Alimentation publique et hygiène : Une véritable équation à prendre à bras-le-corps, prise de conscience individuelle et mobilisation collective
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Une disposition portant interdiction immédiate de la commercialisation de plusieurs produits artisanaux très populaires, eu égard aux conditions d’hygiène, prise par le Gabon, fait écho dans des pays africains, tant ils partagent les mêmes réalités dans ce domaine également. Le pays de Brice Clotaire Oligui Nguema pose ainsi la cruciale question de l’alimentation publique ou alimentation de rue, en rapport avec les risques liés au manque d’hygiène. Au Burkina, à l’ère de la promotion du « consommer local » et des initiatives endogènes, le sujet revêt également tout son sens.
La sécurité sanitaire des aliments est une priorité de santé publique et une priorité socio-économique, fait savoir l’Organisation mondiale de la santé (OMS), insistant sur le fait que les maladies d’origine alimentaire ont un impact majeur sur la santé publique. « Les aliments impropres à la consommation contenant en quantités nocives des bactéries, des virus, des parasites, des substances chimiques ou physiques rendent les gens malades et provoquent des maladies aiguës ou chroniques, plus de 200 maladies, allant de la diarrhée aux cancers, et, dans certains cas, entraînent une invalidité permanente ou la mort. On estime que 600 millions de personnes, soit près d’une personne sur 10 dans le monde, tombent malades chaque année après avoir consommé des aliments contaminés, que 420 000 en meurent et qu’il en résulte une charge mondiale annuelle de 33 millions d’années de vie ajustées sur l’incapacité. Les pays à revenu faible ou intermédiaire sont les plus touchés, avec un coût annuel estimé à 110 milliards de dollars américains en pertes de productivité et en dépenses médicales découlant de la consommation d’aliments impropres à la consommation », révèle la Stratégie mondiale de l’OMS pour la sécurité sanitaire des aliments, édition 2021.
C’est dans un tel décor mondial que, par voie de communiqué officiel du 4 mai 2026, une décision de l’Agence gabonaise de sécurité alimentaire a annoncé l’interdiction immédiate de la commercialisation de plusieurs produits artisanaux très populaires, notamment le bissap, le jus de gingembre, le lait caillé, les glaces artisanales ainsi que des eaux conditionnées en sachets. Cette mesure radicale s’explique par les « non-conformités majeures » notées lors d’inspections sanitaires : produits fabriqués dans des conditions jugées dangereuses pour la santé publique, absence quasi-totale d’hygiène et autres pratiques à haut risque sanitaire.
Les autorités sanitaires gabonaises pointent, liste l’Agence de presse régionale, plusieurs dérives préoccupantes dans la chaîne de production artisanale, dont le recyclage de bouteilles plastiques récupérées dans la rue, l’utilisation d’eau non traitée et le stockage des produits dans des conditions favorisant la prolifération bactérienne. Ces pratiques, largement répandues dans le secteur informel, exposent les consommateurs à des risques sanitaires réels, justifie-t-on avant de relever que les enfants, principaux clients de ces boissons vendues entre 100 et 200 FCFA, figurent parmi les plus vulnérables. La mesure s’accompagne d’un vaste processus de recensement et d’encadrement des producteurs artisanaux de ces aliments proposés aux populations. « Les opérateurs concernés sont invités à se rapprocher des délégations provinciales pour s’enregistrer. L’objectif est de mettre en place un dispositif de suivi, incluant des formations aux bonnes pratiques d’hygiène et des contrôles de conformité. À terme, une liste officielle des producteurs autorisés sera publiée. Seuls les acteurs respectant les normes sanitaires et les exigences de traçabilité pourront reprendre leurs activités. Cette décision place les autorités gabonaises face à un défi majeur : concilier la protection des consommateurs avec la préservation des moyens de subsistance de milliers de familles. Si l’assainissement du secteur apparaît nécessaire, la réussite de cette réforme dépendra largement de la capacité de l’État à accompagner efficacement les acteurs informels vers la formalisation », mesure l’Agence de presse régionale sur un sujet sans doute partagé par plusieurs États africains.
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Au Burkina Faso, selon le ministère de la Santé, les maladies d’origine alimentaire sévissent de façon récurrente (lancement du projet de renforcement de la capacité de réponse aux urgences de sécurité sanitaire des aliments et l’amélioration de la qualité sanitaire de l’alimentation de rue au Burkina, lundi 27 novembre 2023). Cet état de fait est, indique le ministère, accentué par de nombreux facteurs, tels que la prolifération des aliments vendus sur la voie publique, la mauvaise utilisation des pesticides et antibiotiques, les mauvaises pratiques de production et de conservation, de préparation et de transformation des denrées alimentaires au niveau des ménages et des structures de transformation, la faiblesse du système de contrôle des aliments, le faible niveau d’information et de connaissance des risques par les populations.
Pour corroborer ce diagnostic du ministère, et pour ne prendre qu’un seul aspect, il suffit simplement d’observer les restaurants grands publics (encore appelés restaurants par terre) ; tout se passe et se présente comme si ces entités ne s’accommodaient pas de l’hygiène. Pourtant, quelles que soient la richesse ou la pauvreté du plat (pour ne pas dire son standing), l’hygiène devrait être le plus petit élément partagé. Autrement, la propreté, l’hygiène alimentaire ne sont pas une affaire de standing, mais simplement une prise de conscience de ce que cela implique.
Malheureusement, le manque d’hygiène tend tellement à s’ancrer dans le fonctionnement au quotidien de ces nombreux lieux publics que la moindre suggestion de bonnes pratiques d’hygiène peut même vous valoir des représailles verbales ou, dans le meilleur des cas, d’être carrément snobé, méprisé. Il en est de même pour bien d’autres offres d’aliments (jus, gâteaux, bouillies, fruits, grillades et autres fritures). Que dire de ces pratiques de production et/ou de conservation et de transformation ; où pesticides non homologués, produits chimiques et bien d’autres techniques nuisibles ont pignon sur rue chez nombre d’acteurs qui n’ont d’égards que pour leurs gains !
Au moment où l’autorité consent d’énormes efforts pour le renforcement des infrastructures sanitaires, l’accès des populations aux soins de santé… et le recouvrement des valeurs qui s’accommodent avec la quête du Burkina nouveau auquel exhorte le président du Faso, il ne sera pas superflu de convoquer publiquement cette préoccupation d’hygiène pour une prise de conscience populaire sur les enjeux qu’elle représente également dans l’alimentation. Cet impératif se justifie aussi par le fait que le sujet touche l’ensemble des populations, toutes catégories confondues, et indépendamment des conditions de vie et du statut social. Et comme, dit-on, une population malade n’est non seulement pas productive pour son pays, mais pire, constitue une charge pour celui-ci et pour elle-même, travailler à minimiser les risques en la matière est tout bénéfice pour chacun et pour la santé publique.
Pour ce faire, il est nécessaire, entre autres, de promouvoir auprès des populations les bons réflexes alimentaires pour préserver leur santé, minimiser les risques liés au manque d’hygiène et à la négligence dans l’alimentation. Il faut également éduquer les enfants sur le sujet (de la maternelle au lycée, à l’occasion de regroupements…). Dans la dynamique également, l’État peut davantage doter les structures compétentes en moyens humains et matériels, pour des mécanismes de contrôles populaires et permanents.
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O.L
Lefaso.net

