Nous sommes le  
LeFaso.net, l'actualité Burkinabé sur le net
Proverbe du Jour : «La Constitution ne garantit pas le bonheur, seulement la poursuite de celui-ci. Vous devez le rattraper vous-même» Benjamin Franklin

Bado Laurent, député : "Je suis allé en politique pour que mon tercérisme soit connu de tous les continents"

Accueil > Actualités > Politique • • mardi 4 novembre 2003 à 10h27min
Bado Laurent, député :

L’air du temps au Burkina Faso est aux réformes politiques et institutionnelles. Réforme de l’Etat, décentralisation, couverture sociale des travailleurs..., autant de questions en "débat" et par rapport auxquelles les attentes sociales sont très fortes.

Sur toutes ces questions et bien d’autres sujets , nous avons approché le député Laurent Bado, juriste-administrativiste bien connu, pour qu’il nous donne son entendement. Un entretien détonnant , bien dans le style de l’homme.

Laurent Bado, député

On est passé de la modernisation de l’administration à la réforme de l’Etat sans arriver encore à aborder les dysfonctionnements tant décriés. Quel contenu donnez-vous à cette réforme de l’Etat, capable de guérir notre administration de tous ses maux ?

La modernisation visait à rendre l’appareil administratif d’Etat plus fexible, plus productif, plus motivant et moins coûteux. L’accent était alors mis sur les structures , les méthodes et procédures, les ressources humaines et matérielles, etc. La réforme de l’Etat est plus globale, plus systémique : elle englobe l’environnement de l’Etat, développeur pour éviter une cassure entre consensus social et consensus politique et pour amener les citoyens à ne pas voir le processus de développement à la charge de l’Etat comme une construction de l’extérieur.

La persistance des dysfonctionnements tient à une mentalité secrétée par la Révolution d’Août : l’Etat est accaparé par les agents du pouvoir comme il l’était par les CDR et les CR. Du coup, il n’ y a plus de rationalisation structurelle, le gigantisme gouvernemental, (une trentaine de ministères contre la moitié aux Etats-Unis d’Amérique !) pour placer des amis politiques entraîne les duplications fonctionnelles ; plus de sens de la hiérarchie et de l’Etat de droit, plus de respect de la chose politique, plus de compétence et plus, plus , plus... Il faut donc opter pour une spécialisation ministérielle horizontale et non verticale, rétablir l’autorité de la loi au sens large , le sens de la hiérarchie et le respect de la déontologie de la Fonction publique.

Quels sont, selon vous, les maux qui minent notre Fonction publique ?

Ils sont connus du public ! Entre autres, le laxisme, l’absentéisme, la corruption , la favoritisme, le clientélisme, la paresse et la gabégie.

Il faut rétablir la Fonction publique de carrière en l’aménageant ; différer la titularisation de dix (10) ans correspondant à l’engagement décennal pour s’assurer du sens du service public, du dévouement ou du désintéressement de l’agent, cette titularisation se faisant sur dossier (moyenne des notes des 10 dernières années, observations des supérieurs hiérarchiques, sanctions infligées, etc.) examiné par une Commission indépendante ; il faut une notation reposant sur des bulletins de notation contenant des éléments d’appréciation renfermant des critères assumés concrètement (direction, conception, application, exécution soit 4 bulletins de note différents !) l’appréciation étant faite par le chef de service, la note par le directeur, l’arbitrage par le directeur général, ainsi de suite. Il faut un unique conseil de discipline, placé auprès du Premier ministre, engageant la procédure disciplinaire sur plainte des usagers (après investigation), sur saisine du supérieur hiérarchique , (ministre ou président d’institution) ; ou des structures de contrôle (IGE) entre autres.

Quel regard portez-vous sur notre système de sécurité sociale ?

Un pays pauvre, avec beaucoup de chômeurs, a forcément des difficultés pour assurer la couverture sociale des populations. Pour le salarié privé, il reste à faire respecter strictement le code du travail : recrutement sur contrat, immatriculation à la Caisse de sécurité sociale, virement des cotisations, paiement des salaires à intervalles réguliers , paiement sur bulletin de salaire, etc. Pour les fonctionnaires, il y a plus de garanties mais à condition, dans le cadre du système de répartition et non de capitalisation, que les jeunes travaillent pour assurer les pensions des anciens. Pour tous, il reste la santé qui ne trouve pas encore de solution adaptée (mais le PAREN a la sienne indiquée dans son programme de gouvernance).

