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Arnaques en ligne : « En recherchant le gain facile en matière de finances, on finit toujours par se faire avoir », prévient le Dr Jean Noël Bonkoungou

Publié le lundi 11 mai 2026 à 23h48min

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Arnaques en ligne : « En recherchant le gain facile en matière de finances, on finit toujours par se faire avoir », prévient le Dr Jean Noël Bonkoungou

Les plateformes d’investissement en ligne promettant des rendements rapides et spectaculaires continuent de séduire de nombreux Burkinabè. Toutefois, derrière certaines offres apparemment alléchantes se cachent, dans bien des cas, des systèmes frauduleux de type pyramide de Ponzi. Ce mécanisme, qui tire son nom de l’escroc italo-américain Charles Ponzi (popularisé dans les années 1920), repose sur un principe simple : les gains annoncés aux premiers investisseurs sont financés par l’argent des nouveaux adhérents, et non par des bénéfices générés par une activité économique réelle. Aucune création de valeur réelle n’étant à l’origine des rémunérations, le système s’effondre inévitablement lorsque l’afflux de nouveaux entrants ralentit ou cesse, laissant la plupart des participants en situation de perte. Pour le Dr Jean-Noël Bonkoungou, économiste spécialiste de la finance digitale et de l’inclusion financière, la recrudescence de ces arnaques s’explique d’abord par le faible niveau d’éducation financière d’une partie de la population. Il travaille notamment sur les interactions entre l’inclusion financière, la finance technologique, la qualité des institutions et le développement économique des pays d’Afrique de l’Ouest. Le spécialiste appelle à une vigilance renforcée, à un meilleur recours aux structures de contrôle, notamment la Brigade centrale de lutte contre la cybercriminalité (BLCC), et à l’orientation de l’épargne vers des placements réglementés, tels que la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM).

Lefaso.net : Expliquez-nous la pyramide de Ponzi ?

Dr Jean-Noël Bonkoungou : La pyramide de Ponzi, ainsi nommée d’après son auteur historique, Charles Ponzi, est un système d’arnaque récurrent dans le secteur de la finance digitale. Il consiste à créer des plateformes ou des liens invitant la population, en particulier les personnes dépourvues d’une éducation financière suffisante, à s’inscrire afin de bénéficier de gains prétendument faciles. Ce système attire des investisseurs avides de rendement et leur promet des rémunérations très élevées.

Les premiers inscrits perçoivent effectivement des retours importants, mais ces sommes proviennent en réalité des apports des nouveaux participants, construisant ainsi une pyramide financière. Lorsque le rythme d’entrée de nouveaux investisseurs ralentit ou s’interrompt, le mécanisme se bloque et s’effondre.

Comment expliquez-vous la recrudescence de ces systèmes d’arnaque au Burkina Faso ?

Je pense que cela s’explique principalement par la méconnaissance et le manque d’éducation financière. Au Burkina, le système prend de l’ampleur car certains acteurs vendent une illusion : ils affirment qu’il faut « injecter » de l’argent pour augmenter le capital d’une nouvelle structure. Dans la plupart des cas, le fonctionnement est identique : on promet des gains, puis on demande souvent d’amener deux, trois ou quatre nouvelles personnes.

L’emploi et les perspectives économiques jouent un rôle, mais le facteur déterminant reste le faible niveau de culture financière : au Burkina, les repères nécessaires pour distinguer un investissement légitime d’une fraude font défaut. Cela rend ces dispositifs plus faciles à mettre en place et plus difficiles à détecter. On a connu le « système 5M » il y a quelques années, puis d’autres mécanismes similaires. Au Niger, moins d’un mois avant mon intervention, un système de ce type aurait mobilisé près de 10 milliards de francs CFA avant de s’arrêter. Il est donc urgent de former la population burkinabè à reconnaître ces schémas.

Qu’est-ce que l’éducation financière, dans sa globalité ?

Lorsqu’on évoque l’éducation financière, beaucoup pensent d’abord à la gestion des finances personnelles. Or, cette définition est trop restrictive. L’éducation financière peut être définie comme l’ensemble des connaissances, compétences et comportements permettant à un individu de prendre des décisions éclairées concernant l’utilisation, la protection, l’investissement et la croissance de ses ressources financières, tout en comprenant les risques associés.

Cette définition doit être enrichie de plusieurs aspects souvent négligés. Il y a la connaissance des institutions et des produits financiers : comprendre le rôle des banques centrales (BCEAO), le fonctionnement des marchés réglementés (BRVM), les mécanismes de crédit, d’épargne et d’investissement. La maîtrise des risques liés à la finance digitale : savoir identifier les signaux d’alerte (promesses de rendements déraisonnables, absence de documentation légale, pression au recrutement d’autres utilisateurs), et distinguer les plateformes agréées des systèmes non régulés. L’évaluation des arbitrages entre liquidité, rentabilité et sécurité : un investisseur financièrement éduqué comprend qu’un gain potentiel élevé est corrélé à un risque tout aussi important, et qu’aucun placement « sans risque » ne peut offrir des rendements exponentiels constants.

