Région des Koulsé : Sous l’impulsion du PCRSS-Burkina, l’agriculture renforce la résilience et rallume l’espoir
Dans les Koulsé, les champs reverdis remplacent peu à peu les stigmates de l’insécurité. Du 22 au 25 avril 2026, la mission de suivi des investissements du Projet communautaire de relèvement et de stabilisation du Sahel-Burkina Faso (PCRSS-Burkina) sillonne plusieurs localités de la région. Objectif, aller à la rencontre de producteurs engagés dans la campagne sèche. À Kourpellé, Solomnoré ou encore Silmidougou, hommes et femmes reprennent possession de leurs terres, relancent les cultures maraîchères et reconstruisent leurs moyens d’existence grâce aux appuis du projet. Entre récits de retour, récoltes prometteuses et défis persistants, ce reportage plonge au cœur d’un Sahel qui résiste et se relève par le travail de la terre.
Il est 10h19, sous un soleil déjà bien installé. Nous arrivons à Kourpellé, ce village peuplé de plus de 1 000 habitants, situé dans la commune de Kongoussi, province du Bam. Un paysage sahélien se dévoile, marqué en partie de terres ocres. C’est un parcours jadis à risque pour avoir traversé les localités notamment de Darigma et de Tanguema jusqu’à notre destination. Beaucoup jusqu’à présent n’oseraient pas s’y aventurer ; estimant que la zone est toujours sous l’emprise des terroristes. Grâce aux opérations sécuritaires menées ces dernières années par les Forces armées nationales dans cette localité du Burkina Faso, la mission de suivi des investissements du PCRSS-Burkina est arrivée sans incident.
Très vite, visiteurs et hôtes prennent place sous un hangar aménagé pour la circonstance. Assis sur des bancs en bois, les membres de la délégation sont invités à se rafraîchir avec du “zoom koom’’, cette boisson locale prisée pour ses vertus désaltérantes. Dans une atmosphère conviviale, les premiers échanges s’engagent. Les représentants du PCRSS-Burkina saluent les autorités locales et les leaders communautaires du village de Kourpellé, avant de rappeler le contexte de leur présence.
Après donc les civilités d’usage, les activités peuvent véritablement démarrer avec l’autorisation des responsables du village. Pendant notre marche pour rejoindre les sites des producteurs, des séquelles des attaques perpétrées dans cette zone sont encore perceptibles. Un véhicule calciné, des bâtiments portant encore l’impact de balles, un pylône de télécommunications endommagé…
C’est le cas des bénéficiaires du PCRSS-Burkina. Au cœur des périmètres maraîchers où la campagne sèche bat son plein, sur les parcelles de tomates, les femmes s’activent sans relâche. Certaines arrosent méthodiquement les plants à l’aide d’arrosoirs, pendant que d’autres sarclent les rangées pour limiter les mauvaises herbes. À mesure que le regard se pose sur les champs verdoyants, les fruits rouges apparaissent, témoignant du travail constant des exploitants qui s’organisent en groupes ou en familles pour optimiser le rendement.
Ici, chacun trouve sa place dans la chaîne de production jusqu’à la récolte. Cette complémentarité renforce non seulement la productivité des exploitations, mais aussi les moyens de subsistance des ménages, dans un contexte où l’agriculture reste un pilier essentiel de résilience pour les populations locales. Sur place, les équipes ont pu apprécier l’impact concret du projet sur les conditions de production et les moyens de subsistance des populations bénéficiaires.
Rachelle Nana/Zongo, point focal du PCRSS-Burkina, la direction provinciale en charge de l’agriculture, des ressources animales et halieutiques du Bam, situe le cadre de l’intervention. Elle rappelle que l’État et ses partenaires apportent un soutien constant aux populations. C’est dans cette dynamique que le Projet communautaire de relèvement et de stabilisation du Sahel déploie ses activités dans la région des Koulsé, notamment dans la commune de Kongoussi. Cela, afin d’accompagner les communautés affectées par la crise sécuritaire et humanitaire.
1 168 producteurs bénéficiaires du PCRSS-Burkina dans le Bam
Madame Nana détaille ainsi les appuis mobilisés sur le terrain. La province du Bam, souligne-t-elle, a bénéficié de 180 tonnes d’engrais, composées de 100 tonnes de NPK et de 80 tonnes d’urée. À cela s’ajoutent 8 060 kilogrammes de semences, réparties entre l’oignon, la tomate, le chou et la pomme de terre. Ces intrants arrivent dans un contexte où les producteurs cherchent à relancer leurs activités et à sécuriser leurs productions en saison sèche.
