Sanctions américaines contre Cuba : « Elles s’inscrivent dans une campagne systématique d’agression et de diabolisation contre notre pays », (Enith Pérez Retureta, ambassadrice)
Le 20 mai dernier, l’ancien président cubain Raúl Castro, figure historique de la Révolution cubaine, a été accusé par les États-Unis de « complot en vue d’assassiner des Américains ». Cette accusation intervient dans un contexte de durcissement des sanctions américaines contre Cuba, annoncé deux jours plus tôt par Washington.
Dans une interview exclusive accordée à Lefaso.net, l’ambassadrice de Cuba au Burkina Faso, Enith Pérez Retureta, revient sur ces accusations visant Raúl Castro, les nouvelles mesures de rétorsion américaines ainsi que les conséquences du blocus économique sur le quotidien des Cubains. Dénonçant une « campagne politique » contre La Havane, la diplomate plaide pour le respect de la souveraineté des peuples, tout en saluant les relations historiques entre Cuba et le Burkina Faso. Elle met également en avant la résilience du peuple cubain et appelle à une solidarité internationale renforcée.
Lefaso.net : Que peut-on savoir davantage de vous en tant que diplomate en poste au Burkina Faso ?
Enith Pérez Retureta : Je suis l’ambassadrice de Cuba au Burkina Faso, un pays frère avec lequel nous entretenons des liens historiques d’amitié, de solidarité et de coopération. J’ai présenté mes lettres de créance au président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, en juin 2025. C’est pour moi un grand honneur de représenter le peuple cubain sur cette terre africaine de dignité et de résistance.
Je suis diplomate depuis plusieurs années et j’ai eu le privilège de travailler dans différents espaces de coopération internationale. Mais au-delà de mes fonctions, je suis avant tout une femme cubaine profondément attachée aux valeurs de justice sociale, de souveraineté, de dignité et de solidarité qui caractérisent notre Révolution.
La justice américaine a inculpé le 20 mai dernier votre ancien président, Raul Castro, leader historique de la Révolution cubaine. Elle l’accuse de « complot en vue d’assassiner des Américains ». Quelle est la réaction officielle de Cuba face aux accusations formulées par le ministère américain de la Justice contre le général d’armée Raúl Castro ?
Le gouvernement révolutionnaire de Cuba a rejeté avec la plus grande fermeté ces accusations scandaleuses, mensongères et politiquement motivées contre le général d’armée Raúl Castro, leader historique de notre révolution.
Ces accusations ne reposent sur aucune preuve réelle. Elles font partie d’une campagne systématique d’agression et de diabolisation contre Cuba, encouragée par des secteurs extrémistes aux États-Unis qui n’ont jamais accepté l’indépendance et la souveraineté du peuple cubain.
Raúl Castro est un homme qui a consacré sa vie à la défense de son pays, à la lutte contre le terrorisme et à la construction d’une société plus juste. Le peuple cubain ressent ces accusations comme une offense profonde à sa dignité et à son histoire.
La réaction officielle de Cuba a été un rejet catégorique de ces accusations, qualifiées de manœuvre politique sans aucun fondement juridique et visant à justifier de nouvelles agressions contre l’île. Les autorités cubaines ont dénoncé une campagne de manipulation et de discrédit dirigée contre le général d’armée Raúl Castro, l’un des leaders historiques de la Révolution cubaine et une figure profondément respectée par de larges secteurs du peuple cubain.
Parallèlement, la réponse du peuple cubain a été immédiate et massive. À La Havane ainsi que dans plusieurs provinces du pays, des rassemblements, des meetings et des manifestations de soutien ont été organisés, au cours desquels des milliers de Cubains ont exprimé leur indignation face à ce qu’ils considèrent comme des accusations mensongères et une nouvelle escalade de l’hostilité contre Cuba. Devant l’ambassade des États-Unis à La Havane, des foules importantes se sont réunies pour réaffirmer leur soutien à Raúl Castro, défendre la souveraineté nationale et le droit de Cuba à vivre en paix, sans ingérence ni menaces extérieures.
