles, logistiques et financières nécessaires pour le collecter, le trier et le traiter.

Le recyclage à grande échelle n’est pas une simple affaire de civisme individuel. C’est une filière lourde qui exige des unités industrielles de haute technologie, un personnel qualifié des équipements de pointe et des capitaux financiers massifs.

De la responsabilité du consommateur à celle du producteur

En l’absence de ces unités de transformation locales, le message de sensibilisation glisse subtilement vers un transfert de culpabilité : la responsabilité de la pollution est implicitement rejetée sur le consommateur final ou sur les collectivités locales, structurellement sous-équipées pour gérer ces flux massifs de déchets urbains.
L’analyse économique et environnementale montre que le véritable engagement des multinationales ne doit plus se limiter aux zones géographiques dotées de réglementations strictes ou de marchés subventionnés.

Pour être en parfaite cohérence avec leurs stratégies globales « zéro déchet », ces firmes doivent investir massivement et proportionnellement là où elles génèrent des profits. Cela implique le co-financement d’unités industrielles locales de recyclage et la structuration inclusive des filières de gestion des déchets dans l’ensemble des pays de consommation.

Le recyclage ne peut plus reposer sur la seule bonne volonté des citoyens. Il exige l’application rigoureuse d’une Responsabilité Élargie des Producteurs (REP) territorialisée, contraignante et équitable. Les États africains et les municipalités doivent durcir les cadres réglementaires pour imposer une internalisation des coûts environnementaux par les metteurs en marché. C’est à ce prix, et seulement à ce prix, que l’économie circulaire cessera d’être un slogan marketing importé pour devenir un levier de développement local, créateur d’emplois décents et protecteur de notre environnement et de la santé publique.

Dans un Burkina Faso en quête de patriotisme et d’industrialisation pour un auto développement durable, cette industrialisation doit impérativement prendre en compte l’essor réservé aux déchets issus de la consommation des produits industriels nationaux.

Wend-Kuuni Emmanuella Graciélla Kayama

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