Soutenance de thèse : Souhaïbou Sawadogo décroche son doctorat en sciences biologiques appliquées avec la mention très honorable
Souhaïbou Sawadogo a brillamment soutenu sa thèse de doctorat consacrée à une problématique aussi cruciale qu’actuelle, celle de la survie des abeilles mellifères et l’avenir de l’apiculture au Burkina Faso. Son étude est intitulée « Apiculture au Burkina Faso : diversité et menaces environnementales sur l’abeille mellifère (Apis mellifera, Linnaeus, 1758) ». Cette recherche lui a valu le grade de docteur en sciences biologiques appliquées, avec une spécialisation en entomologie et apidologie, ce vendredi 10 avril 2026, à l’université Joseph-Ki-Zerbo de Ouagadougou.
La qualité du travail présenté par Souhaïbou Sawadogo s’est reflétée dans la composition du jury, présidé par Antoine Sanon, professeur titulaire à l’université Joseph-Ki-Zerbo. Il était entouré d’éminents experts nationaux et internationaux, notamment des rapporteurs Thierry Brévault, chercheur au Cirad, intervenu depuis le Kenya, et Éric Bertrand Fokam, professeur à l’université de Buea depuis le Cameroun. L’on comptait également, parmi les membres du jury, un examinateur, le Pr Fernand Sankara de l’université Nazi-Boni. Cette étude doctorale a été encadrée par Zakaria Ilboudo, professeur titulaire à l’université Joseph-Ki-Zerbo, avec l’appui de Hugues Roméo Bazié, co-directeur, maître de conférences à l’université Joseph-Ki-Zerbo.
Face au déclin mondial des abeilles, dont Apis mellifera est une espèce emblématique, les travaux de Souhaïbou Sawadogo apportent un éclairage essentiel à l’échelle nationale. À travers une approche intégrative combinant enquêtes de terrain, analyses morphométriques, génétiques et expérimentales, la thèse dresse un état des lieux approfondi dans les zones soudaniennes et soudano-sahéliennes du Burkina Faso.
Un diagnostic inédit sur l’état des abeilles au Burkina Faso
Son enquête menée auprès de 236 apiculteurs issus de 54 localités révèle des défis majeurs. D’abord, la gestion des bioagresseurs ; ensuite, les effets du changement climatique ; et enfin, l’accès limité à des équipements adaptés. Ces contraintes sont le plus souvent gérées à partir de savoirs endogènes, témoignant de la résilience mais aussi des limites des pratiques locales.
L’étude morphométrique de 800 abeilles ouvrières a permis d’identifier trois groupes morphologiques distincts, dont un groupe hybride. Sur le plan génétique, la majorité des colonies se rattache à l’abeille ouest-africaine, Apis mellifera adansonii.
Par ailleurs, l’inventaire de la faune associée aux ruches met en évidence une diversité plus équilibrée en zone soudano-sahélienne. Toutefois, deux parasites dominent largement : Varroa destructor et Aethina tumida, constituant des menaces majeures pour la santé des colonies.
Solutions d’une apiculture durable face à la mortalité des abeilles
Les résultats expérimentaux sont particulièrement préoccupants. Selon l’impétrant, l’exposition des abeilles à certains insecticides, notamment à base d’acétamipride et de lambda-cyhalothrine, entraîne une mortalité totale en seulement 24 heures à certaines doses. Même en conditions semi-réelles, les effets sont significatifs : perturbation du comportement de butinage et augmentation notable de la mortalité après traitement. Ces données soulignent l’urgence de repenser l’usage des pesticides dans les systèmes agricoles.
Au-delà du constat, la thèse propose des pistes concrètes. C’est ainsi que dans le cadre de la recherche d’un habitat adéquat pour les abeilles, quatre types de ruches ont fait l’objet d’une analyse comparative : la ruche traditionnelle en paille, la ruche kenyane et deux nouveaux modèles en argile ayant les mêmes configurations que les deux premières. Ces ruches ont été coconstruites par le CEAS Suisse et ses partenaires et baptisées « Faso Kapidgou » par les acteurs de la filière apicole. L’évaluation de ces différents types de ruches sur une période de 25 mois montre que les ruches kenyanes offrent le meilleur rendement en miel, les ruches en paille présentent une excellente stabilité thermique, et les ruches en argile optimisent le rendement volumétrique. Ces résultats ouvrent la voie à des solutions adaptées aux réalités locales, favorisant une apiculture plus productive et durable.
Une contribution majeure pour l’environnement et l’agriculture
Les travaux de Souhaïbou Sawadogo ont fait l’objet de plusieurs communications scientifiques au Burkina Faso et à l’international, notamment en Suisse et au Cameroun, ainsi que de publications dans des revues spécialisées. En mettant en lumière les facteurs de stress qui affectent les abeilles au Burkina Faso, cette thèse constitue une contribution majeure à la préservation de la biodiversité et à la sécurité alimentaire.
Car au-delà de la production de miel, les abeilles jouent un rôle fondamental dans la pollinisation mais aussi dans la durabilité des systèmes agricoles. Avec ce travail rigoureux et engagé, Souhaïbou Sawadogo apporte sa pierre dans la recherche en apidologie en Afrique de l’Ouest, au service d’un enjeu vital, celui de protéger les abeilles pour préserver l’avenir.
Ces travaux de recherche s’inscrivent dans le cadre de la mise en œuvre du projet Bee Better 2 (2022 - 2024) financé et mis en œuvre par l’ONG Centre écologique Albert-Schweitzer, en collaboration avec l’Interprofession miel du Burkina (IPmiel), les centres apicoles WendPuiré et Selintaamba, l’université Joseph-Ki-Zerbo, l’université de Neuchâtel et l’ex-Direction de développement de l’apiculture (DDA). Ce projet avait pour but de contribuer à la réduction de la pauvreté de la population rurale Burkinabè et à la préservation de la biodiversité, par l’augmentation inclusive des revenus apicoles et une meilleure intégration de l’apiculture et de l’abeille dans les agrosystèmes.
Hamed Nanéma
Lefaso.net