Lors de ces mobilisations, les participants ont dénoncé le caractère sélectif et politisé de ces accusations, rappelant le rôle historique joué par Raúl Castro dans la lutte révolutionnaire, la défense de l’indépendance nationale et la résistance du peuple cubain face à plus de six décennies de blocus et d’agressions. Pour de nombreux Cubains, cette tentative de criminaliser un symbole de la révolution n’a fait que renforcer le sentiment d’unité nationale et réaffirmer l’engagement du peuple à défendre sa souveraineté et son histoire.
Pourquoi les autorités cubaines considèrent-elles ces accusations comme « mensongères et injustes » ?
Parce qu’elles cherchent à fabriquer un ennemi et à justifier de nouvelles mesures de pression contre Cuba. Il est profondément injuste d’accuser un pays qui a été victime pendant des décennies d’actes terroristes, d’attentats, de sabotages et de politiques de déstabilisation.
Cuba n’a jamais promu le terrorisme. Au contraire, notre pays a toujours défendu le dialogue, le droit international et la coexistence pacifique entre les États.
Nous considérons également qu’il existe une intention politique claire : détourner l’attention des graves conséquences humanitaires du blocus économique et préparer l’opinion publique à une escalade contre notre pays.
L’accusation repose sur l’abattage de deux avions de l’organisation terroriste Hermanos al Rescate, survenu le 24 février 1996, après des violations répétées de l’espace aérien cubain. Entre 1994 et 1996, cette organisation terroriste a réalisé des dizaines d’incursions aériennes au-dessus du territoire cubain.
À 25 reprises, le gouvernement cubain s’est adressé, par voie diplomatique, au Département d’État et à l’administration fédérale de l’aviation des États-Unis, non seulement pour dénoncer ces faits, mais aussi pour exprimer sa profonde préoccupation face au danger qu’ils représentaient.
Notre gouvernement a également exigé des autorités américaines qu’elles retirent les licences de vol de cette organisation. À cette époque, le gouvernement des États-Unis alla même jusqu’à retirer la licence de vol au dirigeant de cette organisation terroriste. Malgré cela, celui-ci continua à voler, avec la connaissance et la tolérance du gouvernement et des autorités américaines.
Cuba a averti à plusieurs reprises qu’elle serait contrainte de prendre des mesures face à ces violations de son espace aérien. Le gouvernement cubain alla même jusqu’à transmettre, en janvier 1996, un message direct au président des États-Unis, dont la réception fut confirmée, afin d’avertir et d’alerter sur ce danger imminent.
Il est établi que le gouvernement des États-Unis, aussi bien le Département d’État que le Conseil de sécurité nationale et l’autorité de l’aviation civile, savaient que cette incursion allait avoir lieu. Ils en avaient connaissance dès la veille au soir. La Maison-Blanche était également informée et n’a pas agi.
Les faits de 1996 constituèrent une action légitime de défense de la souveraineté nationale et de la paix. Cuba a exercé, après des années de patience et de tolérance exemplaires, son droit de protéger son espace aérien et la paix du peuple cubain.
L’accusation portée contre le leader de la Révolution cubaine, le général d’armée Raúl Castro Ruz, est totalement dépourvue de sens de justice.
Il est devenu courant que les États-Unis s’attribuent le rôle de juger tout ce qui se passe dans le monde. Face à cette prétention, il convient de rappeler un principe élémentaire du droit international : « l’égalité souveraine des États ». Cela signifie que les deux pays sont égaux en tant qu’États et que les tribunaux de l’un n’ont aucune juridiction pour juger des faits survenus sur le territoire de l’autre État ou concernant ses ressortissants.