Au total, 1 168 producteurs ont bénéficié de cet accompagnement. Parmi eux, 650 personnes déplacées internes (PDI) issues de villages réinstallés, aux côtés de 467 membres des communautés hôtes. Sur le terrain, cette cohabitation se traduit par un travail collectif et une solidarité visible dans les périmètres maraîchers.
Il s’agit notamment, précise-t-elle, des villages de Darigma, Kourpellé et Tanguema, où les conditions hydriques favorisent les cultures. Sur les sites visités, les superficies emblavées témoignent de l’ampleur des activités engagées. Au total, 108 hectares ont été mis en valeur selon le point focal du PCRSS-Burkina de la province du Bam. La tomate occupe la plus grande part avec 60 hectares, suivie du chou sur 25 hectares, de l’oignon sur 15 hectares et de la pomme de terre sur 8 hectares. Ces chiffres prennent forme sous les yeux de la mission, à travers des champs bien entretenus où les cultures évoluent à différents stades de croissance.
Au nom du directeur provincial, Rachelle Nana/Zongo exprime sa reconnaissance envers le PCRSS-Burkina. Elle salue un appui qui soulage concrètement les populations, en particulier les personnes réinstallées dans leurs localités d’origine. Sur les parcelles, les producteurs récoltent déjà les fruits de leur travail. Ils s’organisent, valorisent les intrants reçus et tirent des revenus de la vente des productions, ce qui contribue à renforcer les moyens d’existence des ménages.
Mais au-delà des acquis, les défis restent présents. Pour Rachelle Nana, point focal du PCRSS-Burkina dans le Bam, la question sécuritaire demeure centrale et conditionne la continuité des activités. Les producteurs expriment également des besoins persistants en semences, notamment en termes de disponibilité à temps et d’adaptation aux réalités locales. À cela s’ajoutent le manque de matériel et l’accès difficile aux produits phytosanitaires. Dans cette perspective, les acteurs locaux encouragent le renforcement des capacités des producteurs, notamment pour la production de pesticides biologiques, afin de réduire les coûts et d’améliorer durablement les pratiques agricoles.
Nous sommes jeudi 23 avril 2026. Il est 10h18 lorsque la mission atteint Solomnoré, un village de la commune de Pissila, dans la province du Sandbondtenga (ex-Sanmatenga). Il se situe à une douzaine de kilomètres de Pissila et de la route nationale 3 reliant Tougouri à Kaya. La localité s’étend dans un paysage sahélien marqué par la résilience de ses habitants. Fort de plus de 2 000 âmes, Solomnoré porte encore les stigmates des attaques qui ont provoqué le déplacement de nombreuses familles.
Mais peu à peu, les habitants regagnent leurs terres et reprennent leurs activités, soutenus par les interventions du Projet communautaire de relèvement et de stabilisation du Sahel-Burkina Faso. À l’entrée du village, les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) accueillent la délégation, illustrant leur rôle de veille et de protection des communautés. Leur présence visible rassure et témoigne des dispositifs mis en place pour sécuriser les populations réinstallées. Dans cette localité marquée par les défis sécuritaires, cette mobilisation des forces combattantes apparaît comme un maillon essentiel pour permettre la reprise des activités agricoles et le retour progressif à une vie normale.
Les cultures maraîchères y reprennent vie, portées par les appuis en intrants et par un suivi technique assuré par les services de l’agriculture. Dans le cadre d’un protocole signé entre le PCRSS et la direction régionale en charge de l’agriculture, des agents techniques accompagnent régulièrement les producteurs. Cela, afin d’améliorer les pratiques culturales et d’optimiser les rendements. Grâce à cet encadrement de proximité, les exploitants maîtrisent davantage l’utilisation des semences et des engrais mis à leur disposition. Et ce, malgré les défis sécuritaires. À l’image de Kourpellé, la dynamique de relance agricole se dessine progressivement, entre espoir de stabilité et volonté de reconstruire des moyens d’existence durables.
Jérémie Ouédraogo, président des coopératives des maraîchers de Solomnoré, prend la parole au nom des producteurs. Il explique que lui-même et l’ensemble des membres bénéficient des appuis du PCRSS-Burkina, notamment en semences et en engrais pour la culture du chou et de la tomate. Sur les périmètres, ces intrants se traduisent concrètement par des parcelles mises en valeur et une activité agricole qui reprend progressivement, portée par l’engagement des coopérateurs.
