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Humour : « C’est quand tu es pauvre que l’on dit “Goumin”, sinon quand tu es riche, ça s’appelle un chagrin d’amour », ironise Moussa Petit Sergent

Publié le lundi 25 mai 2026 à 21h35min

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Humour : « C’est quand tu es pauvre que l’on dit “Goumin”, sinon quand tu es riche, ça s’appelle un chagrin d’amour », ironise Moussa Petit Sergent

‎Humoriste, comédien, acteur et musicien burkinabè, Moussa Ouédraogo, plus connu sous le nom de scène Moussa Petit Sergent, s’est imposé au fil des années comme l’une des figures majeures de l’humour au Burkina Faso. Il débute très tôt dans le monde artistique au sein de la compagnie “Merveilles du Burkina”, avant d’être révélé au grand public en 2006 grâce au feuilleton “Petit Sergent” du réalisateur burkinabè Adama Rouamba, dans lequel il incarne un enfant soldat. Depuis, l’artiste a construit une carrière riche, marquée par plusieurs distinctions, dont le Ouistiti d’Or en 2011, le prix du Meilleur humoriste burkinabè aux 12 PCA en 2013, ainsi que le Grand prix national de l’humour du ministère de la Culture, en 2015. Plus de vingt ans après ses débuts sur scène, Moussa Petit Sergent continue de séduire le public avec un humour inspiré des réalités sociales et du vécu quotidien des Burkinabè. Dans cet entretien, l’humoriste revient sur son parcours, son inspiration, l’impact des réseaux sociaux sur sa carrière, mais aussi sur son prochain spectacle intitulé “Goumin Prox max”.

‎Lefaso.net : Vous êtes aujourd’hui l’un des humoristes les plus connus et appréciés du Burkina Faso. Quel regard portez-vous sur votre parcours depuis vos débuts jusqu’à ce nouveau spectacle ?

‎Moussa Petit Sergent : Le regard que je porte sur mon parcours est quand même satisfaisant. C’est vrai que l’on peut toujours faire mieux, mais je suis fier de tout ce que j’ai pu accomplir jusque-là. Je n’ai pas encore fini, je sais qu’il y a encore de belles choses qui m’attendent si je continue de travailler. Du début jusqu’à maintenant, je sais aussi que j’ai suscité des vocations. J’ai aussi donné envie à des jeunes frères d’embrasser ce métier. J’ai eu également des prix sur le plan national et à l’international, qui ont fait parler du Burkina Faso positivement. Je suis assez satisfait de ces points-là. C’est donc un regard satisfaisant de ma carrière que j’ai. Et il y a encore de belles choses qui nous attendent à l’horizon.

Votre humour puise souvent dans les réalités du quotidien. Où trouvez-vous l’inspiration pour créer des personnages et des situations qui parlent autant au public ?

‎C’est le quotidien des gens qui m’inspire. Les gens rient de mon humour parce qu’ils se retrouvent dans ce que je dis très souvent. Ils rient parce que ce que je dis est inspiré d’eux-mêmes. Je ne suis qu’un traducteur qui retranscrit ce qu’ils vivent sur la scène. Mon inspiration découle donc de ce que je vis en société, de ce que je vois, de tout ce que j’entends autour de moi. J’essaie d’être le porte-parole de ce que nous vivons de notre quotidien. Et il est vrai que dans un pays comme le nôtre, il y a de la matière en tant qu’humoriste, il y a de la ressource.

Il y a plein de choses qui se passent parce que c’est un pays dynamique avec beaucoup d’actualités. Les gens ne sont pas renfermés sur eux-mêmes. Ils sont de plus en plus extravertis dans leurs relations mutuelles. Et pour nous, les humoristes, c’est du pain béni. On surfe là-dessus pour essayer d’arracher du rire aux gens. Surtout que notre pays, depuis un certain moment, traverse des situations difficiles, le rire peut être aussi un exutoire. Le rire peut permettre de se recentrer, de se ressaisir, de se soulager un tout petit peu et de continuer à affronter la vie.

Moussa Petit Sergent en répétition avec son équipe technique.

‎Vous êtes très présent sur les réseaux sociaux. Quelle est la place de ces réseaux actuellement dans votre trajectoire personnelle et professionnelle ?

‎C’est une très belle question ! Au début, j’étais réticent à être présent sur les réseaux sociaux. J’ai mis du temps à venir sur les réseaux sociaux et à avoir même une page Facebook. C’est à partir de 2020 avec la pandémie à Coronavirus que j’ai créé une page Facebook. J’ai un pied dans l’ancienne génération et un pied dans la génération actuelle des humoristes qui sont encore sur scène. Je pense que les réseaux sociaux permettent de se rapprocher de ceux qui t’aiment, de ceux qui te connaissent. Ces outils permettent aussi à ceux qui ne te connaissent pas de te découvrir.

Aujourd’hui, les réseaux sociaux sont incontournables. C’est vrai que très souvent, ce n’est pas facile du tout à gérer et c’est un couteau à double tranchant, comme on le dit souvent. Il y a le côté très magnifique et super, qui peut permettre de promouvoir quelqu’un. Il y a aussi son côté où tu dis quelque chose aujourd’hui, et puis demain tu vois que c’est mal interprété par exemple. Néanmoins, les réseaux sociaux sont très importants pour moi. Ça m’a permis en tout cas de me rapprocher du public. On n’a pas le choix ! Actuellement, on ne peut pas occulter les réseaux sociaux quand on a une carrière d’artiste.