Ces dernières années, nous avons vu les États-Unis violer ouvertement ce principe et s’arroger une sorte de juridiction universelle grâce à laquelle ils prétendent avoir le droit de juger un ressortissant d’un autre État pour des faits survenus dans son propre pays, ce qui constitue une violation flagrante des principes fondamentaux de l’égalité souveraine, pilier des relations internationales.
Le gouvernement cubain est pleinement dans son droit lorsqu’il affirme avoir exercé, dans sa mission de défense du peuple cubain, un droit souverain, exclusif et absolu.
Il ne s’agit pas ici d’une question juridique ; nous sommes face à une action politique visant à justifier la politique agressive du gouvernement des États-unis contre le peuple cubain et à ouvrir la voie à une escalade pouvant conduire à une agression militaire contre notre patrie.
Depuis le 18 mai, Washington a adopté aussi de nouvelles sanctions contre votre pays. Comment le gouvernement cubain évalue-t-il aujourd’hui l’impact du blocus économique, commercial et financier américain sur la vie quotidienne des Cubains ?
Le blocus économique, commercial et financier imposé par les États-Unis contre Cuba constitue le principal obstacle au développement économique et social de notre pays ainsi que le plus grand défi pour la vie quotidienne du peuple cubain. Depuis plus de 65 ans, cette politique d’asphyxie économique tente de faire plier toute une nation par la faim et les privations, affectant tous les secteurs de la société cubaine : l’alimentation, le système électroénergétique, les transports, la santé publique, l’éducation, la production de médicaments ainsi que l’accès aux technologies, aux carburants et au financement international.
Cependant, ces dernières années, et particulièrement sous l’actuelle administration de Donald Trump, cette politique a été renforcée de manière extrême et sans précédent. Les décrets exécutifs et les mesures adoptés le 29 janvier puis au mois de mai de cette année aggravent davantage encore la persécution financière et commerciale contre Cuba. Ces dispositions durcissent les sanctions contre des entités cubaines, accentuent les pressions exercées sur les pays tiers et les entreprises qui entretiennent des relations légitimes avec Cuba, limitent encore davantage les opérations bancaires et financières internationales et cherchent à isoler complètement l’île des marchés et des sources de financement.
L’impact de ces mesures se fait directement sentir dans la vie quotidienne de chaque Cubain. Les difficultés d’importation de carburants, de denrées alimentaires, de matières premières et de médicaments provoquent de graves perturbations dans les services essentiels et engendrent des pénuries auxquelles la population fait face au prix d’énormes sacrifices. Cuba n’a pas un accès normal aux crédits internationaux ; de nombreux transferts bancaires sont bloqués ou retardés ; des navires et des entreprises sont menacés de sanctions s’ils commercent avec notre pays ; et des sociétés étrangères subissent des pressions constantes afin d’annuler des contrats ou des investissements.
À cela s’ajoute l’inscription arbitraire de Cuba sur la liste unilatérale des États prétendument soutiens du terrorisme, une décision totalement infondée qui a considérablement aggravé le siège financier international. Cette mesure intimide les banques, les investisseurs et les fournisseurs dans le monde entier, y compris dans le cadre d’opérations humanitaires ou strictement commerciales, créant un climat de peur et de surconformité qui multiplie les dommages économiques.
L’objectif de cette politique est clair : provoquer le mécontentement social, affaiblir la capacité de l’État cubain à répondre aux besoins de la population et tenter d’imposer, par la coercition économique, un changement politique à Cuba. Cela a d’ailleurs été reconnu dans des documents officiels historiques du gouvernement des États-Unis. Il ne s’agit pas de sanctions dirigées contre un gouvernement, mais d’une politique qui punit délibérément onze millions de Cubains.
Malgré cela, le peuple cubain a démontré une extraordinaire capacité de résistance, de dignité et de créativité face à cette agression prolongée. Cuba continue de défendre sa souveraineté, son indépendance et son droit à construire son propre projet de société sans ingérences extérieures. Elle remercie également profondément la solidarité de la communauté internationale, exprimée année après année à l’Assemblée générale des nations unies, où l’immense majorité des pays du monde exige la levée immédiate et inconditionnelle du blocus.
