Football : La 23ᵉ Coupe du monde de football sous l’emprise de Donald Trump
Les États-Unis ont enfin leur coupe du monde de football, même s’ils doivent la partager avec deux de leurs voisins, que leur président ne porte pas dans son cœur : le Mexique et le Canada. Avec le Mexique, Donald Trump a construit un mur de séparation, et il veut faire du Canada le 51ᵉ État fédéré de son pays. La compétition s’est ouverte à Mexico le 11 juin 2026, mais elle restera historique pour des raisons sportives et plusieurs raisons liées à la politique migratoire des États-Unis. Quelques faits en dehors des stades qui font de ce mondial 2026 un tournoi où la politique vient gâcher la fête.
C’est historique et la presse mondiale ne le signale pas assez : les États-Unis et l’Iran sont en guerre et participent tous les deux à ce mondial. Un cessez-le-feu a été signé par les deux belligérants, mais il est violé par les deux parties. L’esprit olympique aurait voulu que durant le mondial, la guerre cesse totalement et que les esprits se préparent à la paix. Gianni Infantino, le président de la FIFA, est prompt à décerner un prix de la Paix à Donald Trump, mais ignore cette guerre qui tue et plombe l’économie mondiale. Le plus grave est que les États-Unis continuent la guerre avec l’Iran dans le mondial en refusant de l’accueillir sur son sol avec un camp de base durant les matchs que l’équipe d’Iran doit jouer à Los Angeles (contre la Nouvelle-Zélande et la Belgique) et un à Seattle (face à l’Égypte). Les Iraniens, face à ce refus, ont dû aller au Mexique, à Tijuana, et les joueurs sont contraints d’entrer et de quitter le territoire américain le jour même de leurs matchs.
Cette mesure américaine est contreproductive pour les performances sportives des footballeurs iraniens. La FIFA devrait pour le moins faire jouer ces matchs au Mexique ou au Canada pour que les équipes soient dans les mêmes conditions et donner une pénalité aux États-Unis pour refus d’accueillir les joueurs iraniens. Pire, les États-Unis ont, dans un acte incroyable, selon la fédération iranienne, annulé l’attribution des billets destinés aux matchs de la phase de groupe à l’Iran. Le règlement de la Coupe du monde permet à chaque fédération participante d’avoir 8 % des places de la capacité totale du stade. Pourquoi les États-Unis décident-ils de poursuivre la guerre en profitant de la coupe du monde qui se joue chez eux et la FIFA laisse faire ? Non contents de refuser les visas aux supporters venus d’Iran, d’Haïti, du Sénégal, de Côte d’Ivoire, etc., cette mesure vise à empêcher que les Iraniens aux États-Unis supportent leur équipe.
Un rêve d’enfant brisé
C’est la première fois qu’un pays est aussi inhospitalier, voire agressif, envers les pays qualifiés alors qu’il s’est engagé à accueillir une coupe du monde.
Dans la même veine de marcher sur la FIFA et ses règles, le traitement qu’a subi l’arbitre somalien est un sommet de l’art des violations des droits. Omar Abdulkarim Artan, arbitre somalien parmi les meilleurs sifflets du continent africain, a été refoulé des États-Unis alors qu’il avait été choisi par la FIFA pour arbitrer des matchs de ce mondial. Mais il n’a pas pu entrer dans le territoire américain. Dès l’aéroport, il a été retenu par les services de l’immigration et soumis à un interrogatoire pendant près d’une demi-journée (11 heures de temps) alors qu’il avait tous les documents de la FIFA, son employeur, des photos illustrant sa carrière de 10 ans d’arbitre talentueux couronnée par le prix du meilleur arbitre africain de 2025. Tous ses papiers étaient en règle et il avait le visa nécessaire. Mais non, cela ne suffisait pas et son rêve a été brisé.
« Je suis extrêmement déçu. Je ne suis qu’un simple arbitre qui tente de réaliser son rêve, le plus grand rêve de ma vie : assister à la Coupe du Monde. J’avais tous les papiers en règle. J’avais le visa nécessaire », a déclaré Artan au New York Times. Comme dans tous les régimes qui prennent des décisions arbitraires, M. Artan n’a reçu aucune justification des autorités américaines. Mais le plus grave, c’est que la FIFA s’est inclinée encore devant cet autre abus. Ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Cette politique migratoire porte atteinte aux droits de l’homme, a déclaré le haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU. Stepp Blatter est catégorique dans l’Équipe : « Si un pays refuse l’entrée à un arbitre, c’est un problème grave, et on ne devrait pas disputer la coupe du monde dans un tel pays. » Pour lui, cette situation « incroyable », « insensée » est la faute de la FIFA. Parlant de Gianni Infantino, il ajoute : « Le président actuel devrait montrer qu’il est plus fort que son grand ami à la Maison blanche, non ? Quand on commence à se faire dominer par la politique, c’est mauvais. »
Les États-Unis sont sûrement un pays puissant, mais personne ne leur envie leur manière d’accueillir les étrangers chez eux. Les joueurs et le staff de l’équipe du Sénégal, pays de la Téranga qui veut dire hospitalité, ont été contrôlés sur le tarmac de l’aéroport. Ceux de l’Ouzbékistan dans la rue avec des chiens renifleurs et des détecteurs de métaux.
La Coupe du monde va se jouer aux États-Unis, mais en dehors de la pelouse où les athlètes vont se confronter dans le fair-play et la fraternité, il semble que les dirigeants continueront dans leur politique de division du monde, de refus de la fraternité et de la paix. Le monde a tant de belles choses à vous apprendre et la Coupe du monde sera une occasion manquée avec votre manière de l’accueillir.
Sana Guy
Lefaso.net

