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Mosquées, églises, temples : comment la religion façonne l’espace urbain à Ouagadougou

Auteur : Bonsa Issouf, Docteur en géographie, Laboratoire d’études et de recherche sur les milieux et territoires (LERMIT). bonsaissouf@yahoo.fr

Publié le dimanche 12 avril 2026 à 21h39min

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Mosquées, églises, temples : comment la religion façonne l’espace urbain à Ouagadougou

Selon le dernier Recensement général de la population et de l’habitation (RGPH) de 2019, Ouagadougou se caractérise par une diversité religieuse, dominée par trois grandes confessions : 62,1 % de musulmans, 30,4 % de catholiques et 6,9 % de protestants. Les fidèles des religions traditionnelles et les « sans religions » sont faiblement représentés, avec une proportion de 0,6 % (INSD 2022). Toutefois, ces chiffres ne donnent pas une image précise de la diversité qui caractérise chaque grand courant.

A l’exception des catholiques, les musulmans et les protestants se caractérisent par une forte diversité interne, liées à des sensibilités doctrinales multiples. La liste des Eglises protestantes fournie par la Direction générale des libertés publiques et des affaires politiques (DGLPAP) permet de prendre la mesure de la complexité qui traverse cette mouvance. Deux grandes catégories se distinguent. D’une part, on trouve la Fédération des Eglises et missions évangéliques (FEME), composée de 14 dénominations puis regroupées en 5 missions. D’autres part, les Eglises locales réunies au sein du Conseil des Eglises, missions et ministères évangéliques du Burkina (CEMMEB) et de la Conférence des Eglises charismatiques de la nouvelle génération (CODEC/NG). Parallèlement, certaines confessions comme les Témoins de Jéhovah et l’Eglise Adventiste du 7ème jour par exemple évoluent en dehors des principales structures fédératives. Dans le champ musulman, les fidèles sont organisés en plusieurs associations, en grande partie regroupées au sein de la Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB), principale structure faîtière, bien que certaines organisations telles que la Ahmadiyya restent en marge pour des raisons doctrinales.

La fragmentation des différents courants religieux se traduit sur le plan spatial par une grande diversité de lieux de culte. Cela est liée à la volonté de chaque courant d’assurer la proximité avec ses fidèles. L’objectif de cet article est de présenter une cartographie de la distribution des édifices religieux de la ville. Ce texte est tiré d’une thèse, intitulée « religions et dynamiques urbaines dans la ville de Ouagadougou », soutenue à l’Université Joseph Ki-Zerbo en décembre 2024.

METHODOLOGIE

L’étude a été menée dans la ville de Ouagadougou. Depuis le début des années 1980, la ville ne cesse de croître sur le plan spatial et démographique. En 2019, sa population s’élevait à 2 415 266 habitants (INSD, 2022) et sa superficie était estimée à 600 km² (Commune de Ouagadougou, 2021).

Les données collectées reposent sur la géolocalisation exhaustive des édifices religieux réalisée sur le territoire urbain en 2018. Elle a été effectuée dans le cadre du projet ANR « Insertion des migrants par le religieux au Burkina Faso (Relinsert) ». Chaque rue a été sillonnée et les coordonnées géographiques des lieux de culte relevées à l’aide d’un smartphone sur lequel était déployé un questionnaire via l’application Kobocollect. La position de chaque point s’est accompagnée de la collecte de données descriptives des lieux de culte (type de lieux de culte, année d’implantation, statut d’occupation, modalité d’accès du terrain, source de financement…). Par la suite, ces informations ont été intégrées dans un Système d’information géographique (SIG) pour les besoins de la cartographie.

RESULTATS

La collecte des données a permis de recenser 1705 lieux de culte dans la ville en 2018.

Répartition spatiale des lieux de culte dans la ville

La distribution spatiale des lieux de culte témoigne d’une offre caractérisée par une concentration géographique pour les trois types de lieux de culte (mosquées, églises et temples). Le sacré imprègne à Ouagadougou l’ensemble du territoire urbain. Il s’inscrit dans le quotidien, les pratiques sociales et dans l’organisation de la ville. Cependant, la distribution des édifices religieux est influencée par l’histoire, les caractéristiques sociales et culturelles de certains quartiers. Il se dégage des quartiers de forte concentration de mosquées, comme Hamdallaye (carte1). De même, les quartiers « Saints autours de la Cathédrale sont fortement imprégnés de références catholiques (églises paroissiales, chapelles, écoles et centres de formation). Le quartier de Ouaga 2000 au regard du reste de la ville présente un profil original, puisqu’il accueil peu de lieux de culte.