Vous évoquez également un blocus énergétique et sur les carburants. Concrètement, quelles conséquences cela entraîne-t-il pour la population et les services publics ?
Lorsque nous parlons d’un « blocus énergétique » contre Cuba, il ne s’agit pas d’un simple différend commercial ni de sanctions abstraites. Il s’agit d’une politique délibérée visant à empêcher un pays d’accéder au carburant nécessaire pour faire fonctionner son économie, ses hôpitaux, ses écoles, ses transports publics et ses services essentiels. Un siège énergétique de cette nature équivaut, par ses effets, à un blocus naval, ce qui constitue, au regard du droit international, un acte de guerre.
Les États-Unis poursuivent et sanctionnent les navires, compagnies maritimes, sociétés d’assurance, banques et entreprises de tout pays qui tentent de fournir du carburant à Cuba. De nombreux navires sont menacés de perdre l’accès au marché américain s’ils transportent du pétrole vers notre pays. En conséquence, Cuba fait face à d’énormes difficultés pour garantir un approvisionnement régulier en carburant, même lorsqu’elle dispose des ressources nécessaires pour l’acheter. Il ne s’agit ni d’incapacité ni d’un manque de volonté, mais bien d’un système de coercition conçu pour asphyxier économiquement toute une nation.
Les conséquences pour la population sont très concrètes et profondément injustes. Le manque de carburant affecte la production d’électricité et provoque de longues coupures de courant qui impactent directement la vie de millions de personnes. Les hôpitaux et les polycliniques subissent d’énormes tensions pour maintenir les services essentiels ; les transports publics réduisent leurs fréquences, rendant les déplacements difficiles pour les travailleurs, les étudiants et les patients ; et des secteurs productifs clés comme l’agriculture et la distribution alimentaire sont gravement touchés.
Un exemple particulièrement douloureux est l’impact sur le système de santé. Les difficultés d’importation de carburant et de pièces de rechange affectent le fonctionnement des ambulances, des équipements médicaux, des chaînes de réfrigération des médicaments et des services hospitaliers. De plus, la persécution financière empêche souvent l’acquisition, dans des délais normaux, de médicaments, de technologies médicales ou d’intrants de base. Cela entraîne des conséquences humaines réelles, en particulier pour les enfants, les personnes âgées et les patients souffrant de maladies chroniques.
Le gouvernement cubain a également dénoncé le fait que ce siège énergétique a contribué à la détérioration d’indicateurs sensibles tels que la mortalité infantile et la prise en charge des patients vulnérables, en raison des énormes difficultés matérielles artificiellement imposées par cette politique. Aucun pays au monde ne pourrait supporter sans graves conséquences un système de sanctions aussi agressif et prolongé.
C’est pourquoi Cuba considère que ces mesures constituent un châtiment collectif contre tout un peuple. Elles ne visent pas un gouvernement en particulier, mais onze millions de Cubains dont la vie quotidienne est directement affectée. L’objectif est de provoquer le désespoir, le mécontentement social et la souffrance humaine afin d’imposer un changement politique depuis l’extérieur.
Malgré cela, Cuba continue de défendre son droit souverain à vivre en paix et rejette catégoriquement toute tentative de justifier une agression ou une intervention sous des prétextes humanitaires créés précisément par ceux qui provoquent ces difficultés.
Malgré ces difficultés, quelles stratégies Cuba met-elle en œuvre pour maintenir ses services sociaux ?