Est-ce que vous pensez aussi que le fait d’avoir commencé enfant a été un avantage aussi dans votre carrière ?

Oui, le fait d’avoir commencé très jeune est un très bel avantage ! Mais, c’est dangereux de commencer très tôt. Parce que si on regarde dans l’écosystème de la culture au Burkina, les enfants stars, c’est-à-dire ceux qui ont été connus quand ils étaient enfants, ça a été difficile pour eux de tenir jusqu’au bout. C’est vraiment difficile ! J’ai fait du théâtre depuis que j’ai 10 ans. Par exemple, en 2002, j’ai remporté le Grand prix national de l’humour. De 2002 à 2026, il y a quand même un peu longtemps. Donc, Dieu m’a fait grâce de me maintenir et surtout d’avoir un entourage qui m’a beaucoup aidé.

Surtout quand on est jeune, c’est l’entourage qui va déterminer tout le reste parce qu’on te met au-devant de l’écran, on te rend star et après on t’oublie. C’est à toi maintenant de te démerder. Si tu n’as pas l’entourage qu’il faut, tu peux basculer sur des choses avec des conséquences. Et moi, j’ai eu la chance d’avoir un très bon entourage qui m’a accompagné et qui m’a encadré. Pendant toutes ces années, j’ai vécu tellement de choses et j’ai accumulé tellement d’expériences. Et je pense que c’est tout cela qui m’aide à tenir. C’est tout ça qui m’aide aussi à me reconvertir tantôt en musicien, tantôt en web-humoriste, tantôt en humoriste sur scène.

Votre nouveau spectacle intitulé “Goumin Pro Max” sera présenté le 31 mai 2026 à la Salle de conférences de Ouaga 2000. Pourquoi ce thème à la fois drôle et très actuel ?

‎‘‘Goumin pro max”, effectivement ! C’est quand tu es pauvre que l’on dit “Goumin”, sinon quand tu es riche, ça s’appelle un chagrin d’amour. Mon humour part toujours du constat de ce que j’ai vu autour de moi. Généralement dans nos différentes interactions avec les gens, c’est une situation qui est connue de tous. C’est une situation qui est vécue par plein de personnes tous les jours que Dieu fait. Donc, je me suis dit, pourquoi ne pas traiter ce sujet-là de manière vraiment humoristique. Pourquoi, au lieu de pleurer de nos “Goumins”, on n’en rierait pas ? Parce que je pense que c’est inéluctable.

Quand on est dans des relations, un jour, tôt ou tard, même dans les écoles primaires, même à l’enfance et tout, on a vécu des “Goumins”. Il y a plusieurs types de “Goumins”. Le “Goumin”, il peut être sentimental et il peut être lié aussi à l’argent. Tout ce qui te manque et que tu désires de tout ton cœur et que tu perds entraîne un “Goumin” de cette chose. Donc du coup, on a décidé d’inviter les gens à venir avec leurs ex. Comme ça, au moins, vous allez vous retrouver et puis rigoler ensemble de vous-mêmes. Donc, après le spectacle, ce qui va se passer, nous n’en sommes pas responsables. Mais plus sérieusement, nous avons décidé de mettre le doigt sur cette problématique que tout le monde vit pour essayer de ratisser large pour que tout le monde se sente concerné.

« Pendant toutes ces années, j’ai vécu tellement de choses et j’ai accumulé tellement d’expériences. Et je pense que c’est tout cela qui m’aide à tenir », confie l’humoriste.

Quand on a une carrière assez longue et après avoir fait de grandes scènes, quelle est la particularité d’un nouveau spectacle par rapport aux précédents ?

‎C’est vrai que celui-là, ça va être mon huitième one-man show. Donc je rends grâce à Dieu parce que tenir plus de 20 ans dans ce milieu est une grâce. La particularité de ce spectacle, c’est que je pense que c’est mon meilleur spectacle jusque-là. J’ai dit cela à tous mes spectacles (rires). Je pense que j’ai quand même des gens qui me suivent depuis le début, des gens qui sont présents à tous mes spectacles.

Et je me suis dit, tant qu’ils ne sont pas fatigués de venir, je ne vais pas être fatigué moi aussi de transmettre et d’écrire. Et Dieu merci, j’ai encore l’énergie qu’il faut, donc j’écris toujours des spectacles. Et j’espère que les gens viendront encore découvrir ce huitième spectacle. Nous sommes en train de mettre le paquet pour faire de ce spectacle le meilleur de tous les spectacles que j’ai fait jusque-là. C’est un spectacle d’une heure et demi et c’est de l’humour pur et dur, du début jusqu’à la fin.

Quel message souhaitez-vous adresser à vos fans ?

À tous les Burkinabè, je voudrais leur dire déjà merci pour l’accompagnement et le soutien durant toutes ces longues années. Et les inviter à venir encore voir le nouveau spectacle que je fais ce 31 mai du côté de la Salle des conférences de Ouaga 2000. Merci aussi aux médias qui nous soutiennent quand ils peuvent.

Entretien réalisé par Farida Thiombiano
Lefaso.net

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