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Burkina/De l’université au chantier : Le pari réussi d’Abdoulaye Ki

Publié le mardi 28 avril 2026 à 23h08min

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Burkina/De l’université au chantier : Le pari réussi d’Abdoulaye Ki

Alors qu’il était en deuxième année d’études en histoire et archéologie à l’université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou en 2022, Abdoulaye Ki a fait un choix audacieux : quitter le campus pour embrasser le métier de maçon. Installé à Koin, son village natal situé à environ 7 km de Toma, chef-lieu de la province du Nayala, il s’est progressivement imposé comme une référence locale dans le domaine de la construction. Portrait d’un étudiant reconverti qui bâtit aujourd’hui sa réussite loin des amphithéâtres.

Vigile la nuit et parfois aide-maçon pendant ses heures libres, Abdoulaye Ki a dû multiplier les activités pour financer sa scolarité durant ses deux années à l’université Joseph Ki-Zerbo. Très vite, il lui devient difficile de concilier ses études et ses petits boulots. Ce fils de cultivateur se retrouve alors face à un dilemme : réussir à l’université ou subvenir à ses besoins. « Je me débrouillais seul pour tous mes besoins, et jongler entre petits boulots (gardiennage, manœuvre…) et révisions devenait intenable », explique le trentenaire.

Le temps passe, mais les perspectives tardent à s’éclaircir. Il décide alors de trancher entre les études et les activités génératrices de revenus. C’est ainsi qu’il met un terme à son cursus universitaire pour se consacrer à la maçonnerie, un métier qu’il avait commencé à apprendre. « Je voyais les années passer et je me sentais bloqué. J’avais soif d’apprendre. C’est là que j’ai compris qu’il fallait choisir », confie l’ex-pensionnaire de la cité universitaire dite « Cité chinoise » à Ouagadougou. Il quitte ainsi la capitale en 2023 pour regagner son village natal de Koin.

Sur les planches, Abdoulaye Ki et son équipe achèvent la construction de cette maison à Issapougo (village à quelques 4 km de Koin)

Quand l’obligation se transforme en opportunité

Tout bascule lorsque son frère aîné décide de s’engager comme Volontaire pour la défense de la patrie (VDP). Abdoulaye Ki se voit alors contraint de rentrer au village pour soutenir son père âgé de 69 ans et participer aux travaux champêtres afin de subvenir aux besoins de la famille. « Koin n’était pas un choix de carrière au départ, c’était une contrainte familiale devenue une opportunité. Quand mon grand frère est parti, il n’y avait plus personne aux côtés de nos parents. À Ouagadougou, entre les difficultés à l’école et le manque de moyens, je me sentais mal à l’aise. J’ai donc décidé de revenir pour les soutenir. C’était mon devoir de fils », explique-t-il.

La transition de l’université à la maçonnerie

« C’est en forgeant que l’on devient forgeron », dit l’adage. Abdoulaye Ki en est une parfaite illustration. Sans formation formelle, il apprend le métier sur le tas. « Le chantier a été mon école. J’ai appris en regardant, en faisant, en me trompant et en recommençant. Mes premiers formateurs ont été les anciens maçons », raconte-t-il. De simple manœuvre, il devient progressivement aide-maçon, puis maçon à part entière.

Cette maison clôturée a été construite par Abdoulaye Ki

Un premier chantier décisif

Son premier grand défi est la construction d’une maison de 28 tôles dans son village. Accompagné d’un aîné du métier, il relève le défi avec succès. « Ma fierté, c’est lorsque le propriétaire a reconnu la qualité du travail. Ce jour-là, j’ai compris que j’étais sur la bonne voie », se souvient-il.

Depuis, les opportunités se multiplient. Entre 2023 et 2026, il affirme avoir construit de nombreuses maisons à Koin et dans les villages environnants.

Malgré les difficultés rencontrées, Abdoulaye Ki ne nourrit aucun regret. « Aujourd’hui, je subviens à mes besoins et je suis autonome. La construction nourrit mon quotidien, et les concours nourrissent mon ambition. J’ai choisi d’avancer autrement », assure-t-il.

L’équipe sur le chantier

Du doute familial à la fierté

À son retour au village, convaincre ses parents n’a pas été facile. « Au début, c’était l’inquiétude. Ils avaient peur pour mon avenir. Mais je les ai convaincus par mes actes. Aujourd’hui, ils ne disent pas que je suis maçon, ils disent que je construis. Leur peur s’est transformée en fierté », se réjouit-il.

Des ambitions toujours tournées vers l’apprentissage

S’il a quitté l’université, Abdoulaye Ki ne tourne pas le dos à l’apprentissage. Toutefois, un retour en Histoire et archéologie n’est plus envisagé. « Si une opportunité de formation technique en bâtiment se présente (CAP maçonnerie ou gestion de chantier), je la saisirai. Pour moi, les études doivent servir le métier », affirme-t-il.
Déterminé à évoluer, il s’est fixé trois objectifs : se perfectionner dans le bâtiment pour devenir un maçon exemplaire, créer sa propre équipe et former d’autres jeunes.

Une maison en finition

Un appel à soutien

Malgré ses avancées, il fait face à plusieurs difficultés : manque d’équipements, insuffisance de formation et retards de paiement. Le déficit en matériel reste le principal obstacle à son développement. Il lance ainsi un appel aux bonnes volontés pour un soutien en matériel ou en financement afin de renforcer son activité.
En attendant, il poursuit son travail aux côtés de cinq collaborateurs, dont son ami Jean Eudes Paré, ancien étudiant en linguistique reconverti lui aussi. Ensemble, ils ambitionnent de devenir de grands entrepreneurs du bâtiment.

Enfin, Abdoulaye Ki invite les populations à lui faire confiance pour leurs projets de construction. Au-delà de Koin, il se dit disponible pour intervenir dans d’autres localités du Burkina Faso. « Mon parcours, c’est la preuve qu’on peut tomber du banc de l’amphi, se relever sur un chantier, et bâtir sa vie brique par brique », a-t-il conclu.

Serge Ika Ki
Lefaso.net

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