Malgré ces difficultés, la priorité absolue de notre gouvernement reste l’être humain. Comme l’a souligné à plusieurs reprises le président Miguel Díaz-Canel, chacune des décisions adoptées face à la crise économique et énergétique est pensée en fonction de son impact sur la population, en particulier sur les secteurs les plus vulnérables. L’essence de notre système est précisément de chercher, jour après jour, des solutions centrées sur l’être humain et sur la justice sociale, même dans les conditions extrêmement difficiles imposées par le blocus.
Même sous un siège économique et énergétique sans précédent, Cuba continue de garantir un système de santé universel et gratuit, l’éducation gratuite à tous les niveaux ainsi que des programmes de protection sociale destinés aux familles les plus vulnérables, aux enfants, aux personnes âgées et aux patients souffrant de maladies chroniques.
Parallèlement, le pays met en œuvre différentes stratégies pour faire face à la situation énergétique. Cuba travaille au développement progressif des énergies renouvelables, notamment l’énergie solaire, afin de réduire sa dépendance aux combustibles fossiles et d’accroître la souveraineté énergétique nationale. Des investissements sont réalisés dans des parcs photovoltaïques, dans la modernisation du système électro-énergétique national et dans des programmes d’économie et d’efficacité énergétique. Malgré les limitations financières et technologiques provoquées par les sanctions, le pays poursuit ses efforts pour garantir la stabilité des services essentiels.
Grâce au talent, à la créativité et à l’engagement des scientifiques cubains, nous cherchons également des solutions innovantes dans des secteurs stratégiques comme l’énergie, la santé et l’industrie. Les centres de recherche et les universités cubaines travaillent activement à développer des alternatives technologiques adaptées aux réalités du pays, y compris dans le domaine du raffinage et de l’optimisation énergétique.
Dans le secteur de la santé, malgré les énormes difficultés imposées par le blocus, Cuba continue d’obtenir des résultats scientifiques encourageants. Récemment encore, le pays a reçu une nouvelle porteuse d’espoir dans la lutte contre le cancer, fruit du travail et de la persévérance de nos chercheurs et de notre industrie biotechnologique, qui demeure une fierté nationale et un exemple de la capacité de résistance et d’innovation de Cuba.
Nous développons également des stratégies d’innovation scientifique, de production nationale et de coopération internationale. La créativité, la solidarité et la résistance du peuple cubain sont aujourd’hui des éléments essentiels pour surmonter les difficultés. Les universités, les centres de recherche, les travailleurs et les communautés participent activement à la recherche de solutions concrètes dans les domaines de l’énergie, de l’alimentation, de la santé et des transports.
Malgré les difficultés économiques, Cuba n’a jamais renoncé à ses principes de solidarité et de coopération avec les nations du Sud. Pensez-vous que la communauté internationale soutient suffisamment Cuba face à ces mesures coercitives ?
Notre pays, suivant l’exemple et la vocation profondément humaniste de Fidel, a toujours partagé ce qu’il possède avec les autres peuples, même dans les moments les plus difficiles. Cuba a envoyé des médecins là où d’autres envoient des armes ; elle a partagé ses vaccins, son expérience en matière d’éducation, de santé publique et de coopération solidaire, convaincue que la solidarité entre les peuples doit être au-dessus des intérêts politiques et économiques.
Nous apprécions profondément la solidarité exprimée par les peuples, les mouvements sociaux, les organisations internationales et les gouvernements amis qui soutiennent Cuba face au blocus et aux agressions dont notre pays est victime. Cette solidarité a été essentielle pour résister à plus de six décennies d’une politique illégale et inhumaine visant à étouffer économiquement toute une nation.
Mais aujourd’hui, nous croyons qu’il faut aller encore plus loin pour défendre le multilatéralisme, le droit international et le droit des peuples à choisir librement leur destin sans coercition extérieure. Ce qui est appliqué contre Cuba constitue une violation flagrante des principes les plus élémentaires de la Charte des nations unies, de l’égalité souveraine des États et du droit des peuples à l’autodétermination.