Dans la capitale burkinabè, la répartition spatiale des lieux de culte est fortement dépendante de l’accès au foncier. Ainsi, les espaces non lotis, soumis au régime foncier traditionnel, et où l’accès à une parcelle est moins onéreux qu’en zone lotie, constituent les espaces d’implantation privilégiés (Carte 1). Il n’est donc pas rare d’observer la présence des lieux de culte dans des zones éloignées et peu peuplées, où le bâti prend forme mais reste très lâche et ce, avant même l’implantation des services publics (écoles, centres de santé, l’eau, l’électricité). Tout laisse à croire que l’implantation des lieux de culte dans la ville anticipe la croissance urbaine.

Distribution spatiale des édifices religieux dans la ville

A l’opposé, leur implantation dans les quartiers lotis est soumise à la grille des équipements qui prévoit trois espaces destinés à accueillir les lieux de culte lors des opérations de lotissement. Mais, la stratégie d’implantation repose sur l’achat des parcelles à usage d’habitation. De ce fait, on rencontre moins de lieux de culte dans les quartiers aisés, où le foncier est onéreux (Zone du bois, Ouaga 2000, le centre-ville).

L’occupation illégale des espaces verts, des aires de jeux, des réserves foncières et administratives constitue également un moyen d’accès au foncier. En effet, l’une de caractéristiques de la ville de Ouagadougou est l’abondance des espaces vacants dans les nouvelles aires de lotissements du fait du faible taux de réalisation des équipements prévus par les documents d’urbanisme.

Selon les règles d’urbanisation, la construction d’un lieu de culte sur les sites non destinés à l’origine à un édifice religieux devrait au préalable faire l’objet d’une demande de changement de destination de la parcelle d’accueil. Le cadre réglementaire est explicite : toute construction doit faire l’objet d’une autorisation préalable et se conformer au plan d’occupation du sol. Mais dans les faits, ces mesures sont rarement appliquées. Les décisions d’arrêt de travaux ou de démolition sont souvent prises, mais leur mise en œuvre s’inscrit parfois dans un contexte sensible sur le plan social. La destruction d’un lieu de culte peut être perçue comme un enjeu important par les communautés religieuses concernées. Dans ce cadre, les autorités politiques sont amenées à arbitrer entre différents impératifs, notamment la préservation de la cohésion sociale et la mise en œuvre des orientations en matière d’aménagement urbain. Ces différentes pratiques favorisent donc la multiplication des lieux de culte dans l’espace urbain.

1. Logiques d’implantation des lieux de culte : entre proximité, réseaux de sensibilité et maillage territorial
Dans la ville de Ouagadougou, les logiques d’implantation des lieux de culte varient d’une confession à l’autre. Chez les musulmans, elle répond à un besoin de proximité, en lien avec le nombre de prière quotidienne. En effet, l’islam prescrit cinq prières (05) quotidiennes. Pour la prière en communauté, les musulmans préfèrent avoir une mosquée à proximité de leur domicile ou encore de leur lieu de travail. La proximité devient un critère central dans le choix de l’implantation. Ceci se traduit par une forte densité de mosquées observée aussi bien dans les quartiers lotis que non lotis. Toutefois, la plupart sont de petites tailles et investissent de petits domaines fonciers, comparativement aux espaces occupés par les églises paroissiales.

A l’inverse, pour les Eglises chrétiennes, la proximité spatiale est moins centrale. Les fidèles parcourent parfois de longues distances pour assister aux cultes, en particulier dans le cas des Eglises protestantes, où l’adhésion à une communauté repose davantage sur les réseaux de connaissances et sur la figure du pasteur que sur la localisation. La construction des temples s’appuie sur des logiques à la fois spirituels, souvent interprétées comme guidées par « l’Esprit Saint », et pragmatiques, liées aux opportunités foncières ou à la disponibilité de bâtiments.

Dans le cas des catholiques, l’implantation des lieux de culte répond à une logique de maillage territorial. La ville est ainsi découpée en paroisses, en coordinations et en communautés chrétiennes de base (CCB). Quant à la répartition des églises, elle dévoile une localisation distincte selon la typologie. Sur le plan spatial, on observe ainsi une distinction selon le type de zone. Les églises paroissiales se concentrent dans les quartiers lotis, tandis que les chapelles des CCB sont prépondérants dans les zones non loties.

CONCLUSION
Dans la capitale burkinabè, l’offre religieuse est caractérisée par des lieux de culte nombreux et diversifiés. Cette présence est tout aussi importance dans les quartiers lotis que les zones périphériques et est fortement dépendante des opportunités foncières. Ainsi, les quartiers non lotis, soumis au régime foncier traditionnel, et où l’accès à une parcelle est moins onéreux qu’en zone lotie, constituent des lieux d’implantation privilégiés.

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

Bonsa Issouf, 2024, Religions et dynamiques urbaines à Ouagadougou (Burkina Faso), Thèse de doctorat, Université Joseph Ki-Zerbo, Ouagadougou, Burkina Faso, 305 p.

Institut National de la Statistique et de la Démographie (INSD), (2022), Monographie de la commune de Ouagadougou : cinquième recensement général de la population et de l’habitation de 2019, Ouagadougou, INSD.

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