Médecine du travail : « La prévention des risques professionnels coûte toujours moins cher que les conséquences », alerte la SOBUMET
La Société burkinabè de médecine du travail (SOBUMET) organise, du 11 au 13 mai 2026 à Ouagadougou, son 2ᵉ congrès scientifique international. À travers cette rencontre, les acteurs du domaine veulent repositionner la santé et la sécurité au travail comme un levier stratégique du développement durable et endogène en Afrique. L’annonce a été faite ce 7 mai 2026 au cours d’une conférence de presse animée par la présidente de la SOBUMET, Marthe Sandrine Sanon Lompo, entourée de membres du comité d’organisation.
« La santé et la sécurité au travail ne doivent plus être considérées comme des questions secondaires ou uniquement réglementaires. » Face à la presse, la présidente de la SOBUMET, Marthe Sandrine Sanon Lompo, a expliqué que cette deuxième édition se veut un cadre de réflexion scientifique, professionnelle et institutionnelle autour des enjeux de santé et de sécurité au travail sur le continent africain. Le thème retenu cette année est : « Rôle stratégique de la santé sécurité au travail dans les initiatives de développement durable et endogène en Afrique ».
Pour la présidente de la SOBUMET, ce thème traduit une volonté de repositionner la santé au travail comme un véritable outil de développement économique et social. « Elles constituent désormais un levier stratégique de développement économique, de justice sociale, de performance institutionnelle et de dignité humaine », a-t-elle déclaré en parlant des questions de santé et de sécurité au travail.
Environ 500 participants du Burkina Faso et de plusieurs pays africains sont attendus à ce rendez-vous scientifique. Chercheurs, médecins, ingénieurs, spécialistes QHSE, décideurs publics, employeurs, travailleurs, partenaires techniques, universitaires et étudiants prendront part aux échanges.
Selon les organisateurs, l’objectif est de réfléchir à des solutions adaptées aux réalités africaines dans un contexte marqué par de profondes mutations économiques, industrielles et technologiques. Des transformations qui, selon la SOBUMET, exposent davantage les travailleurs à de nombreux risques professionnels. Au cours de la conférence de presse, la société savante a rappelé qu’un accident du travail est un accident qui survient sur le lieu de travail ou dans tout autre endroit où l’employé se trouve en raison de son activité professionnelle. Elle a également présenté les principales catégories de risques auxquels les travailleurs sont exposés au quotidien.
Il s’agit d’abord des risques physiques comme le bruit, la luminosité excessive ou encore les vibrations. À ceux-ci s’ajoutent les risques mécaniques liés notamment aux objets tranchants et aux machines. La SOBUMET a aussi évoqué les risques biologiques et chimiques causés par les microbes, virus ou produits toxiques. Les risques ergonomiques liés aux manutentions manuelles, aux mauvaises postures et aux gestes répétitifs figurent également parmi les facteurs de danger identifiés.
Enfin, les risques psychosociaux, comprenant les différentes formes de violences et les souffrances psychologiques en milieu professionnel, ont été soulignés.
Pour Marthe Sandrine Sanon Lompo, ces risques concernent plusieurs secteurs d’activités, notamment le BTP, l’agro-industrie, les mines, les établissements de soins ainsi que le secteur informel. « Dans nos pays africains, les transformations économiques, industrielles et technologiques s’accélèrent. Mais ces mutations s’accompagnent également de nombreux défis », a-t-elle indiqué.
La SOBUMET a particulièrement insisté sur la nécessité de promouvoir une culture de prévention dans les entreprises et les administrations. « Il devient indispensable de promouvoir une véritable culture de prévention et de faire de la santé sécurité au travail un investissement prioritaire pour les États, les entreprises et les organisations », a-t-elle soutenu.
Le Burkina Faso fait d’ailleurs face à un déficit de spécialistes dans le domaine. Selon les chiffres communiqués par la SOBUMET, le pays compte environ une centaine de médecins du travail avec un nombre en hausse de spécialistes en formation. Quant aux statistiques de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), elles font état de 1 202 accidents de travail et maladies professionnelles enregistrés en 2023. Des données qui ne prennent cependant pas en compte les travailleurs de la fonction publique et ceux du secteur informel.
Pour les organisateurs, ces chiffres sont révélateurs de l’ampleur du défi. Ils estiment que la prévention reste moins coûteuse que les conséquences humaines, sociales et économiques des accidents et maladies liés au travail. « Un travailleur en bonne santé est un facteur de productivité, de stabilité sociale et de croissance durable », a affirmé Marthe Sandrine Sanon Lompo.
Durant les trois jours du congrès, plusieurs sous-thématiques seront abordées. Les participants échangeront notamment sur la prévention des risques professionnels et la productivité des entreprises, la responsabilité sociétale des entreprises et la protection de l’environnement, les risques professionnels dans le BTP, l’agro-industrie et le secteur informel, ainsi que la santé et la sécurité au travail en milieu de soins.
La question de la santé mentale au travail occupera également une place importante dans les discussions. Selon la présidente de la SOBUMET, les crises sécuritaires, les pressions organisationnelles et les transformations digitales exposent de plus en plus les travailleurs à des risques psychosociaux nécessitant une attention particulière. En plus des communications scientifiques, le congrès se veut un espace de plaidoyer. À travers cette initiative, la SOBUMET entend attirer l’attention des décideurs publics, des employeurs et de l’opinion publique sur l’importance de bâtir des environnements de travail plus sûrs, plus humains et plus durables.
La rencontre connaîtra la participation d’experts nationaux et internationaux ainsi que plusieurs institutions partenaires parmi lesquelles l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Organisation internationale du travail (OIT), la CNSS, la CARFO, l’OST, des universités et plusieurs départements ministériels.
Tout en saluant l’accompagnement des autorités administratives, des partenaires techniques et financiers ainsi que des médias, Marthe Sandrine Sanon Lompo a invité l’ensemble des acteurs concernés à prendre une part active à cette rencontre scientifique et professionnelle.
Farida Thiombiano
Lefaso.net

