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Esther Sanou épouse Ilboudo, présidente de l’Association Moussokaann : « Une femme qui lave régulièrement ses sous-vêtements peut également entretenir facilement une serviette hygiénique lavable » 

Publié le mercredi 27 mai 2026 à 21h45min

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Esther Sanou épouse Ilboudo, présidente de l’Association Moussokaann : « Une femme qui lave régulièrement ses sous-vêtements peut également entretenir facilement une serviette hygiénique lavable » 

 À l’occasion de la Journée mondiale de l’hygiène menstruelle célébrée chaque 28 mai, Lefaso.net s’est entretenu avec Esther Kouéssé Sra Sanou épouse Ilboudo, une amazone dans la promotion de l’hygiène menstruelle au Burkina Faso. Militante pour l’utilisation des serviettes hygiéniques lavables et réutilisables, Esther Kouéssé Sra Sanou épouse Ilboudo est la présidente de l’association Moussokaann. Parallèlement à ses activités associatives, elle est la promotrice de Dame d’Afrique, une structure spécialisée dans la fabrication de produits hygiéniques lavables et réutilisables.

Lefaso.net : Qu’est-ce qui vous a poussée à vous engager dans la fabrication de produits hygiéniques lavables et réutilisables au Burkina Faso ?

Esther Kouéssé Sra Sanou épouse Ilboudo : J’ai constaté, aussi bien au niveau communautaire qu’en milieu urbain, que de nombreux ménages souffrent de l’usage des produits à usage unique. Il était donc important pour moi de réfléchir à une solution pouvant réellement aider les populations.
Lorsqu’on prend, par exemple, les serviettes hygiéniques lavables et réutilisables, on constate qu’elles présentent plusieurs avantages par rapport aux produits jetables disponibles sur le marché. À travers les retours des utilisatrices, il ressort que les produits à usage unique peuvent parfois entraîner certains problèmes.

Il en est de même pour les couches pour bébés. Les couches jetables représentent un coût important pour les ménages. Il fallait donc trouver une solution capable de soulager les familles sur le plan économique. C’est dans cette logique que nous produisons et commercialisons également des couches lavables et réutilisables pour adultes.
À côté de ces différents produits, nous proposons aussi des coussinets d’allaitement ainsi que des protège-slips, tous lavables et réutilisables.

L’objectif principal de cette initiative est d’alléger les difficultés auxquelles sont confrontées les communautés, aussi bien sur les plans économique, écologique, hygiénique que du confort.
Sur le plan financier, lorsqu’on fait un calcul rapide, une femme utilisant des serviettes hygiéniques jetables peut consommer un à deux (02) paquets par mois. Or, le prix minimum d’un paquet est d’environ 600 francs CFA. En moyenne, avec deux paquets par mois, cela représente 1 200 francs CFA, soit 14 400 francs CFA par an.

À l’inverse, les serviettes hygiéniques lavables et réutilisables ont une durée minimale d’utilisation de deux (02) ans. Sur cette même période, les dépenses liées aux serviettes jetables peuvent atteindre environ 28 800 francs CFA, tandis qu’un kit de serviettes lavables et réutilisables coûte entre 6 000 et 8 000 francs CFA.

L’adresse e-mail de l’experte : estkoue@yahoo.fr

Cette différence montre clairement que les serviettes hygiéniques lavables et réutilisables constituent une solution beaucoup plus économique, notamment pour les ménages vulnérables qui ont parfois des difficultés à s’offrir ne serait-ce qu’un paquet de serviettes jetables.
Sur le plan écologique, il faut souligner que la plupart des produits jetables contiennent du plastique et génèrent d’importants déchets. Ces sachets polluent l’environnement et mettent beaucoup de temps à disparaître dans la nature. En revanche, les produits lavables et réutilisables sont conçus à partir de matériaux connus et plus respectueux de l’environnement. Nous utilisons généralement du Faso Danfani.

Ces produits sont donc à la fois économiques et écologiques, car ils contribuent à réduire les déchets.
Ils offrent également davantage de confort, puisqu’il est possible d’adapter les tailles selon les besoins. Sur le plan hygiénique, les utilisatrices rapportent aussi moins d’infections, aussi bien chez les femmes pendant les menstruations que chez les enfants utilisant les couches lavables et réutilisables.