Cuba ne représente aucune menace pour les États-Unis, contrairement à ce que certaines campagnes médiatiques et politiques tentent de faire croire afin de fabriquer des prétextes à une escalade agressive. Notre pays défend la paix, le dialogue, la coopération entre les nations et le respect mutuel. Pourtant, nous assistons aujourd’hui à une dangereuse tentative de construire artificiellement un scénario de confrontation qui pourrait ouvrir la voie à une agression militaire contre notre pays.
C’est pourquoi Cuba a aujourd’hui plus que jamais besoin de la solidarité internationale. Non seulement pour faire face aux conséquences du blocus économique et énergétique, mais aussi pour empêcher qu’une injustice de cette ampleur et qu’une politique de punition collective deviennent normales dans les relations internationales.
Nous ne pouvons pas accepter qu’un peuple soit condamné pour avoir défendu sa souveraineté et son indépendance. Nous ne pouvons pas permettre que les menaces, les sanctions et la force remplacent le dialogue et le droit international. Et nous ne pouvons pas rester silencieux face au danger réel d’une agression armée qui est aujourd’hui alimentée à travers des campagnes de manipulation, de mensonges et de haine contre Cuba.
Défendre Cuba aujourd’hui, c’est aussi défendre le droit de tous les peuples du monde à vivre en paix, libres de choisir leur propre destin.
Comment Cuba répond-elle aux critiques internationales concernant son modèle politique et économique ?
Cuba défend un modèle choisi souverainement par son peuple. Nous ne prétendons imposer notre système à personne et nous demandons le même respect pour notre droit à décider librement de notre destin, sans ingérences extérieures ni pressions étrangères.
Comme le disait Fidel Castro dans son concept de Révolution, la Révolution signifie « changer tout ce qui doit être changé », mais toujours par la volonté du peuple cubain lui-même. C’est précisément ce que Cuba continue de faire aujourd’hui : perfectionner son système économique, politique et social selon ses propres réalités, ses propres débats et les aspirations de sa population, et non sous l’imposition ou les diktats d’une puissance étrangère.
Notre pays a des imperfections, des difficultés et d’importants défis, comme toute société. Mais nous sommes fiers d’avoir construit un système qui place l’être humain au centre, malgré plus de soixante ans d’une agression économique sans précédent. Cuba continue de croire profondément à la justice sociale, à la dignité humaine, à l’égalité des chances et au rôle fondamental de l’État dans la protection des plus vulnérables.
Il est impossible d’analyser la réalité cubaine sans tenir compte de l’impact du blocus économique, commercial et financier imposé par les États-Unis. Pourtant, malgré cette pression immense, Cuba maintient des conquêtes sociales reconnues internationalement. Le système de santé est universel et entièrement gratuit ; aucun Cubain n’est privé d’assistance médicale pour des raisons économiques. L’éducation est gratuite à tous les niveaux, de l’école primaire jusqu’à l’université. Des programmes sociaux protègent les enfants, les personnes âgées, les femmes enceintes et les familles vulnérables. La culture, le sport et la formation professionnelle restent accessibles à toute la population.
La Révolution cubaine a également permis de grands progrès en matière d’alphabétisation, d’espérance de vie, de formation scientifique et médicale, d’égalité raciale et d’accès universel aux services essentiels. Malgré les difficultés actuelles, ces conquêtes demeurent une source de fierté et un engagement moral envers notre peuple.
Cuba est disposée à dialoguer avec tous ceux qui respectent sa souveraineté. Nous acceptons le débat, les échanges et même les critiques constructives, mais nous rejetons fermement les campagnes de manipulation et les tentatives d’utiliser les difficultés économiques provoquées par le blocus pour discréditer ou détruire un projet social choisi souverainement par notre peuple.
Quel message souhaitez-vous adresser aux pays africains et aux partenaires internationaux concernant la situation actuelle de Cuba ?