Il soutient que cet appui permet aux producteurs de subvenir à leurs besoins essentiels et d’assurer, autant que possible, la prise en charge des soins de leurs familles en cas de maladie. Dans un contexte marqué par la vulnérabilité, cet accompagnement représente à ses yeux un véritable soulagement pour toute la communauté. Cette communauté qui retrouve peu à peu des repères économiques et sociaux.
À la fin des échanges, l’atmosphère se détend et laisse place à une joie palpable parmi les producteurs. Heureux de recevoir la visite des acteurs du PCRSS-Burkina et de partager les fruits de leur travail, hommes et femmes se rapprochent spontanément, échangent des sourires et des mots de gratitude. Dans cet élan collectif, l’idée d’une photo de famille s’impose comme une évidence. Tous se rassemblent, se mettent en place avec fierté devant les parcelles verdoyantes.
Vendredi 24 avril 2026, le cap est mis sur Silmidougou, une localité située à environ 9 kilomètres au nord-ouest de la commune de Mané, dans la province du Sandbondtenga. Tout au long du trajet, la mission progresse jusqu’à la croisée des forces combattantes en plein contrôle sur l’axe emprunté. Ces dispositifs de sécurité, visibles à Kourpellé comme à Solomnoré, rappellent le contexte encore sensible de la zone, tout en traduisant les efforts déployés pour sécuriser les populations.
Il est 10h44 lorsque la mission atteint le site de Razinga, dans le village de Silmidougou.
Les planches verdoyantes témoignent du travail minutieux des producteurs, qui s’activent à entretenir leurs cultures malgré les contraintes. Ici, les oignons ont déjà été récoltés bien avant l’arrivée de la délégation, laissant place à d’autres spéculations en pleine croissance. L’ensemble du site reflète une dynamique agricole en marche, portée par les appuis reçus et la détermination des exploitants.
Il exprime sa gratitude envers les donateurs pour les semences et les engrais mis à sa disposition, qui soutiennent concrètement son travail. Sa récolte, prévue dans une dizaine de jours, représente pour lui bien plus qu’une simple production. Elle constitue une source essentielle de revenus et de subsistance. Grâce à cet appui, il entrevoit la possibilité de répondre à ses besoins, mais aussi de venir en aide à ses proches, renforçant ainsi les liens de solidarité au sein de sa famille.
Sous l’ombre légère d’un arbre en bordure des parcelles, Sibri Georges Sawadogo, président des coopératives maraîchères de la localité, replonge dans ses souvenirs encore vifs. Il raconte une période de refuge marquée par l’incertitude et les difficultés quotidiennes. Loin de leur village, lui et les siens louaient des habitations, faisaient face aux charges familiales, tout en faisant l’effort de survivre avec des moyens limités. Dans ce contexte précaire, chaque dépense devient un défi. Aujourd’hui, de retour sur ses terres, il laisse transparaître un soulagement visible. Retrouver son village et reprendre ses activités agricoles redonne un sens à son engagement et ravive l’espoir d’un avenir plus stable.
Une performance qui traduit à la fois son expérience et l’impact des appuis reçus. Dans une dynamique d’innovation, il expérimente également, avec les membres de sa coopérative, la culture du blé sur une superficie de 3 hectares. L’initiative porte ses fruits, avec une production estimée à près de 2 tonnes. Pour lui, cette diversification ouvre de nouvelles perspectives et renforce la résilience des producteurs face aux aléas.
Au terme de plusieurs étapes de terrain, la mission marque une pause d’échanges avec Moussa Sawadogo, directeur régional de l’Economie et de la planification des Koulsé et chef d’antenne du PCRSS-Burkina dans la région des Koulsé. D’emblée, il rappelle le sens et la portée du projet. Le PCRSS, explique-t-il, vise à accompagner le développement des communautés dans la zone du Liptako-Gourma. Un espace confronté à de multiples défis, mais disposant d’un important potentiel, notamment dans le secteur agricole. Structuré autour de cinq composantes, dont quatre sont effectivement déployées dans cette zone, le projet se veut un levier de relèvement et de stabilisation durable. Dans la région des Koulsé, cette ambition se traduit concrètement sur le terrain.