C’est ce qui m’a particulièrement motivée à m’engager dans cette initiative. Dans de nombreuses communautés, y compris dans les grandes villes, les filles souffrent encore de précarité menstruelle.
La précarité menstruelle se traduit par l’absence de protections adaptées, mais aussi par un manque d’informations sur l’hygiène menstruelle. À cela s’ajoute la culture du silence qui entoure encore les menstruations, souvent considérées comme un sujet tabou.

Cette situation renforce les difficultés rencontrées par les filles et les femmes, qui ne disposent pas toujours des informations nécessaires pour bien gérer leur hygiène menstruelle. Dans certains contextes, les menstrues sont encore perçues comme quelque chose de « sale », et certaines croyances poussent les femmes à s’isoler durant cette période.
À travers la production de ces articles lavables et réutilisables, nous voulons contribuer à briser ces tabous.

Par ailleurs, l’association Moussokaann mène également des actions de sensibilisation afin d’informer et d’accompagner les filles dans la gestion de leur hygiène menstruelle.
C’est donc face à toutes ces difficultés vécues par les femmes et les jeunes filles que nous avons décidé de proposer ces produits, afin d’alléger leur quotidien.
 

Esther Kouéssé Sra Sanou épouse Ilboudo est juriste, conseillère d’entreprise, experte en gestion des plaintes, spécialiste des principes volontaires sur la sécurité et les droits de l’homme, ainsi que préventionniste des conflits et des violences basées sur le genre

Vous fabriquez plusieurs produits, notamment des serviettes hygiéniques lavables et réutilisables, des couches pour bébés et adultes, des coussinets d’allaitement ou encore des culottes menstruelles. Quelle est l’histoire ou la motivation qui se cache derrière cette initiative ?

Je pourrais dire que chaque produit a une histoire derrière lui. Lorsque l’on prend, par exemple, les serviettes hygiéniques lavables et réutilisables, cela me renvoie à ma propre expérience. J’ai été une jeune fille comme toutes les autres. Très souvent, lors des premières règles, les adolescentes ne disposent pas des informations nécessaires pour bien gérer leur hygiène menstruelle. Cela a également été mon cas.

À l’apparition de mes premières règles, je ne savais pas comment gérer cette période. À l’époque, je vivais chez ma grande sœur. C’est donc à elle que je me suis confiée. Elle m’a d’abord orientée vers l’utilisation des tissus et des pagnes encore appelée « kodjo ».
J’ai utilisé ces solutions pendant un certain temps avant de me tourner vers les protections jetables car je ne disposais toujours pas d’informations suffisantes sur l’hygiène menstruelle.

Mon expérience avec les produits jetables a été particulièrement difficile. Aujourd’hui encore, à travers les formations que j’anime depuis plusieurs années, je constate que de nombreuses femmes vivent les mêmes réalités. Après l’utilisation des serviettes jetables, je souffrais régulièrement de lésions, d’irritations et d’infections. Il y avait des démangeaisons, des sensations de brûlure… Face à toutes ces souffrances, je ne pouvais pas rester indifférente.

Je suis juriste de formation et spécialiste des Principes volontaires de sécurité et des droits de l’homme (VPSHR). Dans ce contexte, en 2013, j’ai bénéficié d’une bourse de formation à Noida en Inde. C’est là-bas que j’ai entendu parler pour la première fois de la fabrication des serviettes hygiéniques lavables et réutilisables.

Cette découverte a immédiatement attiré mon attention, car je cherchais moi-même une solution aux difficultés que je vivais depuis des années avec les produits jetables. À mon retour de formation, j’ai commencé à approfondir mes recherches et à me former davantage. Même si je n’avais pas pu visiter le centre spécialisé situé à New Delhi, en raison des contraintes de notre programme, j’ai recueilli de nombreuses informations.

De retour à Ouagadougou, je me suis autoformée et j’ai également suivi des formations dispensées localement afin de renforcer mes compétences dans la fabrication des serviettes hygiéniques lavables et réutilisables.

Par ailleurs, j’ai toujours énormément travaillé en milieu rural au sein des communautés. J’y ai rencontré de nombreuses jeunes filles et femmes vivant une grande précarité menstruelle. Certaines ne savaient même pas qu’il était nécessaire d’utiliser une protection pendant les règles. Lorsque les menstruations arrivaient, elles s’isolaient et vivaient cette période dans la gêne et le silence. Ces réalités existent bel et bien au Burkina Faso.

