Burkina : L’association des retraités du CNRST prône un lien intergénérationnel entre anciens et jeunes chercheurs
Dans le cadre des premières journées des retraités du Centre national de la recherche scientifique et technologique (CNRST), prévues du 21 au 22 mai 2026 à l’Institut national des sciences et des sociétés (INSS) et au CNRST, le président de l’association des retraités, Moussa Ouédraogo, revient sur les motivations de cette initiative. Entre devoir de mémoire, transmission des savoirs et valorisation des combats menés par les anciens pour l’évolution de la recherche scientifique au Burkina Faso, il plaide pour un véritable lien intergénérationnel entre anciens et jeunes chercheurs.
Lefaso.net : Pourquoi avoir initié les premières journées des retraités du CNRST ?
Moussa Ouédraogo : Nous existons depuis 2024. Mais, nous avons initié ce programme d’activité dans l’optique de faire connaître davantage l’association.
Pourquoi avoir choisi le thème « retraité du CNRST : mémoire scientifique, transmission des savoirs et contribution au développement du Burkina Faso » ?
Nous sommes des retraités du CNRST. Nous sommes partis du CNRST, mais nous avons encore un pied au CNRST, parce que c’est notre maison. Alors, le choix de ce thème se justifie par le fait que les gens qui sont là, surtout les jeunes, ignorent beaucoup de choses de cette maison et nous avons voulu, par ces journées, faire comme un passage de témoin entre les jeunes qui sont encore en activité et les retraités qui sont partis.
Le programme prévoit des conférences sur l’histoire de la recherche scientifique au Burkina Faso. Pourquoi ce retour sur l’histoire ?
Ce retour sur l’histoire parce que nous pensons que nous sommes partis sans laisser de traces. C’est vrai que les gens ont écrit, ils ont fait des articles, ils ont fait beaucoup de choses avec leurs publications, mais l’historique de la maison, nous ne l’avons pas écrit avant de partir. Et, je pense que personne d’autre ne peut bien le faire que les retraités. Pour cela, nous tenons à rédiger un petit livre à partir de tout ce qui est conférences, contributions, témoignages, afin qu’il puisse servir de repère à tous ceux qui arrivent au sein du CNRST.
Une place importante est accordée aux témoignages des retraités. Quel rôle jouent ces récits dans la préservation de la mémoire institutionnelle ?
Lorsqu’une personne vient au CNRST, elle ne sait pas comment la structure est née, quels sacrifices ont été menés pour que cette maison tienne. Cependant, ce n’est qu’à travers les témoignages de ces anciens que l’on peut mieux comprendre et bien cerner les choses. Une chose est sûre, il y a eu des combats intellectuels, des combats d’autorité, mais nous avons quand même pu survivre. C’est la raison pour laquelle les témoignages des retraités sont nécessaires pour montrer la place de la recherche scientifique au niveau national.
Vous avez tantôt parlé de combats. Quels sont les véritables combats que vous avez menés pour la survie de la structure ?
Au CNRST, il y a eu des embryons, des stations de recherche. Il a fallu agglomérer tout cela pour reconstituer le CNRST. Au début, certaines institutions comme l’Institut de l’environnement et des recherches agricoles (INERA), par exemple, c’est à partir des stations de recherche françaises comme l’IFA. Mais ce n’étaient vraiment que des embryons. Il a donc fallu recoller les morceaux pour reconstituer une maison. Et ce n’était pas facile. En effet, il y a eu des autorités qui voulaient même faire disparaître le CNRST afin de le rattacher à l’université, mais nous avons résisté.
Aujourd’hui, nous sommes là et nous avons su montrer que nous avons notre place au niveau de notre pays et que l’université et la recherche scientifique sont complémentaires. La preuve, beaucoup de chercheurs donnent des cours à l’université. Il n’y a pas de scission entre nous, plutôt une passerelle. Il n’y a donc pas à dire que l’un est mieux que l’autre. Tout cela pour dire qu’il y a eu des gens qui ont combattu pour cette maison et nous voulons que leur combat soit mentionné par des écrits.
Qu’attendez-vous des échanges entre générations de chercheurs ?
Nous estimons que nous avons fait beaucoup de choses. Et si les jeunes qui sont là veulent s’en approprier, c’est une bonne chose. Cela va être la continuité au niveau de la recherche.
Mais, il arrive des fois que les jeunes ignorent que des anciens étaient là. On n’y peut rien mais c’est ça la conception des jeunes. Alors que souvent, on oublie que s’il y a un bâtiment, c’est parce qu’il y a eu des maçons. Ce que nous recherchons le plus, c’est ce lien intergénérationnel afin de montrer aux jeunes d’aujourd’hui que les anciens ont fait quelque chose. C’est vrai qu’on ne peut pas tout faire, mais chacun a joué sa partition. Donc c’est à eux de continuer.