Nous souhaitons transmettre un message d’amitié, de gratitude et d’unité. Cuba n’oubliera jamais la solidarité historique des peuples africains. Nos liens sont forgés dans les luttes communes pour l’indépendance, la dignité et la justice.
Aujourd’hui plus que jamais, nous avons besoin de défendre ensemble les principes de souveraineté, de non-ingérence et de coopération entre les peuples du Sud.
Cuba continuera à être un partenaire fidèle de l’Afrique, dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la formation et de la solidarité.
Que souhaiteriez-vous que l’opinion publique internationale comprenne mieux au sujet de Cuba aujourd’hui ?
Je voudrais que le monde comprenne que derrière les campagnes médiatiques et les discours politiques, il y a un peuple digne, courageux et profondément humain.
Le peuple cubain ne demande pas des privilèges. Il demande simplement le droit de vivre en paix, sans blocus, sans sanctions et sans tentatives d’asphyxie économique.
Malgré toutes les difficultés, Cuba continue à croire dans la solidarité, dans la justice sociale et dans la possibilité d’un monde plus équitable.
Vous êtes l’ambassadrice de Cuba au Burkina Faso. Quel souvenir gardez-vous du Burkina Faso ?
Je garde du Burkina Faso un souvenir profondément émouvant et inoubliable. Dès mon arrivée dans ce pays frère, il y a un an, j’ai ressenti l’affection, la chaleur humaine et l’hospitalité du peuple burkinabè. J’ai découvert un peuple digne, courageux et profondément attaché à sa souveraineté, à ses valeurs et à son identité africaine.
Pour Cuba, le Burkina Faso occupe une place particulière. Nos deux peuples entretiennent des relations historiques d’amitié et de solidarité depuis cinquante ans que nous venons de célébrer en 2025. Ce sont des relations construites sur le respect mutuel, la coopération sincère et des idéaux communs de justice sociale, d’indépendance et de dignité nationale.
J’ai été particulièrement touchée par le respect et l’admiration que de nombreux Burkinabè expriment envers la Révolution cubaine, envers Fidel Castro et envers la résistance du peuple cubain face au blocus. De la même manière, à Cuba, nous suivons avec beaucoup de respect et de sympathie la Révolution progressiste populaire du Burkina Faso et la volonté de ce peuple de défendre sa souveraineté et de construire son avenir sans ingérences extérieures.
Il existe également une proximité historique et morale entre les idéaux de Fidel Castro et ceux du président Thomas Sankara, deux leaders profondément humanistes et internationalistes qui croyaient dans la capacité des peuples du Sud à se libérer de la domination et à construire des sociétés plus justes. Cette mémoire historique continue d’unir fortement nos deux nations.
Je garde aussi le souvenir des nombreuses rencontres avec des jeunes, des étudiants, des organisations sociales, des autorités et des citoyens burkinabè qui ont toujours exprimé leur solidarité avec Cuba, notamment dans la lutte contre le blocus économique, commercial et financier imposé à notre pays. Je voudrais remercier sincèrement les autorités burkinabè et le peuple du Burkina Faso pour leur soutien constant, leur amitié et leur fraternité envers Cuba.
Je repars également avec une profonde admiration pour la coopération entre nos deux pays. Depuis plus de quarante ans, la brigade médicale cubaine travaille au Burkina Faso avec un grand esprit de solidarité et d’engagement humain. Des milliers de professionnels cubains de la santé ont servi ici avec beaucoup d’amour et de dévouement, et cela constitue pour nous une immense source de fierté.
Je garderai toujours dans mon cœur le souvenir d’un peuple frère, résilient et solidaire. Cuba restera engagée à continuer de renforcer les liens d’amitié, de coopération et de fraternité avec le Burkina Faso, convaincue que nos peuples ont encore beaucoup à construire ensemble dans la défense de la souveraineté, de la justice et de la dignité des peuples du Sud.
Interview réalisée par Serge Ika Ki
Lefaso.net