Face à ces constats, il devenait indispensable pour moi de proposer une solution adaptée. Avant de lancer la production, j’ai moi-même été la première utilisatrice de ces produits. J’ai fabriqué plusieurs modèles que j’ai testés personnellement avant de parvenir à un modèle convenable et confortable pour toutes.

Concernant les couches lavables et réutilisables pour bébés, mon expérience de mère a également joué un rôle important. Avec un premier enfant, on manque souvent d’informations et l’on pense que les solutions les plus accessibles sont forcément les meilleures. J’ai donc commencé par utiliser des couches jetables pour mon enfant.

Cependant, cela n’a pas été sans difficultés. Mon enfant souffrait régulièrement d’irritations et de rougeurs au niveau des fesses. En dioula, certaines personnes parlent même du « kotiguê » pour désigner ces problèmes liés aux couches jetables. L’enfant avait fréquemment le corps chaud et semblait constamment malade. Après plusieurs échanges et observations, j’ai compris que ces problèmes étaient liés à l’utilisation des couches jetables. Dès que j’ai arrêté leur usage, l’état de l’enfant s’est nettement amélioré. Cette expérience a renforcé ma volonté de développer des couches lavables et réutilisables pour bébés.

La fabrication des couches pour adultes est également née d’une réalité vécue au quotidien. Dans de nombreuses familles, il y a des personnes âgées ou malades souffrant de problèmes d’incontinence urinaire. J’ai un proche confronté à cette situation. Les dépenses liées à l’achat des couches jetables pour adultes étaient très lourdes pour la famille.

En moyenne, les ménages peuvent dépenser plus de 10 000 francs CFA par semaine, soit près de 40 000 francs CFA par mois, uniquement pour l’achat de couches jetables pour adultes. Pourtant, une couche lavable et réutilisable peut durer au minimum deux ans. Même avec trois ou quatre couches adaptées à différentes tailles, le coût reste largement inférieur à celui des produits jetables.
Au-delà de l’aspect économique, il y a également la question environnementale. Les produits jetables augmentent considérablement la quantité de déchets dans notre cadre de vie et contribuent à la pollution.

Les produits lavables et réutilisables permettent au contraire de réduire ces déchets tout en offrant davantage de sécurité sanitaire. Nous connaissons les matériaux utilisés dans leur fabrication. Ils sont conçus localement à base de coton, notamment du Faso Danfani, ce qui garantit des produits plus naturels et plus adaptés aux besoins des utilisateurs.
Ainsi, ces produits contribuent à améliorer le quotidien des populations, aussi bien sur les plans économique, écologique qu’hygiénique.

Esther Kouéssé Sra Sanou épouse Ilboudo est également coordonnatrice du projet « Lutter contre la précarité menstruelle » au sein de l’association Moussokaann

Certaines femmes et jeunes filles estiment que les serviettes hygiéniques lavables ne sont pas pratiques et que leur utilisation demande beaucoup de temps, ce qui pourrait freiner leur adoption. Qu’en pensez-vous ?

La plupart des femmes, lorsqu’on leur parle des serviettes hygiéniques lavables et réutilisables, estiment au départ que leur entretien peut être contraignant. Cependant, lorsqu’on prend le temps de les sensibiliser et de leur expliquer comment utiliser, nettoyer et sécher correctement les serviettes, elles se rendent compte que cela reste tout à fait faisable au quotidien.

Une femme qui lave régulièrement ses sous-vêtements peut également entretenir facilement une serviette hygiénique lavable. Ce n’est donc pas une difficulté majeure.
D’ailleurs, lorsque toutes les informations nécessaires sont données, les retours des utilisatrices sont généralement très positifs. Beaucoup finissent par apprécier ces produits et à s’y adapter progressivement. Comme toute nouveauté, il faut souvent un temps d’adaptation pour apprendre à connaître le produit et s’habituer à son utilisation.

Les réticences viennent surtout du manque d’informations ou de méconnaissance du produit. Mais lorsqu’une femme comprend comment porter la serviette, comment l’utiliser, l’entretenir et la sécher correctement, elle réalise que ce type de protection peut véritablement faciliter le quotidien.

À travers l’association Moussokaann, vous travaillez sur l’éducation des filles et la gestion hygiénique des menstrues. Quels sont aujourd’hui les principaux obstacles auxquels les jeunes filles sont confrontées, aussi bien à l’école que dans leurs familles, en matière d’hygiène menstruelle ?