Une dimension comportementale et psychosociale : l’éducation financière doit aider à résister aux biais cognitifs tels que l’appât du gain facile, l’effet d’entraînement ou l’illusion de la maîtrise, favorisant ainsi une prise de décision indépendante des sirènes marketing frauduleuses. Un apprentissage précoce et institutionnalisé : certains pays ont inscrit des programmes d’éducation financière dès l’école primaire, permettant une acquisition progressive des bases du système financier.
Ainsi, l’éducation financière ne se limite pas à la gestion d’un portefeuille personnel ; elle englobe la compréhension des enjeux et des risques de la finance, y compris dans l’environnement numérique.

« L’éducation financière ne se limite pas à la gestion d’un portefeuille personnel », pense le Dr Jean Noel Bonkoungou

Pourquoi ces systèmes d’investissement s’effondrent-ils, alors que leurs promoteurs les présentent comme solides, fiables et rassurants ?

En réalité, le créateur du système est généralement un investisseur ou un homme d’affaires qui cherche un retour sur investissement personnel. Lorsqu’il atteint son objectif, un seuil qu’il juge optimal, il peut décider de bloquer la plateforme, c’est-à-dire d’empêcher les retraits, tout en continuant à bénéficier de la confiance des victimes. Le mécanisme se ferme alors automatiquement, souvent sans préavis, laissant les investisseurs sans recours.

Les systèmes de paiements mobiles facilitent-ils et accentuent-ils ce phénomène ?

Oui. La plupart de ces plateformes utilisent le système de paiements mobiles, ce qui rend l’accès plus facile pour la population. Le « mobile money » permet des retraits de petits montants, perçus comme moins contraignants et plus anodins. Les promoteurs exploitent cette apparente normalité. Cela constitue également une limite pour les systèmes de contrôle : dès lors que de petits montants semblent inoffensifs, le risque global devient plus difficile à percevoir.

Le cadre réglementaire burkinabè est-il suffisamment outillé pour détecter ou stopper rapidement ces pratiques ?

En théorie, oui. Il existe la Brigade centrale de lutte contre la cybercriminalité (BLCC), qui intervient après dénonciation. Cependant, pour stopper le phénomène, il faudrait identifier clairement les acteurs avant qu’ils ne produisent trop de victimes. Or, la plupart des personnes touchées ne disposent ni de récépissé, ni d’agrément de la BCEAO, ni d’aucun document. Les « cerveaux » sont souvent difficiles à localiser, et les plateformes peuvent être hébergées à l’étranger (États-Unis, Japon, Ghana, etc.), ce qui rallonge les procédures. La réglementation existe donc, mais sa mise en œuvre pratique demeure lourde.

Ce type d’arnaque touche-t-il aussi les institutions financières, les banques et les multinationales ?

Oui, mais la pyramide de Ponzi concerne plus directement la population via le recrutement de nouveaux adhérents. Les banques peuvent subir des attaques numériques (hackers) pouvant entraîner des transferts massifs, voire une faillite. Cela relève des risques propres à la finance digitale, mais ne signifie pas qu’il faut renoncer à celle-ci. Au contraire, la finance digitale est un vecteur important de développement ; il convient de renforcer les garde-fous.

Pourquoi a-t-on l’impression que l’on découvre toujours ces arnaques après les conséquences ?

Parce que le dispositif fonctionne rapidement au départ : promesse d’investir 50 000 FCFA avec un rendement de 30 % supplémentaire, versé dans la même journée ou quelques jours plus tard. Ces retours concrets se propagent par bouche-à-oreille et attirent de nouvelles personnes. Les preneurs de risque initiaux peuvent en profiter, mais ceux qui arrivent tardivement subissent les pertes.

Quelles mesures ou recommandations pouvez-vous formuler à destination des populations et du législateur ?

Je salue le travail de la BLCC et de la CIL (Commission de l’informatique et des libertés). Toutefois, j’appelle la population à la vigilance : toutes les plateformes ne sont pas fiables. En recherchant le gain facile, on finit souvent par se faire avoir. Pour investir, il faut privilégier des plateformes reconnues et réglementées, comme la BRVM. Les crypto-monnaies font l’objet de discussions à la BCEAO, mais il faut éviter les plateformes sans dossier, sans document ni représentation locale. En cas d’exposition à un dispositif suspect, informez la BLCC. Enfin, il est essentiel d’avoir une culture financière afin d’éviter toutes formes d’arnaques. Je remercie votre média de contribuer à cette sensibilisation.

Interview réalisée par Farida Thiombiano
Lefaso.net

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