Scolarisation des filles dans la commune de Tchériba : Une causerie pour briser les chaînes de l’abandon
Le lycée départemental de Tchériba, dans la province du Mouhoun, a accueilli une causerie éducative organisée dans le cadre de la campagne de communication « Kom-Pugli Kaoreng Yõodo », en faveur de la scolarisation et du maintien des jeunes filles à l’école. Élèves et enseignants se sont réunis pour mettre des mots sur le phénomène du décrochage scolaire des filles, qui ronge les établissements scolaires burkinabè.
Mariages précoces, difficultés financières, travaux domestiques, grossesses non désirées, éloignement des établissements ou encore gestion des menstrues en milieu scolaire. La liste des obstacles qui barrent la route des jeunes Burkinabè vers le savoir est longue. En ce matin du 21 avril, c’est dans la cour du lycée départemental de Tchériba que des journalistes ont fait halte, microphone en main et caméras au poing.
Une réalité qui met « mal à l’aise »
Pour Kadidja Tera, élève en classe de terminale D, les filles, une fois devenues adultes, contribuent au développement du pays « sur le plan médical, économique, et au sein des familles ». Leur exclusion du système scolaire constitue donc une perte pour la communauté. Elle a évoqué le cas d’une amie contrainte d’abandonner l’école car ses parents estimaient que l’école était réservée aux garçons. Son témoignage résume des années de représentations figées et illustre l’ampleur du travail de changement des mentalités qui reste à accomplir.
Plus de vingt abandons depuis octobre 2025
Mathias Koumbem, proviseur du lycée départemental de Tchériba, reconnaît que le décrochage scolaire des filles est « un phénomène sérieux ». Il a indiqué que depuis le début de l’année scolaire 2025-2026 jusqu’au deuxième trimestre, l’établissement a enregistré une vingtaine de cas d’abandon de filles.
Des actions engagées
Face à cette situation, l’établissement affirme avoir organisé des séances de sensibilisation avec le soutien du conseil d’école. La délégation spéciale s’est également saisie du dossier. Ces efforts commencent à porter leurs fruits, selon le proviseur car en 2025, au moins cinq filles qui avaient décroché pour raison de grossesse ont pu être récupérées et réintégrées dans le système scolaire, certaines allant même jusqu’à passer les examens de fin d’année.
Pour aller plus loin, le proviseur a indiqué qu’il entend approcher les autorités religieuses et coutumières, dont la parole porte dans les communautés. Une rencontre est prévue avant la fin du mois d’avril 2026. Par ailleurs, des travaux de construction de toilettes adaptées sont en cours, signe que la question de la gestion des menstrues commence enfin à être prise au sérieux.
La voix de la société civile
Membre du Cadre de concertation des ONG et associations actives en éducation de base (CCEB-BF), Madame Hadé Rayaissé a rappelé aux élèves qu’« être fille ne diminue en rien la valeur humaine ». Elle a plaidé pour une pédagogie inclusive où garçons et filles reçoivent la même « L’éducation n’est pas un luxe ; c’est une nécessité pour toutes et tous. », a-t-elle lancé.
Kadidja Tera, à son tour, a appelé à un soutien pour les filles les plus vulnérables, notamment les orphelines à travers des fournitures scolaires, des repas ou vivres. « Il y a des personnes qui n’ont pas de parents et qui n’ont personne pour les soutenir. Sur le plan alimentaire, c’est difficile », rappelle-t-elle.
Au CSPS, la santé au service du maintien scolaire
Après le lycée, la caravane a mis cap sur le CSPS de la commune, où le conseiller de santé, spécialisé en santé reproductive, Alassane Ninda Sawadogo, a souligné le lien direct entre prévention sanitaire et maintien des filles à l’école. Il a indiqué que le personnel de santé déployé sensibilise les jeunes filles à l’adoption de comportements sexuels responsables, en mettant en avant l’abstinence. Des prestations médicales gratuites sont également proposées, notamment le dépistage des lésions précancéreuses, du VIH, des hépatites virales B et C, de la syphilis et des infections sexuellement transmissibles courantes.
À la mi-journée, une quarantaine de femmes avaient déjà été reçues. M. Sawadogo a indiqué que les dépistages se poursuivront les jours suivants, les intrants disponibles étant suffisants pour couvrir la demande. Pour les adolescentes, un accueil discret est assuré en dehors des heures d’affluence, notamment les après-midis et les week-ends. « La consigne est qu’aucune jeune fille ne doit être repoussée, quelle que soit l’heure à laquelle elle se présente », a conclu le conseiller en santé.
Fredo Bassolé
Lefaso.net