Au niveau de l’association Moussokann, nous intervenons aussi bien en milieu communautaire qu’en milieu scolaire pour sensibiliser les jeunes filles à la gestion de l’hygiène menstruelle. Notre principal objectif est de promouvoir l’éducation des filles en éliminant les obstacles susceptibles de compromettre leur épanouissement et leur réussite scolaire.

L’un des principaux obstacles reste la mauvaise gestion de l’hygiène menstruelle. Celle-ci peut empêcher certaines jeunes filles de suivre correctement les cours, voire les conduire à abandonner l’école.
Comme je l’ai souligné précédemment, la première difficulté est la culture du silence. Beaucoup de jeunes filles ne disposent pas des bonnes informations sur la manière de gérer leurs menstruations. Les règles sont souvent perçues comme quelque chose de honteux ou de sale, alors qu’il s’agit pourtant d’un phénomène naturel.

À l’association Moussokaann, nous travaillons justement à déconstruire ces idées reçues. De la même manière que la puberté chez le garçon se manifeste par l’apparition des pilosités faciales, la puberté chez la fille se traduit naturellement par l’arrivée des menstruations.
Cependant, lorsqu’une jeune fille ne reçoit pas les informations nécessaires, l’arrivée des règles peut devenir une source importante de stress. Certaines préfèrent alors manquer les cours pendant leurs menstruations, faute de savoir comment gérer cette période.

Selon la présidente de l’association Moussokaann, de nombreuses serviettes hygiéniques jetables importées ne sont pas de bonne qualité

À la longue, ces absences répétées peuvent entraîner une baisse du rendement scolaire, voire un abandon des études.
En moyenne, une période menstruelle dure entre cinq (05) et sept (07) jours par mois. Sur une année scolaire, cela représente plusieurs semaines de cours manqués pour certaines filles. Ces absences ont inévitablement un impact sur leur apprentissage et leurs performances scolaires.
C’est pourquoi nous nous engageons à créer un environnement favorable permettant aux filles de poursuivre leur scolarité dans de bonnes conditions.

Un autre obstacle majeur est le manque d’informations sur les protections hygiéniques adaptées. Beaucoup de jeunes filles connaissent uniquement les produits jetables comme le coton, les serviettes jetables ou les tampons, sans toujours savoir comment les utiliser correctement.
Pourtant, il existe également des alternatives lavables et réutilisables, notamment les serviettes hygiéniques lavables, les culottes menstruelles ou encore les coupes menstruelles. Mais là encore, les informations restent insuffisantes.

À cela s’ajoutent les nombreux tabous entourant les menstruations. Dans certains milieux, il est interdit à une femme qui a ses menstrues de cuisiner ou de participer à certaines activités. Les protections hygiéniques doivent être cachées et les règles restent associées à la honte. Tous ces préjugés renforcent la précarité menstruelle et affectent profondément la dignité des jeunes filles.
Par ailleurs, les infrastructures scolaires constituent également un défi important. Une bonne gestion de l’hygiène menstruelle nécessite des installations adaptées.

Lorsque les règles surviennent à l’école, la jeune fille doit pouvoir disposer de latrines répondant à des normes minimales d’hygiène et de sécurité. Selon les standards recommandés par des institutions comme l’UNICEF et l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les toilettes des filles et des garçons devraient être séparées et équipées de portes pouvant se verrouiller de l’intérieur.

L’absence de ces dispositifs peut exposer les filles à des violences basées sur le genre. Une jeune fille surprise dans les toilettes peut subir des moqueries, du harcèlement ou même des agressions, ce qui constitue une atteinte grave à sa dignité et à sa vie privée.
Les établissements scolaires devraient également disposer de points d’eau, de savon et d’espaces permettant aux filles de se laver et de se changer dans de bonnes conditions. Des poubelles adaptées devraient aussi être disponibles afin qu’elles puissent jeter leurs protections hygiéniques en toute discrétion.

Malheureusement, de nombreuses écoles ne répondent pas encore à ces normes minimales. Dans certains établissements, les latrines ne sont pas séparées, il n’y a ni eau, ni savon, ni poubelles, parfois même pas de portes fonctionnelles ou de verrous intérieurs.
Toutes ces difficultés contribuent à rendre la période menstruelle particulièrement pénible pour les jeunes filles.