Comment les retraités peuvent-ils continuer à contribuer à la recherche et à la formation malgré leur départ à la retraite ?
Même si nous partons à la retraite, nous voulons toujours montrer notre disponibilité à guider et accompagner les jeunes, c’est ce qui pourrait être notre contribution. S’il y a des programmes qui nécessitent la présence des retraités, nous serons disponibles. Mais il faut que ce soit clair. On ne prend pas la place des jeunes. Mais si les jeunes ont besoin de nous, nous sommes disponibles. En fait, il faut voir les choses comme cela. Il y a des gens qui sont partis à la retraite, et depuis lors, ils n’ont pas mis pied au CNRST. Mais si aujourd’hui on estime que c’est une personne ressource, et que le besoin se fait sentir, la personne pourrait manifester sa présence. Il ne faut pas que les gens croient qu’on veut prendre leur place. Mais plutôt apporter quelque chose si nécessaire.
Quels défis majeurs ont marqué l’évolution de la recherche scientifique au Burkina Faso ?
Il y a eu beaucoup de défis au niveau de la recherche. Parce que dans chaque institut, il y a un objectif qui est fixé. Par exemple l’INERA, c’est l’autosuffisance alimentaire. Il contribue par la recherche au niveau des semences améliorées, pour atteindre cette autosuffisance alimentaire. L’INERA joue bien sa partition, parce que le ministère de l’Agriculture est à chaque fois demandeur des résultats de la recherche pour accompagner le monde rural.
Au niveau de la santé également, c’est pareil. Notamment avec des résultats au niveau de l’IRSS avec le FACA qui soigne la drépanocytose. Les gens ont montré qu’à partir des plantes, ils peuvent effectivement résoudre certaines questions de santé. N’en parlons pas des sciences sociales, où beaucoup d’écrits sur l’histoire de notre pays ont été faits par d’éminents chercheurs historiens et avec beaucoup de publications, beaucoup de livres qui sont sortis.
Donc c’est quand même à nous de connaître ce qui se passe dans notre pays. Vous avez l’IRSAT avec aussi des innovations technologiques pour améliorer l’énergie solaire, pour les foyers améliorés, la préservation de l’environnement et, tout cela est accompagné par le FRSIT qui expose chaque année les résultats de la recherche scientifique, preuve que les résultats de la recherche scientifique ne sont rien d’autre que des problèmes qui sont soumis et qui trouvent des solutions. Tout ceci sont des défis qui ont été relevés avec le temps et qui ont marqué l’évolution de la recherche scientifique.
Une session est consacrée aux archives : finances, comptabilité, ressources humaines, documentation, secrétariat, garage. Pourquoi cette dimension administrative est-elle importante ?
Le service d’administration a joué un rôle important dans l’évolution du CNRST. Si nous avions un parc automobile qui permettait aux différents acteurs d’effectuer leurs missions, c’est en partie grâce au service d’administration. Lorsque le CNRST naissait, il n’y avait pas d’ordinateur. Tout se faisait à la main. Des gens ont même effectué des missions à raison de 250 F CFA par jour. Les secrétaires ont souffert. Souvent, il y a des chercheurs qui écrivaient comme des médecins et on n’arrivait pas à lire. Même les fautes, il fallait revenir chez les chercheurs pour corriger.
Même pour les articles. On n’avait pas de comité pour faire les articles ici. Il a fallu gérer tout cela administrativement afin de former les gens pour des maquettistes, pour des rédacteurs scientifiques, pour mettre en place le comité de rédaction. Pour pouvoir faire les publications. Cette dimension administrative est d’une grande importance car elle a permis une certaine avancée technologique au sein de la structure.
Quelles retombées concrètes attendez-vous de ce jour-là ?
Nous voulons que les gens témoignent à cœur ouvert. Que les gens disent ce qu’ils ont vécu pendant leur carrière au CNRST. Il y en a qui ont peut-être eu des frustrations. Mais tout ça, la page est tournée. Certes, mais ça peut servir de leçon pour les autres. Les anciens directeurs des instituts sont là. Ils vont retracer l’évolution de ces instituts-là. Et les autres vont prendre le train en marche, comme on dit.
Avez-vous un dernier mot ?
Je souhaite juste que les gens puissent participer librement aux journées et puissent poser des questions de convenance personnelle et pour qu’on puisse avancer au niveau de la recherche scientifique.
Propos recueillis par Muriel Dominique Ouédraogo
Lefaso.net

