Le pape Léon XIV se bat pour la paix
Le successeur du pape François prend du relief et se fait connaître comme un combattant. Un guerrier de la paix qui n’a que sa parole, sans peur pour les grands de ce monde qui font pleuvoir les bombes sur de petites filles d’une école primaire en Iran, menacent de détruire une civilisation et ne s’embarrassent pas des crimes de guerre pour attaquer les infrastructures civiles…
Léon XIV a intéressé une certaine presse parce qu’il était Américain et avait une histoire familiale riche avec des ascendants d’origine française, italienne, espagnole et créole louisianaise. À l’état civil, il se nomme Robert Francis Prevost et a en plus de sa nationalité américaine celle du Pérou, où il a été missionnaire une bonne partie de sa vie. Certains voyaient son élection comme un retour à une papauté sans vagues, calme sinon terne, après le passage du « progressiste » pape argentin.
Que nenni ! Avec la guerre de Donald Trump contre l’Iran, on découvre un pape calme, serein, qui sans un mot plus haut que l’autre mène son combat pour la paix et la propagation de l’évangile. Son voyage en Afrique révèle aussi son art consommé de mettre le doigt sur les plaies du pays qu’il visite. Découvrons le pape Léon XIV dont Donald Trump dit n’être pas fan, tout en se peignant en Jésus par les bienfaits de l’intelligence artificielle. Écoutons aussi quelques extraits de ses propos tenus en Algérie et au Cameroun.
Léon XIV est dans les journaux pour plusieurs raisons, mais principalement parce que l’homme le plus puissant du monde, le chef de la première armée du monde, le POTUS (President of the United States), Donald Trump, n’a pas aimé ses prises de position contre la guerre des États-Unis et d’Israël contre l’Iran notamment : « God does not bless any conflict. Anyone who is a disciple of Christ, the Prince of Peace, is never on the side of those who once wielded the sword and today drop bombs.
Military action will not create space for freedom or times of peace, which come only from the patient promotion of coexistence and dialogue among people ». Pour ceux qui n’ont pas compris l’anglais, il dit que Dieu ne bénit aucun conflit et que tout disciple du Christ, le Prince de la paix, n’est pas du côté de ceux qui, auparavant, tenaient les épées et aujourd’hui déversent les bombes. La guerre n’apporte pas la liberté ou la paix qui proviennent de la promotion patiente de la coexistence et du dialogue parmi les peuples. (Toutes nos excuses aux spécialistes de la langue de Shakespeare pour les erreurs éventuelles de cette traduction.)
Donald Trump est un président élu, mais c’est aussi un homme qui déteste ceux qui ne partagent pas ses idées et qui expriment des points de vue contraires aux siens. Contre eux, il déverse son courroux et affirme son égo en voulant se montrer supérieur à eux. Pour se hisser au-dessus du successeur de St Pierre, il faut se montrer en Jésus-Christ, le fils de Dieu. Sur ce coup, ses partisans ont crié au blasphème et qu’il va trop loin et il a dû retirer sa publication sur son réseau social.
Le monde entier a été touché par cette passe d’armes entre le chef de l’Église catholique, autorité morale de tous les catholiques du monde, et le président des États-Unis qui se prend pour le roi du monde. La cheffe de l’Église anglicane, l’archevêque de Canterbury, Sarah Mullally, a exprimé qu’elle se tenait aux côtés du Saint-Père pour son courageux appel pour l’avènement d’un royaume de paix. Avec sa personnalité et son calme, le pape Léon XIV a dit l’Évangile et a refusé de polémiquer avec le politicien parce qu’il n’en est pas un.
Un pape augustinien
Ceci se passait avant son voyage en Afrique et a incité à voir ce qu’il dit dans les pays qu’il visite. L’Algérie est le premier pays choisi, parce que le pape est un augustinien, un disciple de St Augustin et membre de la congrégation des Augustins de l’Assomption. C’est la carte du cœur, un voyage sur la terre natale de St Augustin, l’évêque d’Hypone, aujourd’hui appelé Anaba. C’est le volet dialogue entre l’islam et le christianisme qui est au centre de cette escale du voyage, qui nous permet de voir que l’Algérie a reconnu la richesse de son histoire, quand bien même l’islam est la religion d’État de la République algérienne démocratique et populaire. Face aux autorités algériennes, le pape a eu aussi à dire des choses qui méritent le détour comme « Promouvoir une société civile dynamique vivante libre dans laquelle on reconnaisse aux jeunes la capacité d’élargir l’horizon de l’espérance pour tous ».
Léon XIV semble développer un message qu’il commence à tisser dans un pays et à le reprendre et le compléter dans le suivant, comme quand il ajoute au Cameroun en écho à ce qu’il a dit en Algérie : « La véritable force d’un pays réside dans la coopération de tout le monde à la réalisation du bien commun. Les autorités sont appelées non pas à dominer mais à servir le peuple et son développement. Le critère de l’action politique réside donc dans la justice sans laquelle il n’y a pas de paix authentique et s’exprime par la promotion de conditions équitables et dignes pour tous. »
La loi rempart contre l’arbitraire
Pour lui, les gouvernants sont ceux qui doivent servir le peuple, les gouvernés, comme Jésus-Christ l’a montré en lavant les pieds de ses disciples. Comment peut-on rendre service à quelqu’un si on ne l’écoute pas, s’il n’est pas inclus et associé aux décisions et process qui le concernent ? Et le St Père d’ajouter : « Une paix authentique naît lorsque chacun se sent protégé, écouté, respecté, lorsque la loi est un rempart contre l’arbitraire des plus riches et des plus forts. » Et aux dirigeants du Cameroun, le pape les invite à un examen de conscience et à briser les chaînes de la corruption. Sans cela la paix et la justice ne s’élèveront pas et ne s’affirmeront pas.
On le sait, les guerres sont aux quatre coins du monde et le messager de la paix rappelle que « les seigneurs de la guerre font semblant de l’ignorer, mais il suffit d’un instant pour détruire, alors qu’une vie entière ne suffit pas souvent pour reconstruire. » Ou encore : « Le monde est détruit par quelques dominateurs et maintenu sur pied par une myriade de frères et sœurs solidaires. » et d’ajouter : « Heureux les artisans de paix. Malheur en revanche à ceux qui détournent les religions et le nom même de Dieu à leurs propres fins. » À la jeunesse, le pape Léon XIV demande de donner le pain de vie à son voisin et la sagesse qui nourrit. Et comme message d’espérance, il recommande de ne pas se décourager car leur peuple est plus riche que la terre du Cameroun, car votre trésor réside dans vos valeurs : la foi, la famille, l’hospitalité et le travail.
Sana Guy
Lefaso.net