C’est pourquoi, lors de nos sessions de sensibilisation, nous insistons sur la nécessité de briser les tabous liés aux menstruations. Nous donnons aux filles les informations nécessaires pour mieux gérer leur hygiène menstruelle et nous les orientons vers les protections les plus adaptées.
Nous travaillons également avec les établissements scolaires afin d’améliorer les conditions d’hygiène dans les écoles. Des activités de nettoyage et d’assainissement des latrines sont régulièrement organisées.

Dans le cadre de la Journée internationale de l’hygiène menstruelle célébrée chaque 28 mai, nous avons initié plusieurs activités durant tout le mois de mai.
Le 16 mai 2026, dans le lycée WendPuiry de Saaba, nous avons organisé une session de formation destinée aux jeunes filles sur l’hygiène menstruelle. À cette occasion, des kits de serviettes hygiéniques lavables et réutilisables leur ont également été distribués afin qu’elles puissent gérer leurs menstruations dans la dignité.

Esther Kouéssé Sra Sanou épouse Ilboudo confectionne des couches pour adultes lavables et réutilisables

Une autre activité s’est tenue à Bobo-Dioulasso du 1ᵉʳ au 2 mai 2026 au complexe scolaire Baraka, où nous avons formé des élèves couturiers à la fabrication de serviettes hygiéniques lavables et réutilisables. Cette initiative présente aussi un volet économique, car ces jeunes pourront ensuite produire et commercialiser ces serviettes dans le cadre d’Activités génératrices de revenus (AGR).

Une troisième activité se déroule actuellement dans la région du Nando ce 21 mai 2026 au lycée technique moderne de Koudougou. Elle porte sur la sensibilisation des élèves à l’hygiène menstruelle ainsi que sur le nettoyage des latrines scolaires afin de promouvoir un environnement sain et salubre.
Au niveau des familles, les difficultés sont également nombreuses, notamment pour les ménages les plus vulnérables. Pour une mère ayant plusieurs filles, acheter chaque mois des protections jetables représente une charge importante.

Le coût minimal d’un paquet de protections hygiéniques est d’environ 600 francs CFA, sans garantie de qualité optimale. En moyenne, une jeune fille peut utiliser au moins deux (02) paquets par mois, soit environ 1 200 francs CFA mensuels. Pour de nombreuses familles modestes, cette dépense reste difficile à supporter.

À cela s’ajoutent les problèmes de santé liés à certains produits jetables. Certaines utilisatrices développent des infections nécessitant des consultations médicales et des traitements supplémentaires, ce qui augmente encore les dépenses des ménages.
Les tabous persistent également au sein des familles. Certaines femmes continuent d’être mises à l’écart pendant leurs menstruations ou ne reçoivent pas les informations nécessaires pour gérer correctement cette période.

C’est pourquoi nous encourageons les parents, aussi bien les mères que les pères, à dialoguer avec leurs enfants afin de leur transmettre les bonnes informations sur les menstruations et l’hygiène menstruelle.

Au niveau scolaire, nous encourageons aussi la mise en place de cadres de concertation, notamment des clubs scolaires Gestion hygiénique des menstrues (GHM). Ces espaces permettent aux élèves d’échanger librement sur les menstruations, sans honte ni préjugés.
Dans les écoles où nous intervenons, des clubs scolaires ont déjà été mis en place afin d’offrir aux jeunes filles un espace d’écoute et de dialogue. Elles peuvent y poser leurs préoccupations, partager leurs expériences et obtenir des conseils leur permettant de vivre leurs menstruations dans de meilleures conditions et dans la dignité.

Elle confectionne également des couches pour bébés lavables et réutilisables

Quels conseils donneriez-vous à une adolescente qui vient d’avoir ses premières menstrues ?

À une adolescente vivant ses premières règles, je dirais avant tout de ne pas paniquer, car il s’agit d’un phénomène naturel et normal. Les menstruations marquent simplement une étape importante du développement de la jeune fille, celle du passage de la puberté vers l’âge adulte.
De la même manière que la puberté chez le garçon se manifeste par le changement de voix ou l’apparition de pilosités, la puberté chez la fille se traduit notamment par l’arrivée des règles. Il ne faut donc ni avoir peur ni ressentir la honte.

