LeFaso.net, l'actualité Burkinabé sur le net
Proverbe du Jour : “Il vaut mieux être incapa le de faire quelque chose plutôt que d’en être capa le et de ne pas le faire” Proverbe Sénégalais

Burkina/Femmes et TIC : « Il ne devrait pas y avoir de limites imposées sur les métiers que l’on souhaite exercer », Atika Ouattara, designer graphique

Publié le vendredi 24 avril 2026 à 23h15min

PARTAGER :                          
Burkina/Femmes et TIC : « Il ne devrait pas y avoir de limites imposées sur les métiers que l’on souhaite exercer », Atika Ouattara, designer graphique

À l’occasion de la Journée internationale des jeunes filles dans le secteur des TIC, célébrée tous les 24 avril, Atika Ouattara, designer graphique, entrepreneure et formatrice, revient dans cet entretien sur son parcours marqué par une reconversion professionnelle et la création de son entreprise Noblesse_art. Elle évoque également les défis auxquels elle est confrontée en tant que jeune femme évoluant dans le domaine du design graphique au Burkina Faso. Elle partage enfin sa vision des TIC, l’apport de l’intelligence artificielle dans son métier, et adresse un message fort d’encouragement aux jeunes filles qui hésitent encore à s’engager dans les métiers du numérique.

Lefaso.net : Qu’est-ce qui vous a orientée vers le design graphique ?

Atika Ouattara : À la base, ce n’était pas une passion. C’est plus tard que c’en est devenue une. En quelque sorte, c’est après l’obtention de mon bac que j’ai découvert le design graphique. À ce moment-là, je ne savais pas vraiment ce que c’était. C’est à la suite d’une forme de reconversion que j’ai choisi le design graphique. À l’université, j’avais d’abord opté pour la filière géographie, mais face aux exigences universitaires, j’ai décidé de m’inscrire dans un centre de formation professionnelle afin d’apprendre un métier spécifique. J’avais initialement choisi les mines et carrières, mais je me suis rendu compte que les débouchés ne me convenaient pas vraiment. J’ai donc opéré une reconversion vers l’infographie. Après m’être renseignée sur les opportunités qu’offrait ce domaine, j’ai découvert le design graphique en 2020. Depuis lors, c’est devenu une véritable passion pour moi.

À quel moment avez-vous su que vous vouliez faire du design votre métier ?

Au fur et à mesure de ma pratique, j’ai développé une véritable passion pour le design graphique, d’autant plus que j’ai toujours eu des aptitudes pour la créativité. À la base, j’aime beaucoup dessiner et imaginer des choses pour nourrir mes créations. Je me suis donc dit que cela pouvait parfaitement aller de pair avec ce domaine.

Par ailleurs, après avoir choisi cette filière, j’ai constaté qu’il y avait un réel manque de femmes dans ce secteur. Au-delà de la passion, j’étais aussi animée par la volonté d’encourager d’autres femmes à s’y intéresser. C’est également de là qu’est née mon ambition de persévérer dans le design graphique.
En ce qui concerne ma formation, elle a duré globalement dix mois. À l’issue de celle-ci, j’ai obtenu un certificat attestant de mes compétences en tant que designer graphique. C’est à partir de ce moment-là que j’ai véritablement décidé de me concentrer sur ce domaine et de progresser davantage. On peut situer cela autour de l’année 2021.

Vous êtes à la tête de Noblesse_art. Est-ce que vous pouvez nous parler de ce que vous faites ?

Noblesse_art, c’est mon entreprise de création visuelle. Le nom « Noblesse » vient de la signification de mon prénom, Atika. J’ai mis en place cette structure pour pouvoir vivre pleinement de ma passion.
C’est une entreprise qui propose des formations en design graphique, mais aussi des prestations en création visuelle, notamment la conception d’affiches, d’identités visuelles, de logos, etc.

Comment vivez-vous votre expérience en tant que jeune femme dans le domaine des TIC ? Avez-vous rencontré des difficultés particulières liées à votre genre ?

En tant que jeune femme dans ce domaine, j’ai effectivement rencontré des difficultés, surtout au début. Même s’il y avait des femmes dans ce secteur, elles restaient peu visibles. Sur la sphère digitale, je n’avais pas vraiment de modèle féminin auquel m’identifier. J’ai donc choisi, d’une certaine manière, d’endosser moi-même ce rôle. Les principales difficultés que j’ai rencontrées étaient liées au manque de confiance de certains clients. Comme ils n’étaient pas habitués à voir des femmes exercer ce métier, ils étaient parfois réticents. Ils se demandaient si j’étais capable de répondre à leurs attentes.

