Côte d’Ivoire : De la CEI au Conseil d’État, pourquoi la nomination de Kuibiert Coulibaly interroge-t-elle ?
Au lendemain de la dissolution de la Commission électorale indépendante ivoirienne, Ibrahime Kuibiert Coulibaly, qui en assurait la présidence, a été nommé nouveau président du Conseil d’État. Une décision légalement encadrée mais qui suscite des interrogations sur la continuité de son influence au sein du système électoral ivoirien.
C’est par décret présidentiel que le magistrat hors hiérarchie, groupe A, a pris les rênes de la plus haute juridiction administrative du pays. Bien que sa nouvelle mission ne soit plus d’organiser les élections, le juriste ivoirien reste cependant lié au traitement des questions électorales.
Selon son nouveau cahier des charges, en effet, Kuibiert Coulibaly sera désormais chargé d’examiner les contentieux liés aux élections régionales et municipales et de trancher sur les éventuels litiges portant sur ces scrutins.
Ce passage quasi immédiat d’un organe chargé de l’organisation des élections dont le travail avait soulevé des « réserves et critiques », d’après le porte-parole du gouvernement, vers une juridiction appelée à arbitrer certains contentieux électoraux alimente ainsi le débat sur la neutralité institutionnelle et l’indépendance des organismes électoraux en Côte d’Ivoire.
Selon le politologue et essayiste ivoirien, Geoffroy Julien Kouao, joint au téléphone par Lefaso.net, « la CEI n’a peut-être pas su répondre aux attentes démocratiques des Ivoiriens au regard des nombreux dysfonctionnements qui l’ont caractérisée dans l’organisation des différents scrutins, surtout le scrutin présidentiel. Mais le président de la République dispose d’un pouvoir discrétionnaire et il nomme qui il veut », analyse-t-il.
L’essayiste ivoirien estime qu’il est certainement temps « de réfléchir au mode de désignation des responsables de juridictions suprêmes ».
Concernant l’indépendance dans l’arbitrage des élections, l’auteur du livre "Côte d’Ivoire, une démocratie sans démocrates" se projette : « On va voir Monsieur Kuibiert et ses collaborateurs à l’œuvre. On va attendre jusqu’en 2028 lors des élections municipales pour voir dans la gestion des contentieux si le Conseil d’État fera preuve d’objectivité et de neutralité ».
À cette heure, les principaux partis d’opposition n’ont pas officiellement réagi à cette nomination. Cependant, le COJEP (Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples) de l’ex-ministre de la Jeunesse, Blé Goudé, s’est réjoui de la dissolution de la CEI et voit dans celle-ci une décision devant aboutir à la mise en place d’un organe « véritablement indépendant ».
Samira Ouédraogo
Correspondante à Abidjan
Lefaso.net