La jeune fille doit surtout se rapprocher de ses parents, poser des questions et demander les conseils nécessaires afin de mieux comprendre cette période. Elle peut également se tourner vers des structures compétentes, des associations ou des personnes ressources pour obtenir les bonnes informations sur la gestion de l’hygiène menstruelle.
L’essentiel est qu’elle sache que les règles sont un phénomène naturel et qu’elle mérite de vivre cette période dans la dignité, en toute confiance et avec les informations adaptées.

Votre association forme également des femmes et des jeunes filles à la fabrication de serviettes hygiéniques lavables et réutilisables. En quoi cette activité peut-elle contribuer à l’autonomisation économique des femmes ? 

La fabrication de serviettes hygiéniques lavables et réutilisables constitue une véritable opportunité économique et une importante source d’Activités génératrices de revenus (AGR).
Au niveau de notre structure, nous proposons deux (02) types de fabrication : la fabrication manuelle et la fabrication à la machine. Ces différentes formations permettent aux femmes d’acquérir des compétences pratiques afin de créer leur propre activité et de devenir progressivement indépendantes sur le plan économique.

Grâce à ces formations, les participantes disposent des bases nécessaires pour produire elles-mêmes des serviettes hygiéniques lavables et réutilisables, développer leur activité et générer des revenus. Cela peut représenter une réelle opportunité d’autonomisation économique pour les femmes.

Quel message souhaitez-vous adresser aux parents, aux autorités et à la société burkinabè afin de mieux accompagner les jeunes filles dans leur épanouissement et leur hygiène menstruelle ?

Nous avons tous intérêt à accompagner les jeunes filles dans leur épanouissement, notamment en matière de gestion de l’hygiène menstruelle, particulièrement durant l’année scolaire.
Aux parents, je dirais qu’il est essentiel d’échanger avec les jeunes filles sur les menstruations. L’apparition des premières règles survient généralement entre 8 et 10 ans, même si cela peut parfois arriver plus tôt. Il est donc important que les parents, aussi bien les mères que les pères, abordent ce sujet avec leurs filles avant cette période afin de les préparer et de leur donner toutes les informations nécessaires.

Pour une jeune fille qui n’a jamais reçu d’explications, voir apparaître soudainement des saignements peut être très perturbant et angoissant. Beaucoup de femmes ont vécu cette expérience dans la confusion et la peur. Il est important d’éviter que les nouvelles générations traversent les mêmes difficultés.

Les parents doivent donc dialoguer davantage avec leurs filles, les rassurer et les orienter vers les protections hygiéniques adaptées afin qu’elles puissent gérer leurs menstruations dans de bonnes conditions. Cela contribuera également à réduire les absences scolaires liées aux règles et à prévenir les abandons scolaires. Aussi à renforcer la confiance et l’estime de soi des jeunes filles.
Aux autorités, je lancerais un appel pour qu’elles accompagnent davantage les initiatives locales intervenant dans la fabrication de produits hygiéniques lavables et réutilisables.

Pour la militante en faveur de l’hygiène menstruelle, les serviettes hygiéniques lavables et réutilisables sont plus économiques et écologiques

Le gouvernement gagnerait à accompagner ces entrepreneurs engagés dans la promotion du « consommons local » et dans le développement de solutions adaptées aux réalités des populations, en cohérence avec la politique du « consommons local ». Les autorités pourraient prendre des mesures en vue d’encourager l’utilisation des produits fabriqués au Burkina Faso comme les serviettes hygiéniques lavables et réutilisables, les couches pour bébés et adultes, les coussinets d’allaitement ou encore les culottes menstruelles. Cela en limitant les importations des produits jetables et des produits lavables et réutilisables qui ne sont pas fabriqués au Burkina Faso.

Enfin, à l’ensemble de la société, j’aimerais dire qu’il est essentiel d’accompagner les jeunes filles et les femmes pendant leurs menstruations. Lorsqu’une fille ou une femme tache accidentellement sa tenue, sa jupe ou son pagne, elle ne doit ni être moquée ni stigmatisée.

Il est particulièrement important de sensibiliser les garçons afin qu’ils adoptent des comportements respectueux et bienveillants face à ces situations. Au lieu des moqueries, chacun devrait contribuer à créer un environnement compréhensif et solidaire.
Nous devons tous mener des actions permettant aux jeunes filles et aux femmes de sortir de la précarité menstruelle et de vivre leurs menstruations dans la dignité.
 

Samirah Bationo
Oumou Dalila Lawako (stagiaire)
Lefaso.net

 
 

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