C’est vraiment la difficulté principale à laquelle j’ai été confrontée. À cela s’ajoutent aussi des contraintes liées au métier lui-même, notamment le manque de temps. Le design graphique demande beaucoup d’investissement, avec plusieurs projets à gérer, ce qui laisse peu de place à la vie sociale. Cela peut donc rendre le quotidien un peu plus complexe.

En quoi consiste concrètement votre travail au quotidien ?

Au quotidien, mon travail consiste, de façon générale, à me rendre au bureau. Lorsque j’ai des conceptions à réaliser ou des demandes de clients pour des projets spécifiques, je commence par m’en occuper. On peut dire que je vis du design graphique tous les jours, dans la mesure où mon quotidien est entièrement rythmé par les créations que j’ai à réaliser et les projets que je dois livrer aux clients. En parallèle, j’essaie aussi d’organiser mon emploi du temps de manière à me dégager un peu de temps pour moi-même, car c’est un travail qui peut être très prenant.

Quels outils ou compétences sont indispensables dans votre métier ? Et quels sont les principaux défis du secteur du design graphique au Burkina Faso ?

Déjà, l’outil le plus indispensable, c’est l’ordinateur portable. C’est vraiment l’élément central du design graphique professionnel. Certes, aujourd’hui certaines personnes réalisent des créations avec leur téléphone, mais de manière professionnelle, c’est l’ordinateur portable qui reste incontournable.

Concernant les défis, les choses évoluent positivement. Auparavant, il y avait une grande méconnaissance du métier. Mais aujourd’hui, grâce à l’évolution du secteur, la majorité des gens savent à peu près ce qu’est le design graphique. Cependant, un problème persiste. La faible valorisation du métier. Malgré les efforts fournis, il arrive encore que notre travail ne soit pas reconnu à sa juste valeur. C’est une difficulté à laquelle nous faisons toujours face.

Designer graphique et entrepreneure, Atika Ouattara designer graphique et entrepreneure, encourage les jeunes filles à oser les TIC

Quelle opportunité les TIC offrent-elles aujourd’hui aux jeunes filles selon vous ?

Aujourd’hui, il existe beaucoup d’opportunités dans les TIC, notamment à travers les réseaux sociaux. Dans mon cas, ce qui m’a permis de me faire connaître, ce n’est pas seulement mon expertise dans le domaine, mais aussi le fait d’avoir promu mon travail sur les réseaux sociaux. C’est grâce à cela que j’ai gagné en visibilité et que j’ai pu développer une large communauté. On peut dire que les réseaux sociaux jouent un rôle très important dans l’évolution de toute entreprise aujourd’hui. Lorsqu’on n’est pas visible, il est difficile d’évoluer. La communication digitale est donc un élément essentiel sur lequel il faut compter.

Quelle réalisation professionnelle vous rend la plus fière jusqu’à présent ?

La réalisation professionnelle dont je suis la plus fière jusqu’à présent, c’est un peu difficile à isoler, mais je dirais que ma toute première publication sur TikTok qui a été particulièrement marquante. C’est d’ailleurs celle qui a permis à beaucoup de personnes de me découvrir et de connaître mon travail. Il s’agissait notamment d’une enseigne lumineuse que j’avais réalisée pour une cliente ici à Ouagadougou. C’était un totem en forme de fleur avec le nom de l’entreprise. Cette création a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux et a contribué à ma visibilité.

Par la suite, j’ai aussi travaillé sur d’autres projets importants, notamment la réalisation de totems pour des entreprises. Nous avons, par exemple, réalisé des totems pour la CNSS. Ce sont des projets dont je suis très fière, surtout en voyant leur impact dans la ville, même si beaucoup de gens ignorent que j’en suis la réalisatrice. Dans mon parcours, j’ai également eu l’honneur de travailler sur des projets pour l’Académie militaire Georges Namoano. Ce type de collaboration reste très important pour moi, car il représente une reconnaissance de mon travail et de mon professionnalisme. Au final, ce n’est pas une seule réalisation qui me rend la plus fière, mais l’ensemble de ces projets. Chacun d’eux a une valeur particulière pour moi, surtout parce qu’ils ont contribué à ma visibilité et à mon évolution dans le domaine.

Quelle place occupe aujourd’hui l’intelligence artificielle dans votre travail de designer graphique ? Et comment influence-t-elle votre créativité et vos méthodes de travail ?