Pourtant, il y a encore quelque temps, l’insécurité rendait les champs inaccessibles. Cette situation obligeait les producteurs à abandonner une activité qui constitue leur principale source de revenus. Comme beaucoup d’autres exploitants, elle a suspendu ses travaux, dans l’incertitude du lendemain. Aujourd’hui, le retour progressif de l’accalmie dans la province du Sandbondtenga change la donne. Emilienne Sawadogo reprend ses activités avec détermination, soutenue par les appuis du PCRSS-Burkina en semences d’oignon et en engrais, notamment l’urée et le NPK. Pour elle, ces intrants représentent bien plus qu’un simple accompagnement, ils relancent toute une dynamique de production.
Après dix années passées dans la culture de l’oignon, Emilienne Sawadogo s’impose désormais comme une productrice expérimentée dont la réputation dépasse les limites de Mané. Mère de cinq enfants, elle contribue activement à l’équilibre économique de son foyer grâce aux revenus tirés de son exploitation. Chaque année, elle produit au minimum 10 tonnes d’oignons bulbes et environ 50 kilogrammes de semences, pour un revenu estimé à près de 3 millions de francs CFA. Sur le terrain, ses performances suscitent l’admiration des autres producteurs et illustrent la place grandissante des femmes dans le développement des activités maraîchères et la résilience des communautés rurales.
Au total, 610 tonnes d’engrais, composées de NPK et d’urée, ont été mises à disposition, accompagnées de semences maraîchères ainsi que de 11,5 tonnes de pomme de terre destinées à la production de contre-saison. Ces intrants soutiennent directement les exploitants dans leurs activités et contribuent à renforcer les capacités de production dans un contexte marqué par la vulnérabilité.
Environ 10 000 bénéficiaires d’engrais
Les chiffres avancés donnent la mesure de l’intervention. Environ 10 000 producteurs bénéficient des engrais, tandis que 4 800 autres accèdent aux semences améliorées. Sur le terrain, ces appuis prennent vie à travers des champs verdoyants, des parcelles bien entretenues et une mobilisation visible des producteurs.
Après trois jours de tournée dans les différentes localités de la région, le constat du chef d’antenne régionale des Koulsé se veut encourageant. Il observe des producteurs engagés, déterminés et porteurs d’un réel optimisme quant aux résultats de la campagne. Les récoltes en cours et les perspectives annoncées traduisent, selon lui, une amélioration tangible de la sécurité alimentaire. Une dynamique qui s’inscrit dans la vision des plus hautes autorités du pays, pour qui l’autosuffisance alimentaire demeure une priorité stratégique.
Dans cette dynamique, Moussa Sawadogo invite les bénéficiaires à poursuivre leurs efforts, à maintenir leur engagement dans les activités agricoles et à continuer de travailler pour consolider les acquis. Pour lui, le relèvement des communautés passe nécessairement par la constance dans le travail et par une appropriation durable des actions mises en œuvre. L’objectif reste de bâtir des bases solides pour une stabilisation à long terme.
Lancé en 2021, le PCRSS s’étend jusqu’au 31 décembre 2026. Il résulte d’une initiative des gouvernements du Burkina Faso, du Mali et du Niger, avec l’appui technique et financier de la Banque mondiale. Au pays des hommes intègres, le projet couvre trois régions, à savoir les Koulsé, le Yaadga et le Sahel. Mis en œuvre dans 29 communes, dont 11 dans la seule région des Koulsé, son financement repose sur une enveloppe de 75 milliards de francs CFA apportée par la Banque mondiale, complétée par environ 4,5 milliards de francs CFA mobilisés par l’État burkinabè. Un investissement conséquent, à la hauteur des enjeux de relèvement et de résilience des populations.
Au fil des kilomètres parcourus dans les villages des Koulsé, une évidence s’impose. Malgré les blessures laissées par l’insécurité et les déplacements, les communautés gardent intacte leur volonté de reconstruire leur quotidien par le travail de la terre. Dans les champs verdoyants de tomate, de chou ou d’oignon, chaque récolte porte l’empreinte d’une résilience silencieuse, nourrie par l’espoir de jours meilleurs. À travers le PCRSS-Burkina, ce ne sont pas seulement des semences et des engrais qui parviennent aux producteurs, mais aussi une opportunité de relèvement, de dignité retrouvée et de stabilisation durable pour des populations déterminées à reprendre en main leur destin.
Hamed Nanéma
Lefaso.net