Quelle est votre vision de la décentralisation administrative ?

Notre pays aime le gigantisme institutionnel ; nous avons le village ou la commune, le département, la province et la région. Et c’est la commune et la région qui sont décentralisées .
Quelle erreur ! Moi je m’en tiens à la province (décentralisée), au département (déconcentré), au village, (déconcentré) à la commune (décentralisée).

La province doit répondre au principe de l’unité socio-culturelle : il faut permettre à chaque nationalité de s’épanouir dans le cadre de l’unité nationale (or le Parisien n’est pas le Breton, qui n’est pas le Provençal, qui n’est pas le Corse, qui n’est pas l’Alsacien, etc.). Nier cette vérité, c’est porter hâtivement à maturation un beau fruit, le sentiment national mais rongé de l’intérieur par le verre de l’ethnocentrisme.

La province et la commune doivent avoir la liberté économique et fiscale, (création d’unités socio- économiques avec le concours des travailleurs ressortissants, levée d’impôts ou taxes, etc.)

D’aucuns murmurent que vous avez plus perdu que gagné en allant en politique ; est-ce votre point de vue ?

Le Burkinabè veut toujours une chose et son contraire. Qu’est-ce que je voulais gagner en allant en politique ? De l’argent ? Non ! puisque député, je m’appauvris plus qu’avant avec les militants et les électeurs qui ne comprennent pas encore le sens d’un choix politique. En réalité, j’ai voulu que mon tercécisme soit connu de tous les continents ; je suis heureux que les intellectuels occidentaux approuvent ma voix originale de développement (je les ai cités dans le journal spécial de notre congrès).

Si je me tenais à l’écart de la politique, ce sont les mêmes individus qui iraient me traiter de lâche. En tous les cas, j’ai fait ce que je croyais devoir faire pour mon pays et pour l’homme noir ; mes idées me survivront ; je peux retourner dans ma retraite avec le sentiment du devoir accompli car la politique est pour moi un véritable sacrifice,un supplice d’autant plus insupportable que je fais l’objet de critiques totalement infondées, sinon fondées sur des rumeurs, des a priori, des jugements hâtifs, des mensonges révoltants.
Je dois mettre fin à ce martyr pour m’occuper de ma petite famille le plus tôt possible.

Une interview réalisée par Boubacar SY
Sidwaya

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

 Articles de la même rubrique
Crise au CDP : Salia Sanou crache ses vérités
Politique : « Un vrai militant doit savoir que se battre ne veut pas dire bander ses muscles. C’est dans la tête que ça se passe », Moussa Boly, 5e vice-président du MPP
Crise au CDP : Les suites réservées par le groupe Léonce Koné aux orientations de Blaise Compaoré
Burkina Faso : « Kadré a remplacé Roch à la Primature en 1996. C’est également lui qui va le remplacer à Kosyam en 2020 », Mathias Ouédraogo, président d’une organisation de jeunesse
Burkina : Le député Tahirou Barry prend le pouls au grand marché de Ouagadougou
Union pour la Renaissance/Parti Sankariste : Un congrès extraordinaire annoncé pour le premier trimestre de 2020
Attaques contre des lieux de culte : l’UPC appelle les leaders communautaires et religieux à renforcer les cadres de dialogues
Crise humanitaire au Burkina : 486 360 déplacés internes à la date du 2 octobre 2019
Burkina : « Si Yacouba Isaac Zida est candidat et président : YES à YIZ ! »
Enquête afro-baromètre : Le Centre pour la gouvernance démocratique affine les questions spécifiques au Burkina
Situation nationale : « Le terrorisme, c’est une culture et il faut d’abord l’accepter, sinon on ne pourra pas lutter contre », avise le porte-parole du MPP, Bindi Ouoba
Affaire charbon fin : « Si le ministre est fautif..., il sera responsable de ses propres turpitudes », réagit Simon Compaoré
  Newsletter

Chaque matin, recevez gratuitement toute l'actualité du jour par mail. Inscrivez-vous à la newsletter



LeFaso.net
LeFaso.net © 2003-2019 LeFaso.net ne saurait être tenu responsable des contenus "articles" provenant des sites externes partenaires.
Droits de reproduction et de diffusion réservés