Côte d’Ivoire : À Agboville, un chef burkinabè veut moderniser l’organisation de sa communauté
Après deux ans sans chef, la communauté burkinabè de la région de l’Agnéby-Tiassa (sud ivoirien) tente de se réorganiser. Intronisé il y a un an sous le nom de règne « Naaba Saaga », Seydou Ouédraogo affirme vouloir transformer une chefferie longtemps symbolique en véritable structure d’organisation sociale. (Reportage-portrait)
Drapé dans un grand boubou confectionné en Faso Danfani et coiffé d’un imposant couvre-chef traditionnel rapporté de son Burkina Faso natal, Seydou Ouédraogo dit avoir de « grands projets » pour cette communauté dont il est membre depuis près de trente ans.
Ancien conseiller du président des jeunes, c’est sans surprise qu’il a été nommé nouveau chef de la communauté des Burkinabè de l’Agneby Tiassa. Sa nomination a été faite sous quasi-unanimité des responsables communautaires et des neuf chefs de province de la région. « Ils estimaient que je faisais déjà le travail de chef », confie-t-il avec fierté.
À la tête d’une communauté de plus de 20 000 membres, ses défis sont nombreux. Au-delà de l’autorité coutumière, Naaba Saaga veut surtout mettre en place une organisation structurée. Parmi ses premières actions, il a mis en place une caisse sociale alimentée par une cotisation annuelle de 1 000 FCFA par personne. Selon son bilan, le compte associé à cette caisse compte déjà 1,5 million de FCFA. « Avant mon intronisation, nous n’avions ni caisse sociale, ni bureau », explique-t-il.
Les objectifs affichés derrière la création de cette caisse sont multiples : aider les membres confrontés à des difficultés, encadrer les nombreux travailleurs burkinabè installés dans la région, bâtir des infrastructures culturelles et contribuer au développement du Burkina Faso.
Dans cette zone agricole où plusieurs ressortissants burkinabè travaillent comme planteurs dans des champs de cacao ou d’hévéa, le chef dit intervenir « régulièrement dans des conflits fonciers ou des conflits opposant travailleurs agricoles et employeurs ».
« La culture est en train de disparaître chez nos jeunes »
Un autre projet majeur dans les plans de Naaba Saaga est de renforcer l’unité entre les différentes ethnies qui constituent la communauté. Dans sa région existe une solide implantation des peuples Mossi, Dagara, Lobi et Bissa. « Au lendemain de mon intronisation, j’ai réuni les chefs provinciaux de l’Agnéby-Tiassa afin de mettre en place un règlement intérieur sur lequel va fonctionner notre communauté », explique-t-il.
Assis à quelques mètres du chef, Lassina Ouédraogo, président des jeunes, acquiesce : « Nous voulons qu’il rassemble toute la communauté en un et nous pensons qu’il peut bien le faire. »
Au-delà des enjeux sociaux, Naaba Saaga s’inquiète notamment d’une disparition progressive des traditions chez les jeunes nés en Côte d’Ivoire. « La culture est en train de disparaître », reconnaît-il.
Parmi ses projets figure la construction d’un centre culturel destiné non seulement à abriter la chefferie, mais aussi à accueillir plusieurs manifestations communautaires et à promouvoir la préservation des traditions auprès des jeunes.
Interrogé sur le contexte diplomatique parfois tendu entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, le chef s’est gardé de tout commentaire, soulignant que les chefs ne « font pas de politique ».
Il a cependant insisté sur la nécessité de maintenir des relations apaisées avec les populations autochtones et les autorités ivoiriennes. « Nous vivons en parfaite harmonie avec notre tuteur », affirme-t-il.
Un chef attaché à son pays
Très attaché à son pays d’origine, Naaba Saaga faisait partie du cortège de chefs présents lors du lancement du programme “Diaspora Bond” au consulat général du Burkina Faso à Abidjan. Le chef communautaire dit soutenir cette initiative portée par les autorités burkinabè et affirme que plusieurs membres de sa communauté ont déjà manifesté leur volonté d’y adhérer afin de contribuer au développement de leur pays d’origine.
Originaire du village de Ramongo, situé à 15 kilomètres de Koudougou, Naaba Saaga croit que l’avenir de la communauté passe désormais par une meilleure organisation, mais aussi par la préservation de son identité culturelle dans une région où plusieurs générations de Burkinabè vivent désormais durablement installées.
Samira Ouédraogo
Correspondante à Abidjan
Lefaso.net