Aujourd’hui, pour moi, l’intelligence artificielle est primordiale. Ceux qui ne travaillent pas encore avec doivent s’adapter à l’évolution des choses. Dans mon travail, elle me permet de réaliser mes visuels beaucoup plus rapidement qu’avant. Par exemple, lorsqu’auparavant il fallait effectuer plusieurs manipulations pour obtenir une image précise, aujourd’hui il me suffit de formuler une requête claire pour obtenir immédiatement le résultat souhaité. Cela me fait gagner beaucoup de temps. C’est donc un véritable atout. Je la considère davantage comme une alliée que comme une ennemie, car je pense que l’intelligence artificielle ne peut pas remplacer le métier de design graphique. Ce sont plutôt ceux qui ne s’adaptent pas à ces outils qui risquent d’en subir les conséquences.

Comment vous arrivez à utiliser de manière professionnelle l’IA ?

Ce que les gens doivent aussi savoir, c’est que même lorsqu’on utilise l’intelligence artificielle, il faut avoir des connaissances assez poussées pour bien s’en servir. Aujourd’hui, ce qu’on voit souvent, ce sont des visuels réalisés de manière assez basique avec l’IA. En tant que professionnels du domaine, on le remarque immédiatement, et je pense que beaucoup de personnes peuvent aussi le constater, car on retrouve souvent des styles répétitifs, avec les mêmes types de fonds, etc.

Cela montre surtout une méconnaissance de l’utilisation de l’IA. Pourtant, il est tout à fait possible de produire de très bons visuels avec ces outils, à condition de savoir comment formuler précisément ses demandes et guider l’intelligence artificielle vers le résultat souhaité. C’est justement ce savoir-faire qui manque souvent. Aujourd’hui, il existe d’ailleurs des formations pour mieux apprendre à utiliser l’intelligence artificielle. Il est donc important d’encourager les gens à se former, car on ne peut pas utiliser ces outils de manière efficace sans bases solides. L’IA peut être un très bon allié pour créer des visuels professionnels, mais elle nécessite des compétences adaptées.

Cela dit, cela ne discrédite pas vraiment le métier. Jusqu’ici, les entreprises sérieuses continuent généralement de faire appel à des professionnels du design graphique pour leurs visuels, plutôt que de se limiter à des productions entièrement basées sur l’IA.

J’ai entendu dire que vous-vous essayez également à l’écriture. Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus ?

J’ai écrit un livre. Il n’est pas très volumineux, mais il est quand même assez riche, dans le sens où il permet à toute personne, qu’elle soit graphiste ou non, ou simplement intéressée par le design graphique, d’en apprendre davantage sur notre quotidien.

Le livre est intitulé Dans la tête d’un graphiste. À travers sa lecture, on a l’impression de se mettre dans la peau du designer graphique lui-même. On y découvre notre quotidien, les difficultés que nous rencontrons, ainsi que les différents types de clients auxquels nous faisons face. Il permet aussi de savoir comment réagir et se positionner face à certaines situations, surtout pour ceux qui souhaitent débuter dans le design graphique.
J’invite donc toute personne intéressée par ce domaine, ou même non initiée, à se procurer ce livre afin d’en apprendre davantage sur ce métier qui est vraiment passionnant.

Le livre est actuellement vendu à 5 000 francs CFA, à un prix promotionnel. Il est composé de cinq chapitres, mais il passera bientôt à 10 000 francs CFA. Il est disponible pour le moment uniquement en version numérique, car je n’ai pas encore finalisé tous les chapitres pour une publication physique. On peut le retrouver sur des plateformes d’achat en ligne.

Est-ce qu’il y a un message que vous souhaitez adresser aux jeunes filles qui hésitent encore à se lancer dans le domaine des TIC ?

Ce que j’aimerais leur dire, c’est de s’armer de courage et de ne pas écouter ceux qui disent qu’il y a des métiers réservés aux hommes ou à d’autres catégories de personnes. Aujourd’hui, ces barrières n’ont plus vraiment de sens. Beaucoup de femmes exercent déjà des métiers que l’on associait autrefois aux hommes. Il ne s’agit pas d’inciter les femmes à se comparer aux hommes, absolument pas, mais plutôt de montrer qu’il ne devrait pas y avoir de limites imposées sur les métiers que l’on souhaite exercer.

Je pense que Dieu a donné à la femme autant de capacités que possible, et qu’elle ne devrait pas se limiter à certains domaines. Nous pouvons aller beaucoup plus loin dans nos réflexions et dans ce que nous voulons accomplir.
Donc, mon message est vraiment d’encourager les femmes à persévérer et à faire preuve de courage, car, mine de rien, la persévérance est souvent ce qui fait la différence.

Anita Mireille Zongo
Lawako Oumou Dalilha Ky (stagiaire)
Lefaso.net

PARTAGER :                              

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

 LeFaso TV
 Articles de la même rubrique